Alessia Cesarini développe une essence synthétique à partir de CO2

La chercheuse Alessia Cesarini a développé au Laboratoire fédéral suisse d’essai des matériaux et de recherche un procédé novateur pour fabriquer de l’essence synthétique à partir de dioxyde de carbone, ouvrant la voie à un carburant propre compatible avec les parcs automobiles existants.

L’alchimie moderne ne cherche plus à transformer les métaux vils en or, mais à réutiliser ce que les pots d’échappement rejettent dans l’atmosphère. Dans un espace de travail installé à Dübendorf, la jeune ingénieure chimiste de 31 ans Alessia Cesarini, originaire de Bellinzone et formée à l’EPFZ, est parvenue à synthétiser un carburant liquide entièrement débarrassé d’hydrocarbures fossiles.

Le défi relevé par l’équipe installée à l’Empa ne se limite pas à la simple curiosité de laboratoire. Alors que les carburants de type diesel sans pétrole, issus d’huiles de cuisine usagées, sont déjà largement commercialisés sous l’appellation HVO dans certaines stations-service, la méthode élaborée en Suisse prend le problème à la racine même de la combustion : le dioxyde de carbone.

Le procédé chimique de Gota Energy et la capture du CO₂

Le cycle de fabrication commence par la capture du CO₂. Cette matière première peut être récoltée directement dans la biosphère, dans l’atmosphère ou récupérée comme sous-produit industriel sur des sites spécifiques tels que des cimenteries. Une fois capturé, ce carbone est transformé en alcools intermédiaires, à savoir le méthanol ou l’éthanol.

Ces alcools sont ensuite injectés dans un cylindre métallique où ils subissent une déshydratation pour donner naissance à de l’éthylène et du propylène. Les gaz sont mis en contact avec un catalyseur granulaire dont la composition exacte demeure strictement confidentielle.

Alessia Cesarini développe une essence synthétique à partir de CO2
Photo : 20min.ch

Alessia Cesarini a expliqué qu’ils partaient de très petites molécules, comparables à des briques Lego, avec lesquelles ils construisaient une structure bien précise, et qu’ils assemblaient de petites molécules pour obtenir un mélange de molécules plus longues pour fabriquer le carburant, tout en précisant que c’était le catalyseur qui réalisait cet assemblage avec précision.

La chimiste compare volontiers la complexité de l’essence, qui regroupe plus de 200 molécules différentes, à une recette de cuisine délicate. Une erreur dans le choix des briques moléculaires ou dans les proportions mènerait immédiatement à la formation de blocs compacts ou de plastique.

Compatibilité avec les moteurs actuels et premiers essais forestiers

L’un des principaux atouts de cette essence de synthèse réside dans sa neutralité mécanique immédiate. Le produit final est parfaitement miscible avec les carburants fossiles traditionnels et ne nécessite aucune modification des blocs moteurs existants. La fondatrice de la jeune entreprise a d’ailleurs testé elle-même le mélange en pilotant une moto sur le parvis de l’Empa.

Forscherin entwickelt Erdölfreies Benzin aus Abgasen
Photo : Blick

À l’heure actuelle, la structure expérimentale implantée à Dübendorf affiche une capacité maximale de production fixée à 10 000 litres par an. Cette quantité reste modeste face aux milliards de litres avalés annuellement par le marché mondial de l’énergie. Pour amorcer la commercialisation de sa technologie, la chercheuse cible en priorité un marché de niche aux besoins plus restreints : le secteur forestier et sa machinerie spécialisée.

Ce premier galop d’essai auprès des professionnels du bois doit permettre de générer des revenus avant d’envisager de porter la production à un seuil industriel d’un million de litres par an. La technologie fait l’objet d’un dépôt de brevet au niveau européen.

Obstacles industriels et ancrage futur en Suisse

Le passage de l’échelle artisanale à la grande production industrielle soulève des défis logistiques et financiers majeurs. Pour illustrer la difficulté, la chimiste utilise une analogie culinaire simple : cuisiner pour cinq personnes ne demande ni la même organisation ni les mêmes durées que de préparer un repas pour deux cents convives.

Weekend de Pâques sans essence ? Les vols de pétrole se multiplient en France • FRANCE 24

Pour l’instant, l’obtention du prestigieux Entrepreneur-Fellowship de l’Empa et la création de la structure commerciale baptisée Gota Energy — un clin d’œil au terme tessinois désignant une goutte — dotent le projet d’une assise solide. Les ambitions territoriales de l’entrepreneure s’orientent clairement vers sa région d’origine.

La concrétisation d’un premier site industriel dépendra directement du soutien et de l’intérêt que manifesteront les autorités cantonales et locales, une collaboration jugée indispensable pour identifier l’emplacement idéal en terres tessinoises.

À ne pas manquer

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.