Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a réaffirmé à New York son appui à la candidature de son prédécesseur Macky Sall au poste de secrétaire général de l’ONU, déclenchant une vive polémique auprès des associations de victimes des troubles politiques survenus entre 2021 et 2024.
La prise de position officielle en faveur de l’ancien chef de l’État (2012-2024), exprimée par l’actuel locataire du palais de la République lors d’une interview conjointe accordée à RFI et France 24, provoque une onde de choc au sein de la société civile dakaroise. Qui de mieux que Macky Sall pour défendre la place de l’Afrique à l’ONU ?
a interrogé le président sénégalais pour justifier ce choix sur la scène internationale.
L’indignation des familles de victimes face au revirement diplomatique
Pour le Collectif des familles de victimes de Macky Sall, l’Initiative zéro impunité et le Collectif des familles des martyrs, ce positionnement diplomatique marque un contraste saisissant avec les promesses de changement portées par l’alternance politique de 2024. Boubacar Seye, président du collectif des victimes, dénonce une contradiction douloureuse qui ravive des souvenirs amers dans un pays marqué par les manifestations violentes de la période 2021-2024.
Les associations plaignantes rappellent que ces affrontements politiques ont fait des dizaines de morts et de nombreux blessés sous le magistère de Macky Sall, alors en confrontation ouverte avec l’opposant d’alors, Ousmane Sonko.
Ce qui nous interpelle, c’est la rupture entre ce soutien et le discours qui a porté le changement politique de 2024, souligne-t-il au micro de notre correspondante à Dakar, Léa-Lisa Westerhoff, au sujet de la victoire de Bassirou Diomaye Faye lors de la dernière présidentielle, face notamment au dauphin désigné de Macky Sall. N’oublions pas que des Sénégalais ont perdu la vie, d’autres ont été emprisonnés ou ont été victimes de violences.
Boubacar Seye, président du Collectif des familles de victimes de Macky Sall
Premières inculpations judiciaires et fractures de la mémoire nationale
Ce débat diplomatique émerge alors que la justice sénégalaise franchit un cap sensible. Quatre premières personnes ont été inculpées ces derniers jours pour crime contre l’humanité ou complicité, une démarche inédite concernant la répression des troubles survenus entre 2021 et 2024.

Sur les réseaux sociaux, notamment la plateforme X, les déclarations présidentielles ont provoqué un déferlement de commentaires critiques, illustrant une fracture mémorielle tenace. Les structures de défense des droits humains insistent sur le fait que la quête de postes internationaux ne doit pas occulter les exigences de la redevabilité interne et le respect des engagements du pays en matière de droits humains.
La défense d’une conception républicaine de la continuité de l’État
À l’opposé des critiques formulées par les collectifs, le Mouvement Initiative Citoyenne pour le Développement du Sénégal (ICDS) a salué la position de l’exécutif. Matar Diène, président de l’organisation, estime que cet appui traduit une conception républicaine de la continuité de l’État et invite à dissocier les querelles partisanes de la représentation du Sénégal sur la scène internationale.
Cette ligne officielle, enclenchée dès le mois de juillet 2026 avec des instructions formelles données au réseau diplomatique, vise à peser dans la course pour succéder à l’actuel secrétaire général de l’ONU, António Guterres, dont le mandat s’achève le 31 décembre. Macky Sall figure parmi une liste de prétendants comprenant notamment l’Argentin Rafael Grossi, l’Ougandais Olara Otunn et plusieurs personnalités latino-américaines.
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