Des chercheurs ont identifié la cause exacte de la zérose et des problèmes de transit chez les astronautes. Selon une étude publiée dans la revue Nature Communications, la microgravité ralentit la progression des aliments dans les intestins, forçant les bactéries à fermenter les protéines et menaçant ainsi les futures missions vers la Lune et Mars.
La microgravité et le ralentissement du transit intestinal en orbite
Après des années de spéculations, des scientifiques ont confirmé que la zérose observée chez les astronautes est directement causée par la microgravité. Une nouvelle étude publiée dans le magazine spécialisé Nature Communications s’appuie sur l’analyse de plus de quatre cents échantillons sanguins provenant de plus de cinquante anciens membres d’équipage de la station spatiale internationale (ISS). Les participants avaient séjourné à bord de la station pendant au moins deux mois.
Dans ces échantillons, les chercheurs ont recherché des métabolites, c’est-à-dire les sous-produits issus de la décomposition des aliments, des médicaments et des tissus corporels. Selon Giorgia La Barbera, chercheuse à l’université de Copenhague et autrice de l’étude, les prélèvements ont mis en évidence des modifications suggérant que les bactéries intestinales fermentaient les protéines plus que d’ordinaire. Ce processus enzymatique s’enclenche dès les premières semaines suivant l’arrivée des astronautes dans l’espace et peut persister jusqu’à leur retour sur Terre.
Le mécanisme biologique de la fermentation des protéines selon l’université de Copenhague
Sur Terre, les bactéries intestinales privilégient généralement la dégradation des fibres et des glucides. Cependant, les conditions de vol spatial modifient radicalement ce comportement. D’après les explications de Henrik Roager, microbiologiste et coauteur des travaux à l’université de Copenhague, la faible gravité provoque probablement un déplacement plus lent des aliments dans l’intestin. Ce ralentissement laisse aux fibres davantage de temps pour se décomposer complètement, ce qui oblige ensuite les bactéries intestinales à se concentrer sur les protéines.
Bien que les modifications du régime alimentaire en orbite — telles que les variations dans la consommation de caféine, de poissons et de graisses signalées par Space — puissent jouer un rôle mineur, les scientifiques soulignent que ces facteurs nutritionnels représentent moins d’un tiers des changements métaboliques observés. La microgravité demeure donc la cause principale de ces perturbations digestives.
Les risques sanitaires pour les futures missions vers la Lune et Mars
Cette découverte concernant la fermentation des protéines suscite de vives inquiétudes parmi les experts, car ces troubles fonctionnels risquent d’altérer les missions habitées planifiées par la National Aeronautics and Space Administration (NASA) en direction de la Lune et de Mars. Lars Ove Dragsted, spécialiste de la nutrition et coauteur de l’étude, a souligné que la fermentation des protéines est liée à des conséquences négatives pour la santé, telles que des lésions rénales, des répercussions sur l’humeur et une baisse des capacités de concentration, en plus de provoquer des inflammations intestinales et d’affaiblir la muqueuse intestinale.
Jusqu’à présent, les scientifiques n’ont mesuré la nocivité de ce phénomène que dans le cadre de missions de courte durée, semblables à celles menées à bord de l’ISS. L’évaluation de l’impact réel sur la santé humaine lors d’expéditions de longue durée vers la Lune ou Mars nécessite encore des investigations approfondies.
Pistes de solutions et mesures préventives pour les équipages spatiaux
Pour contrer ces effets indésirables, les chercheurs ont déjà formulé plusieurs recommandations destinées à préserver l’équilibre du microbiote des équipages. Henrik Roager suggère l’adoption de régimes alimentaires enrichis en fibres, l’utilisation de suppléments probiotiques ainsi que des méthodes visant à stimuler les contractions musculaires ondulatoires qui propulsent les aliments, les liquides et les déchets à travers le tube digestif, notamment par le biais de médicaments et de massages adaptés.
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