Des astronomes découvrent un motif décagonal au pôle Sud de Saturne

Des astronomes ont découvert un gigantesque phénomène atmosphérique à dix côtés encerclant le pôle Sud de Saturne.

Saturn est depuis longtemps célèbre pour l’étrange hexagone à six côtés qui tourbillonne autour de son pôle nord. Mais l’hémisphère sud de la planète géante cache désormais sa propre surprise géométrique. Des astronomes ont détecté un motif atmosphérique à dix côtés, baptisé décagone, qui encercle les latitudes moyennes méridionales de la planète au sein d’un puissant courant-jet.

Une découverte menée entre observations amateurs et télescopes spatiaux

La mise en évidence de cette structure complexe découle d’une collaboration inhabituelle entre des observateurs amateurs et des institutions scientifiques de premier plan. Agustín Sánchez-Lavega, chercheur à l’Université du Pays basque en Espagne, a repéré une subtile bande ondulante le long du pôle Sud dans des images de 2024. Ces clichés provenaient de la base Planetary Virtual Observatory Laboratory, qui collecte des contributions d’observateurs du monde entier, parmi lesquels les astronomes amateurs Trevor Barry et Jean-Paul Oger. Des images terrestres supplémentaires capturées en 2025 ont renforcé l’hypothèse de l’existence de cette structure décagonale.

Pour confirmer ces indices, les chercheurs se sont tournés vers les archives du télescope spatial Hubble. En analysant des données collectées dans le cadre du programme OPAL (Outer Planet Atmospheres Legacy), qui photographie les planètes externes chaque année depuis plus d’une décennie, l’équipe a découvert que la structure commençait déjà à prendre forme dès 2023. Les résultats détaillés de cette découverte ont été publiés dans la revue Science Advances.

La dynamique d’une onde atmosphérique géante

Contrairement à ce que sa désignation visuelle pourrait laisser supposer, le décagone n’est pas un anneau solide de nuages suspendu au-dessus du monde. Il s’agit d’une onde atmosphérique massive, comparable aux vagues qui parcourent les océans de la Terre. Sur Saturne, qui ne possède ni continents ni chaînes de montagnes pour perturber la circulation, les couches de gaz pur se prêtent admirablement à la formation de pareils motifs réguliers le long des vents rapides.

Dans le courant-jet austral, les vents oscillent légèrement vers le pôle puis vers l’équateur. Les zones où l’onde s’incurve accumulent ou éclaircissent les nuages, tandis que les courbures opposées les amincissent ou les assombrissent. Cette alternance crée l’illusion géométrique d’un décagone aux côtés immenses, mesurant chacun environ 10,000 miles. Les observations menées avec différents filtres sur Hubble démontrent en outre que cette onde traverse de multiples couches de l’atmosphère, s’étendant bien au-delà d’une simple couche nuageuse de surface.

La chercheuse a également souligné le contraste saisissant entre les deux pôles de la géante gazeuse, expliquant que l’hexagone septentrional avait été présent à chaque observation effectuée depuis plus de 40 ans et que cette nouvelle caractéristique était différente puisqu’elle semblait se renforcer, offrant ainsi l’occasion rare d’observer le développement d’un gigantesque motif atmosphérique.

Le rôle décisif des saisons et le mystère de sa formation récente

L’observation du pôle Sud de Saturne a longtemps relevé de la gageure en raison de l’inclinaison axiale de la planète. Pendant plus d’une décennie, cette région est restée inclinée à l’écart de la Terre, rendant son étude ardue même pour les télescopes les plus puissants. Entre 2023 et 2025, le pivotement progressif de l’axe planétaire a replacé le pôle Sud dans l’axe de visibilité directe depuis la Terre, permettant enfin à Hubble et aux observatoires terrestres de lever le voile sur ces latitudes.

Un tel phénomène n’avait laissé aucune trace lors du passage de la sonde Cassini, qui a en orbite autour de Saturne entre 2004 et 2017. L’absence totale de formation géométrique durant cette période confirme que le décagone s’est formé très récemment. Cette évolution inattendue offre aux planétologues un laboratoire naturel hors du commun pour tester leurs modèles de circulation planétaire, d’autant plus que l’ensoleillement de cette latitude atteindra son maximum en 2032.

Saturn
Photo: NASA

Amy Simon, co-auteur de l’étude, a indiqué via Indiatimes qu’il était nécessaire de comprendre comment le décagone évoluerait, c’est-à-dire si, au cours des prochaines années, il deviendrait instable et se dissiperait ou si, au contraire, il gagnerait en stabilité et en robustesse à mesure que s’accroîtrait le rayonnement solaire, dont le pic à sa latitude d’environ 60 degrés sud est attendu en 2032, Amy Simon, co-auteur de l’étude, via Indiatimes

Les équipes scientifiques prévoient de mobiliser à la fois le télescope spatial Hubble et le télescope spatial James Webb afin de suivre l’évolution de ce décagone austral. Les chercheurs devront déterminer si cette structure éphémère finira par se dissiper en tempêtes chaotiques ou si, à l’instar de l’hexagone boréal, elle parviendra à s’ancrer durablement dans la météorologie de Saturne.

À ne pas manquer

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.