L’Ouzbékistan a officiellement dévoilé au moins six avions de chasse chinois J-10CE arborant les insignes de son armée nationale lors de la fête nationale le 1er septembre 2026. Tachkent s’équipe ainsi de vingt-quatre appareils pour s’affranchir progressivement de sa dépendance historique envers l’industrie aéronautique militaire russe.
Vendredi 28 août, la télévision d’État ouzbèke a diffusé des images d’au moins six appareils chinois J-10CE arborant les insignes de l’armée nationale, dans le cadre des célébrations du 35e anniversaire de l’indépendance du pays. Des rumeurs sur l’achat de jets chinois par Tachkent circulent depuis plusieurs années, sans jamais avoir été confirmées. Les séquences diffusées montrent les six J-10CE opérant depuis la base aérienne de Karshi-Khanabad.
L’Ouzbékistan est ainsi le deuxième pays, après le Pakistan, à faire voler le J-10CE, devenant le premier opérateur de cet appareil en Asie centrale. Jusqu’à présent, les républiques d’Asie centrale dépendaient presque exclusivement de matériels de conception soviétique.
Le remplacement des MiG-29 et la fin d’un monopole technologique
Depuis l’indépendance du pays en 1991, le pays d’Asie centrale était jusque là un utilisateur exclusif d’avions de combat de fabrication soviétique, Sukhoi et autres MiG. Il ne disposait plus ces dernières années que de MiG 29 et de Sukhoi 25, les derniers Su27 ayant été retirés du service depuis la fin des années 2010. Les chasseurs chinois remplacent les derniers MiG29 ouzbèques en service depuis près de 40 ans.
L’industrie de l’armement russe y jouit d’un quasi-monopole, garantissant à la fois une dépendance technologique et logistique de Tachkent, et un carnet de commandes assuré pour les industriels russes. Une commande de 20 à 24 appareils chinois fragiliserait cette dépendance. Une flotte de cette envergure permettrait en effet à l’armée ouzbèke de former de nouvelles unités autour du J-10CE, et ainsi de remplacer progressivement sa flotte d’appareils soviétiques.
Une commande globale estimée à un milliard de dollars
Selon les informations disponibles, Tachkent aurait passé une commande portant sur 24 appareils, armement et formation compris, pour un montant total d’environ un milliard de dollars. Le Bangladesh serait également en train de finaliser un contrat avec Pékin portant sur l’achat de 20 à 24 J-10CE, pour environ 2,3 milliards de dollars (pour 20 appareils), formation et infrastructure comprises.
Le J-10C (le « E » correspondant à la version destinée à l’exportation) est considéré, à l’instar du Rafale français, comme un avion de combat de génération 4.5. Celui-ci a bénéficié d’une importante exposition en mai 2025 lors de l’opération Sindoor, lorsqu’au moins un Rafale indien aurait été détruit par un J-10C chinois de l’armée pakistanaise. En Chine, les nationalistes avaient décrit un « moment DeepSeek » militaire, la supériorité de l’appareil chinois sur son concurrent occidental marquant une rupture dans le domaine militaire et témoignant de la supériorité technologique de Pékin. À un prix unitaire estimé à 50 millions de dollars, le J-10CE est deux fois moins cher que les appareils du français Dassault, vendus à New Delhi 100 millions d’euros chacun, sans système d’armes. Au-delà de leur prix avantageux, les J-10CE afficheraient des performances comparables à celles des avions de combat occidentaux de génération similaire, et marquent une rupture technologique avec les MiG-29 et Su-25 en service.
Le recul de la part de marché de la Russie et la montée en puissance de Pékin
La mise en service de J-10 est une réussite pour l’industrie chinoise qui vient de plus en plus concurrencer la Russie sur le terrain des avions de combat. Selon le dernier rapport du SIPRI, la Chine aurait actuellement 90 avions de combat en commande ou en négociation avancée, contre au moins 68 pour la Russie. Les États-Unis dominent toujours largement ce classement, avec 936 appareils en commande, suivis par la France, avec plus de 180 avions de combat.
La position de la Russie sur le marché mondial de l’armement s’est significativement érodée suite au lancement de l’invasion de l’Ukraine, en 2022. En raison des sanctions, des difficultés d’approvisionnement et de la réorientation de la production vers l’effort de guerre, les industriels peinent à honorer leurs commandes à temps, y compris envers les pays situés dans sa zone d’influence historique. Les exportations russes d’armement ont ainsi chuté de 64 % sur la période 2021-2025 par rapport à 2016-2020. Moscou ne représente aujourd’hui plus que 6,8 % du marché mondial, contre 5,6 % pour la Chine, selon le SIPRI.
Pour aller plus loin