L’Afrique face à un défi de gouvernance pour assurer sa sécurité alimentaire
ADDIS-ABEBA, Éthiopie – Alors que l’Union africaine se prépare à son prochain sommet, une question cruciale se pose : les systèmes alimentaires du continent sont-ils enfin sur la voie d’une transformation durable ? Malgré deux décennies de stratégies agricoles ambitieuses, un Africain sur cinq continue de souffrir de la faim, et rares sont les pays qui ont respecté leurs engagements budgétaires en matière d’agriculture. L’enjeu n’est plus tant le manque de plans, mais plutôt la capacité à transformer les promesses en résultats concrets, un défi qui passe par une gouvernance et une responsabilisation renforcées.
Depuis le lancement du Programme complet de développement de l’agriculture africaine (CAADP) en 2003, les gouvernements africains se sont engagés à consacrer au moins 10 % de leurs budgets publics à l’agriculture, dans le but d’accroître la productivité grâce à des investissements et une coordination améliorés. Cet objectif a été réaffirmé lors de plusieurs déclarations, notamment à Malabo en 2014 et dans la stratégie du CAADP pour Kampala (2026-2035). Pourtant, les progrès restent lents.
La Déclaration et le plan d’action de Kampala, adoptés en 2025, marquent un tournant subtil mais significatif dans la gouvernance alimentaire et agricole du continent. Ils reconnaissent que la transformation dépend autant de la responsabilité politique que des politiques et des investissements. Pour la première fois, les parlements sont placés au cœur du processus du CAADP. Les législateurs sont désormais chargés d’aligner les lois nationales sur les objectifs continentaux, de garantir la cohérence des politiques agricoles, nutritionnelles, climatiques et commerciales, et d’exercer un contrôle réel sur les engagements exécutifs.
“L’Afrique n’a jamais manqué d’ambition, mais elle a besoin de mécanismes de gouvernance et de responsabilisation solides pour transformer ses engagements en résultats”, explique Françoise Uwumukiza, secrétaire générale adjointe du Réseau parlementaire africain des systèmes alimentaires (AFSPaN).
Le réseau AFSPaN a traduit ce nouveau mandat de gouvernance en un appel à l’action parlementaire décennal (2026-2035), exhortant les législatures à :
- Aligner et mettre à jour les lois régissant l’alimentation, le commerce, le climat et la santé.
- Examiner les budgets agricoles et suivre l’efficacité des dépenses.
- Institutionnaliser les partenariats avec la société civile et les autorités locales.
- Garantir des politiques sensibles aux genres et aux jeunes.
- Renforcer les capacités de collecte et d’analyse des données pour étayer un débat fondé sur des preuves.
Ce changement de paradigme est crucial. Dans de nombreux pays africains, le service de la dette dépasse souvent les budgets alloués à l’agriculture. Le continent ne peut pas continuer à dépendre indéfiniment de l’aide extérieure tout en sous-investissant dans sa propre sécurité alimentaire et nutritionnelle. Les parlements, dotés de l’autorité constitutionnelle de décider de l’allocation des ressources financières, ont un rôle essentiel à jouer pour garantir que la politique budgétaire soutienne la sécurité alimentaire à long terme.
L’exemple du Rwanda, où les contrats de performance et la budgétisation axée sur les résultats sont la norme, montre que la bonne gouvernance peut accélérer les progrès plus efficacement que tout instrument financier.
Au-delà des infrastructures physiques et des investissements, le véritable déficit de l’Afrique réside dans ses infrastructures institutionnelles. Sans lois transparentes, des budgets crédibles et des résultats mesurables, même les investissements les mieux financés ne peuvent garantir une transformation durable.
Alors que les chefs d’État se réunissent à Addis-Abeba pour le sommet de l’UA, la Déclaration de Kampala rappelle que la crise alimentaire africaine est autant un défi de gouvernance qu’un défi de production. Le véritable test sera de savoir si les parlements oseront remettre en question les performances médiocres et adopter des lois favorisant la résilience à long terme.
Uwumukiza conclut : “Les parlements ont enfin reçu le mandat de relier les points. Ils doivent maintenant l’utiliser.”
[Image d’Uwumukiza, crédit : IPS]
[Lien vers l’article original : https://www.ipsnews.net/2026/02/africas-food-systems-will-not-transform-without-parliamentary-accountability/ ]
[Vidéo YouTube potentielle sur la sécurité alimentaire en Afrique : (insérer lien pertinent)]
[Post Instagram potentiel sur le rôle des parlements africains : (insérer lien pertinent)]
