Appels à la démission d’une experte de l’ONU sur les droits humains en Palestine suscitent l’indignation
PARIS – Les appels lancés par plusieurs ministres européens à la démission de Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, ont déclenché une vague de critiques, Amnesty International dénonçant une campagne de désinformation visant à discréditer son travail.
L’origine de la controverse remonte à un forum organisé par Al Jazeera à Doha le 7 février, où Mme Albanese a déclaré que “le fait que, au lieu d’arrêter Israël, la plupart du monde l’ait armé, lui ait donné des excuses politiques, un abri politique, un soutien économique et financier” soulignait un ennemi commun à l’humanité : “le système qui a permis le génocide en Palestine, y compris le capital financier qui le finance, les algorithmes qui l’obscurcissent et les armes qui le rendent possible.”
Ses propos ont été tronqués et interprétés à tort comme désignant Israël comme cet “ennemi commun”, ce que Mme Albanese a fermement rejeté sur son compte X (anciennement Twitter), clarifiant sa position. https://x.com/FranceskAlbs/status/2020983308818186721?s=20
Le 11 février, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a été le premier à demander la démission de la rapporteuse spéciale. Des demandes similaires ont ensuite été formulées par des ministres en Autriche, en République tchèque, en Allemagne et en Italie.
Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International, a qualifié ces attaques de “répréhensibles”, soulignant qu’elles étaient basées sur une vidéo délibérément tronquée. “Les ministres qui ont diffusé de la désinformation doivent s’excuser publiquement et retirer leurs appels à la démission de Francesca Albanese. Leurs gouvernements doivent également enquêter sur la manière dont cette désinformation s’est produite afin d’éviter que de telles situations ne se reproduisent”, a-t-elle déclaré dans un communiqué.
Callamard a également critiqué le silence de ces mêmes ministres face aux violations présumées du droit international par Israël. “Leur lâcheté et leur refus de tenir Israël responsable contrastent fortement avec l’engagement indéfectible de la rapporteuse spéciale à dire la vérité au pouvoir”, a-t-elle ajouté.
Selon Amnesty International, les opérations militaires israéliennes dans la bande de Gaza ont continué, tuant plus de 590 Palestiniens depuis octobre 2025. Le nombre total estimé de victimes palestiniennes depuis octobre 2023 s’élève désormais à plus de 72 000. Israël a également intensifié les restrictions imposées à Gaza depuis plus de 18 ans, créant une “zone interdite” sur près de 60 % du territoire. Dans la Cisjordanie occupée, y compris à Jérusalem-Est, les attaques des forces israéliennes et des colons soutenus par l’État ont tué plus de 1 100 Palestiniens et déplacé des dizaines de milliers de personnes depuis octobre 2023.
Ces événements se déroulent alors que la Cour internationale de justice (CIJ) a ordonné à Israël de prendre toutes les mesures possibles pour prévenir les actes de génocide et a jugé que l’occupation israélienne est illégale. La Cour pénale internationale (CPI) a également émis des mandats d’arrêt contre le Premier ministre israélien et son ancien ministre de la Défense pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
Amnesty International souligne que, malgré une légère diminution des frappes aériennes israéliennes et quelques améliorations limitées dans la circulation transfrontalière des biens et des personnes depuis la trêve d’octobre 2025, les conditions imposées aux Palestiniens à Gaza n’ont pas fondamentalement changé et qu’il n’y a aucune preuve d’un changement d’intention de la part d’Israël. L’organisation affirme que le génocide est toujours en cours.
Callamard a conclu en soulignant que cette situation constitue un “moment critique pour l’humanité”, avec le droit international et les institutions des droits de l’homme sous attaque comme jamais auparavant. Elle a appelé l’Autriche, la République tchèque, la France, l’Allemagne et l’Italie à prendre position et à soutenir les mécanismes de l’ONU et l’autonomie des experts indépendants en matière de droits de l’homme.
