Les températures mondiales des océans ont atteint un niveau record pour le mois de juillet, portées par les conditions du phénomène El Niño dans le Pacifique tropical, selon les données publiées par le service de surveillance climatique de l’Union européenne.
La surface des océans de la planète a enregistré des températures exceptionnellement élevées au cours du mois de juillet, s’inscrivant dans le prolongement d’une tendance globale de réchauffement documentée par les agences scientifiques internationales. D’après le service de surveillance climatique de l’Union européenne, la température moyenne à la surface de la mer, mesurée à dix mètres de profondeur dans l’ensemble des océans hors régions polaires, s’est établie à 20,96 degrés Celsius (69,7 degrés Fahrenheit), pulvérisant ainsi les repères historiques pour cette période de l’année.
Le rôle moteur du phénomène El Niño et des émissions industrielles
Cette surchauffe des eaux de surface est directement alimentée par l’apparition et le développement des conditions associées au phénomène climatique El Niño dans le Pacifique tropical, une configuration naturelle traditionnellement caractérisée par des températures océaniques plus élevées. Les relevés de l’Agence européenne indiquent que ces anomalies thermiques touchent particulièrement une vaste portion du Pacifique tropical, où les conditions d’El Niño sont appelées à se renforcer au cours des prochains mois, comme le relève le service Copernicus sur le changement climatique.

Toutefois, les climatologues rappellent que ces fluctuations naturelles s’inscrivent sur un fond de réchauffement planétaire induit par les activités humaines. Les océans absorbent environ 90% de l’énergie excédentaire sur Terre, accumulée en raison des émissions massives de gaz à effet de serre issues de la combustion des énergies fossiles. C’est ce qu’a souligné Richard Allan, professeur de science climatique à l’Université de Reading au Royaume-Uni, lors d’un entretien téléphonique.
L’élévation globale des températures se traduit également par des moyennes atmosphériques élevées. Le mois de juillet s’est classé comme le deuxième mois de juillet le plus chaud jamais enregistré à l’échelle mondiale, ex æquo avec l’année 2024 et juste derrière le record absolu établi en 2023. La température moyenne de l’air à la surface du globe a atteint 16,90 degrés Celsius, soit 1,47 degré Celsius au-dessus de la moyenne préindustrielle de la période 1850-1900.
Canicules persistantes, sécheresses et tensions sur les ressources en Europe
En Europe, la hausse des températures de l’eau s’est manifestée de manière spectaculaire dans l’Atlantique et en Méditerranée occidentale, où des vagues de chaleur marine fortes à sévères se sont développées. L’Europe occidentale a ainsi traversé une période de juin et juillet la plus chaude jamais observée depuis le début des relevés, après une succession de vagues de canicule débutées dès le mois de mai.

Les hautes pressions atmosphériques persistantes ont agi comme un couvercle, piégeant la chaleur sur la région. Samantha Burgess a expliqué que la sécheresse des sols a réduit leur capacité de rafraîchissement naturel, créant un cercle vicieux où la chaleur et l’aridité se renforcent mutuellement. Dans le même temps, le Royaume-Uni a connu son mois de juillet le plus sec depuis 190 years, entraînant des déclarations officielles de sécheresse sur une grande partie de l’Angleterre et l’ensemble du pays de Galles, d’après les services météorologiques britanniques.
Cette combinaison de chaleur et de manque d’eau a fait chuter les débits des cours d’eau en deçà des normales saisonnières, touchant particulièrement la Seine, le Rhin et le Danube. Ces bas niveaux exercent une pression directe sur l’approvisionnement en eau, l’irrigation, la production d’énergie et la navigation fluviale. De plus, les conditions de sécheresse ont favorisé des incendies de forêt d’une intensité exceptionnelle à travers le continent.
Conséquences sanitaires et urgence de l’adaptation climatique
L’impact de ces épisodes caniculaires répétés se lit également dans les bilans sanitaires. L’Organisation mondiale de la santé a souligné que l’Europe reste le continent qui se réchauffe le plus rapidement, avec un rythme deux fois supérieur à la moyenne mondiale, et que les infrastructures de travail et de vie ne sont pas adaptées à ces températures. En France, le ministère de la santé a fait état d’un millier de décès excédentaires au cours de la semaine précédant l’évaluation estivale par rapport aux prévisions habituelles.
Face à la récurrence de ces phénomènes extrêmes, les scientifiques insistent sur la double nécessité de surveiller l’évolution des températures et de concrétiser les réductions d’émissions de gaz à effet de serre. Pierre-Yves Le Traon, directeur scientifique de Mercator Ocean International, a rappelé l’urgence d’agir pour faire face à cette trajectoire climatique.
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