Des astronomes ont détecté pour la première fois des ondes radio émanant directement d’une exoplanète. Située à environ 64 années-lumière, la géante gazeuse Beta Pictoris b émet des signaux trahissant un champ magnétique colossal et des aurores polaires, selon une étude publiée sur la plateforme de prépublication arXiv entre 2025 et 2026.
L’écoute des planètes extrasolaires franchit un cap historique. En utilisant le réseau de radiotélescopes MeerKAT en Afrique du Sud, des chercheurs ont réussi à isoler des émissions radio provenant de Beta Pictoris b. Jusqu’à présent, les signaux détectés autour d’autres systèmes stellaires ne permettaient jamais de déterminer avec certitude si l’onde provenait de la planète elle-même ou de son étoile hôte.
Le réseau MeerKAT et la localisation de Beta Pictoris b
Situé à 90 kilomètres de la ville de Carnarvon dans le Cap-Nord, le radiotélescope MeerKAT sert de précurseur au futur Square Kilometre Array. L’équipe scientifique a mené quatre campagnes d’observation distinctes entre 2025 et 2026, captant à chaque reprise des émissions radio, incluant des salves brèves et récurrentes qui se renforcent et s’affaiblissent rapidement.

Pour lever le doute sur l’origine exacte des ondes, les astrophysiciens ont eu recours à une méthode cartographique rigoureuse. En comparant leurs images radio avec les positions de neuf quasars lointains mesurées par Gaia ainsi qu’avec un radiocalibrateur de précision, ils ont pu dresser une carte fixe de l’environnement stellaire. Lorsque la couche radio a été superposée à cette carte, le signal s’est aligné précisément avec la position de Beta Pictoris b, écartant l’étoile et la planète voisine Beta Pictoris c.
Une signature auroraire et un champ magnétique extrême
Loin de traduire une communication extraterrestre, le signal possède une origine physique naturelle bien identifiée. Les ondes affichent une polarisation circulaire marquée, se déplaçant en spirale dans l’espace. Ce comportement correspond à l’instabilité de maser cyclotronique électronique, le même mécanisme qui engendre les aurores boréales et les tempêtes radio de Jupiter dans notre propre système solaire.

Kevin Ortiz Ceballos, du Center for Astrophysics, Harvard & Smithsonian, a indiqué via Innovationnewsnetwork que cela constituait la première mesure directe de la force d’un champ magnétique pour une exoplanète.
Cette émission radio agit comme un magnétomètre naturel. En atteignant 3,5 gigahertz — le sommet de la bande d’observation de MeerKAT — la fréquence indique que la force du champ magnétique doit atteindre au moins 1 250 gauss au site d’émission. À titre de comparaison, le champ magnétique à la surface de la Terre ne dépasse pas environ un demi-gauss.
Caractéristiques physiques et rotation de la planète géante
Découverte en 2008, Beta Pictoris b est une géante gazeuse environ dix à douze fois plus massive que Jupiter, orbitant à une distance comparable à celle de Saturne par rapport au Soleil. Ses caractéristiques en font un candidat idéal pour ce type de détection. L’astre effectue une rotation complète sur lui-même en huit à neuf heures seulement.

Les auteurs de l’étude estiment que cette rotation rapide alimente des courants électriques entre la magnétosphère et la haute atmosphère de la planète, donnant naissance à ces aurores spectaculaires. Les analyses ont également permis d’écarter l’hypothèse d’une énergie fournie par le vent stellaire de l’étoile, ce mécanisme s’avérant insuffisant de trois ordres de grandeur pour expliquer la puissance mesurée.
Perspectives pour l’astronomie observationnelle
Bien que les travaux n’aient pas encore franchi l’étape de l’évaluation par les pairs, la communauté scientifique salue déjà la portée de la méthode. Joe Callingham, astronome à l’Université d’Amsterdam et extérieur à l’équipe de recherche, qualifie l’avancée de résultat fantastique si la révision par les pairs confirme les conclusions.
Forts de ce succès, les chercheurs répertorient déjà sept autres exoplanètes géantes réparties dans cinq systèmes stellaires voisins en vue de campagnes futures. L’exploitation de ces cibles nécessitera toutefois des instruments dotés d’une sensibilité accrue d’un facteur cinq à sept, attendue des observatoires de prochaine génération pour cartographier les champs magnétiques de l’Univers lointain.
À ne pas manquer