À l’aube de 2026, l’accès à l’électricité demeure un défi critique pour des millions de personnes en Afrique subsaharienne, où la capacité de consommation locale varie considérablement selon les pays, de l’Angola à la Tunisie, tandis que la société civile fait face à des restrictions sévères sur une grande partie du continent.
Les disparités du pouvoir d’achat et de la consommation locale en 2026
Le début de l’année 2026 met en lumière de profondes inégalités économiques à travers le continent africain, mesurées par l’indice du pouvoir d’achat local de Numbeo. Selon ces données, l’Angola surclasse les autres nations avec un score de 200.8, devançant nettement l’Afrique du Sud, qui se positionne au deuxième rang avec un score de 109.2, témoignant d’une capacité de consommation robuste malgré les difficultés régionales.
En revanche, de nombreux pays d’Afrique du Nord et de l’Est affichent des scores inférieurs à 50. En Tunisie, par exemple, l’indice s’établit à 35.8 pour 2026. Cette situation pèse lourdement sur les ménages, qui doivent consacrer une part accrue de leurs revenus à l’achat de produits de première nécessité tels que le pain, le lait et l’huile de cuisson, tout en subissant la hausse des coûts de l’électricité et des transports.
Pour faire face aux déficits budgétaires, le gouvernement tunisien a entamé fin 2025 des réformes partielles des subventions portant sur le carburant, l’électricité et les denrées de base. Ces mesures, conjuguées à une revalorisation minimale des salaires du secteur public inférieure à l’inflation, ont accru les dépenses directes des citoyens, accentuant les fractures entre les grands centres urbains et les régions rurales et du sud.
La crise chronique de l’électricité et ses répercussions économiques
Au-delà du pouvoir d’achats, la fourniture fiable d’électricité reste insaisissable dans de nombreuses régions d’Afrique. De l’Afrique du Sud, qui subit des coupures tournantes de huit à dix heures par jour, aux zones rurales totalement privées de courant, l’approvisionnement inadéquat freine la croissance économique.
D’après les estimations de l’Agence internationale de l’énergie pour l’année 2021, 43% des Africains, soit environ 600 million de personnes, manquaient d’accès à l’électricité, la grande majorité se trouvant en Afrique subsaharienne. La Banque mondiale estime qu’il faudrait investir près de 20 milliards de dollars chaque année pour parvenir à l’électrification universelle dans cette région, dont près de 10 milliards de dollars pour la seule Afrique de l’Ouest et centrale.
Plusieurs facteurs expliquent cette situation, notamment le vieillissement des infrastructures, le manque de suivi gouvernemental et la pénurie de compétences pour entretenir les réseaux nationaux, selon Andrew Lawrence, expert en énergie à la Witwatersrand University Business School à Johannesburg. À cela s’ajoute un héritage historique où les régimes coloniaux avaient conçu des systèmes électriques réservés à une minorité.
Témoignages du quotidien et défis de la transition énergétique
Dans plusieurs pays, les défaillances du réseau paralysent l’activité quotidienne. Au Zimbabwe, la baisse drastique du niveau du lac Kariba, provoquée par des sécheresses successives, a contraint la centrale hydroélectrique de Kariba South à réduire fortement sa production. Les installations au charbon souffrent également de pannes fréquentes dues à la vétusté des équipements.
« Qu’est-ce qu’on peut faire ? On doit juste attendre que l’électricité revienne, mais la plupart du temps elle revient la nuit. Ça veut dire que je ne peux pas travailler, ma famille a faim. » Omar Chienda, coiffeur à Harare, via Voice of America

Au Nigeria, pays le plus peuplé du continent, la production d’électricité stagne autour de 4 000 mégawatts alors que les besoins de la population dépassent 30 000 mégawatts. À Abuja, la propriétaire de restaurant Favour Ben témoigne des difficultés persistantes :
« Ça a été très difficile, surtout après avoir payé sa facture d’électricité et qu’ils ne vous donnent pas de lumière. » Favour Ben, propriétaire de restaurant à Abuja, via Voice of America
Pour tenter de moderniser le secteur et réduire les émissions, l’attention s’est portée sur le programme du Partenariat pour une transition énergétique juste (« Just Energy Transition »), soutenu par des puissances occidentales. Toutefois, en Afrique du Sud, la dépendance au charbon – qui produit 80% de l’électricité nationale – complique la sortie des énergies fossiles en raison de la nécessité impérative de produire de l’énergie au quotidien.
L’état de l’espace civique et de la redevabilité gouvernementale
La capacité des citoyens à influencer les politiques publiques dépend également des libertés d’expression, de réunion pacifique et d’association. Selon le rapport annuel People Power Under Attack publié par CIVICUS, 44 des 50 nations et territoires d’Afrique subsaharienne sont classés comme bloqués, réprimés ou fermés. Plus de 80% de la population régionale vit ainsi dans des pays où l’espace civique subit des restrictions majeures, Cabo Verde et São Tomé e Príncipe faisant exception en étant reconnus comme ouverts.

Des évolutions positives ont néanmoins été enregistrées dans le dernier rapport, avec des améliorations notables constatées au Sénégal, au Gabon et en Mauritanie, démontrant que des réformes étatiques peuvent redonner de l’espace à la société civile et renforcer la transparence publique.
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