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Alep : le retour difficile à la maison

Le retour aux sources : un Aleppan retrouve sa ville, entre espoir et désolation

Alep, Syrie – Alhakam Shaar a pris une décision lors d’un récent voyage de l’Allemagne, où il réside, vers sa ville natale d’Alep. Il ne séjournerait ni à l’hôtel, ni chez des amis. Il dormirait dans ce qui fut autrefois le bureau de son père, au cœur de la vieille ville d’Alep. Un choix symbolique, mais confronté à une réalité brutale : aucune pièce n’offrait une fenêtre ou une porte fermable.

Dix ans d’absence, et un hiver syrien impitoyable, où les températures plongent bien en dessous de zéro, l’attendaient. Shaar a investi dans un sac de couchage dit « extrême », mais même celui-ci s’est avéré insuffisant pour contrer le froid mordant. Pourtant, il ne regrettait rien.

« J’étais heureux. Vraiment, vraiment heureux d’être à Alep, non pas comme un invité ou un touriste, mais comme un Aleppin, » confie-t-il. « Comme quelqu’un qui est chez lui. Et je me sentais chez moi. »

Son court séjour de deux semaines, perturbé par des annulations de vols suite à des affrontements dans la ville, a été consacré à la rénovation de la maison familiale, pillée et endommagée pendant la guerre. Le toit s’effondrait, la porte d’entrée avait disparu. Deux semaines, un temps dérisoire face à l’ampleur des travaux. Mais il a réussi à installer une porte métallique, un signal clair : la propriété n’était plus abandonnée.

L’histoire de Shaar est celle de milliers de Syriens qui retournent à Alep, une ville meurtrie par des années de négligence et de conflit. Un retour motivé par l’attachement à leurs racines, mais confronté à une infrastructure dévastée et à un avenir incertain.

Une ville au passé glorieux, un présent fragile

Alep, autrefois la plus grande ville de Syrie, a longtemps été un carrefour commercial majeur, un point de passage essentiel sur la Route de la Soie. Son importance économique, en tant que capitale industrielle du pays, a perduré même après l’essor du canal de Suez. Mais sous les présidences de Hafez al-Assad, puis de son fils Bachar, la ville a connu un manque d’investissement croissant.

Le massacre de Hama au début des années 1980, orchestré par le régime Assad, a laissé des cicatrices profondes, et des opposants ont également été tués à Alep. Mais la ville a résisté. C’est avec le soulèvement syrien de 2011 que la situation s’est dramatiquement détériorée. La répression violente du régime a plongé la Syrie dans la guerre civile, et Alep s’est retrouvée divisée entre les forces gouvernementales et l’opposition.

En 2016, le régime Assad, soutenu par le Hezbollah libanais, l’Iran et la Russie, a repris le contrôle de la partie est d’Alep, alors devenue le bastion de la révolution syrienne. La reconquête s’est faite au prix de destructions massives et de l’expulsion de milliers de personnes. Des quartiers entiers ont été rasés, comme le témoignait un reportage de novembre 2017.

https://www.aljazeera.com/news/2017/11/17/totally-destroyed-east-aleppo-a-year-after-battle

Ironie du sort, certains des enfants d’Alep, partis en exil, sont revenus en tant que « libérateurs », pour découvrir une ville en ruines, abandonnée à son sort par le régime. Les infrastructures sont au point mort, l’eau et l’électricité coupées dans de nombreux quartiers.

Reconstruction : un défi colossal

Le gouvernement syrien a entamé des travaux de reconstruction, en collaboration avec des organisations comme l’Aga Khan Trust for Culture (AKTC), notamment dans la vieille ville et son souk historique. Des efforts ont également été déployés pour restaurer l’approvisionnement en eau et l’éclairage autour de la citadelle d’Alep, joyau architectural de la ville.

Mais l’ampleur des dégâts est telle que la tâche s’annonce herculéenne. Un rapport de l’Union Européenne, publié en janvier dernier, souligne que 2,3 millions de personnes vivent dans des camps et des bidonvilles en Syrie, dont 80% sont des femmes et des enfants.

https://ec.europa.eu/echo/files/funding/hip2026/echo_syr_bud_2026_91000_v2.pdf

Roger Asfar, directeur pays pour la Syrie à la Fondation Adyan, une organisation indépendante axée sur la citoyenneté et la diversité, estime que la reconstruction nécessite un investissement massif et une consultation étroite avec les habitants. « Alep n’a pas besoin d’une autorité qui décide seule et ignore toutes les autres voix, » insiste-t-il.

Alhakam Shaar, impliqué dans le projet de recherche « Aleppo Project » qui vise à identifier les enjeux clés de la reconstruction de la ville, se montre prudent. Il anticipe une amélioration des infrastructures dans les années à venir, grâce à l’augmentation des revenus pétroliers et gaziers de la Syrie. Mais il tempère les attentes.

Un retour possible, mais incertain

Alep a toujours été une ville marquée par sa culture et sa diversité. Des artistes comme le musicien Bassel Hariri, basé à Londres, se souviennent de la richesse de la tradition musicale et artistique de la ville, transmise de génération en génération.

« La musique, l’art, la cuisine… tout vient directement de la communauté, » explique Hariri. « Cette richesse, cet accès à la culture et la diversité font d’Alep l’une des villes les plus merveilleuses de Syrie. »

Si Alep ne retrouvera peut-être jamais sa gloire passée, des milliers de Syriens continuent de rentrer chez eux, attirés par l’attachement à leurs racines, ou contraints par le manque d’alternatives.

Pour Alhakam Shaar, le retour est une question de circonstances. L’emploi stable de sa femme en Allemagne et l’absence de perspectives salariales en Syrie le retiennent pour l’instant. « À part ça, » dit-il, « il ne me faudrait pas grand-chose pour revenir à Alep. »

Un sentiment partagé par beaucoup, un espoir ténu qui persiste malgré les décombres et les difficultés. Un appel à la reconstruction, non seulement matérielle, mais aussi humaine et culturelle, pour que l’âme d’Alep puisse renaître de ses cendres.

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