Angleterre et pays de Galles : des tribunaux spécialisés pour les affaires de viol

Le gouvernement britannique a annoncé la création de tribunaux spécialisés pour traiter les affaires de viol et d’agressions sexuelles en Angleterre et au pays de Galles d’ici deux ans, prévoyant au moins une salle d’audience dédiée par Crown Court pour accélérer les procédures et mieux protéger les victimes.

L’annonce marque un tournant institutionnel dans la prise en charge judiciaire des crimes sexuels. Chaque Crown Court d’Angleterre et du pays de Galles disposera d’au moins une salle d’audience dédiée à ces dossiers d’ici deux ans, selon les détails communiqués par les autorités.

Les tribunaux seront dotés d’une entrée privée et d’une salle d’attente distincte afin d’isoler physiquement les plaignantes et plaignants des accusés. De plus, le personnel judiciaire suivra une formation spécifique adaptée aux traumatismes, un interlocuteur unique sera désigné pour chaque dossier, et les procès se verront attribuer une date fixe plutôt que d’être relégués sur une liste d’attente flottante.

Un budget de £23m et la promesse de rééquilibrer la justice

Le coût global de cette réforme est estimé à £23m.

Andy Burnham, Premier ministre, a déclaré que, pendant trop longtemps, les victimes de viols et d’infractions sexuelles graves s’étaient senties abandonnées par notre système judiciaire, que les taux de condamnation pour viol restaient honteusement bas et que de nombreuses victimes attendaient des années pour obtenir justice, ajoutant que cela n’était pas acceptable.

Le chef du gouvernement a également insisté sur le fait que la répression pénale ne suffisait pas à elle seule. L’exécutif entend renforcer les actions de prévention contre ces infractions, dans le cadre d’un engagement pris dans le manifeste de 2024 de diviser par deux les violences faites aux femmes et aux filles en dix ans.

Le témoignage marquant de Charlotte Nichols et les pressions politiques

L’impulsion politique doit beaucoup à la prise de parole de la députée travailliste Charlotte Nichols. En mars, cette dernière a levé son anonymat au Parlement pour raconter son agression et dénoncer les délais aberrants de la justice, après avoir dû attendre plus de 1 000 jours pour que son dossier soit examiné.

Le gouvernement a salué la force et le courage de la parlementaire, qui a estimé que ces réformes constituaient une étape cruciale pour les survivants. Parallèlement, l’association Rape Crisis England & Wales, qui soutient 36 centres à travers le pays, a salué une avancée majeure, soulignant que les structures judiciaires devaient impérativement s’adapter aux besoins réels des victimes.

Du côté de l’opposition, le secrétaire fantôme à la Justice, Nick Timothy, a jugé que la lutte contre les retards chroniques était long overdue, tout en critiquant fermement les projets gouvernementaux visant à limiter les procès avec jury aux affaires passibles de trois ans ou plus de prison.

Nick Timothy, secrétaire fantôme à la Justice, a affirmé qu’il était scandaleux que des victimes aient retiré leurs plaintes parce que les procédures prenaient trop de temps, et que le Labour devait faire siéger les tribunaux toute l’année, mettre fin aux retards et résorber l’arriéré d’affaires, au lieu de porter atteinte à notre droit à un procès par jury.

L’ampleur des retards et le combat de longue date des associations

Les données de terrain rappellent la gravité de la crise traversée par l’institution judiciaire. En 2024, la police a enregistré 71,227 viols en Angleterre et au pays de Galles, un chiffre que les structures d’accompagnement qualifient de part émergée d’un immense iceberg, une majorité de victimes renonçant à porter plainte par honte, par peur de ne pas être crues ou par manque de confiance envers les services de l’État.

Specialist Sexual Offence Courts to Roll Out Across England and Wales
The statue of Lady Justice atop the Old Bailey in London
Photo: bbc.co.uk

Les retards accumulés par les tribunaux continuent de faire des ravages sur la santé mentale des plaignants. Des témoignages enregistrés par les services de radiodiffusion publique illustrent l’impasse psychologique dans laquelle se trouvent de nombreuses victimes : l’une d’elles a ainsi choisi d’abandonner sa procédure après qu’un juge soit tombé malade, reportant une audience de décembre 2023 à septembre 2024, après des signalements initiaux remontant au début de l’année 2022.

Alors que la mise en place de ces cours spécialisées s’échelonnera sur les deux prochaines années, les observateurs et les associations de défense des droits resteront attentifs à la capacité réelle des tribunaux à résorber les listes d’attente et à restaurer la confiance dans l’institution.

Specialist courts for rape cases to be rolled ou… | Breaking News #Shorts

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