AMOC : des données géologiques réfutent le dogme de la fuite des Agulhas

Une équipe internationale de chercheurs révèle que la circulation méridionale de retournement de l’Atlantique, ou AMOC, a pu rester vigoureuse malgré un affaiblissement de la fuite des eaux chaudes de l’océan Indien. Cette découverte, publiée dans des travaux récents, contredit un dogme océanographique établi de longue date.

Remise en cause d’un concept clé de l’océanographie

Pendant des décennies, la communauté scientifique a tenu pour acquis que l’apport en sel provenant de l’océan Indien — un phénomène connu sous le nom de fuite des Agulhas — constituait le moteur principal alimentant la formation d’eau profonde dans l’Atlantique Nord. Ce mécanisme était censé soutenir et réguler l’intensité de la circulation méridionale de retournement de l’Atlantique, un rouage essentiel du système climatique mondial qui transporte les eaux chaudes vers le nord et renvoie les eaux plus froides vers le sud. Une équipe de recherche internationale menée par des scientifiques de l’Université d’Utrecht, aux côtés de collaborateurs des États-Unis, de Chine et du Royaume-Uni, a toutefois mis en lumière des données géologiques qui racontent une tout autre histoire. Une recherche menée par une équipe internationale démontre que le lien entre le passage de l’eau saline et la circulation profonde n’est pas aussi direct que le laissaient penser les manuels.

Dr Suning Hou, de l’Université d’Utrecht, a expliqué via Mirage News qu’il s’agissait fondamentalement du premier concept théorique qu’elle avait appris lorsqu’elle était étudiante en licence, tout en soulignant qu’il avait été surprenant de découvrir des preuves géologiques montrant que cela n’était pas universellement vrai.

Analyse des sédiments marins de la période du Pliocène

Pour tester cette hypothèse, les chercheurs ont examiné les archives géologiques de la fin du Pliocène, une période comprise entre 3,6 et 2,6 millions d’années caractérisée par un événement glacial suivi d’une transition vers des conditions plus chaudes. L’analyse s’est appuyée sur un carottage de sédiments marins prélevé sur le plateau des Agulhas, à environ 500 kilomètres au sud de l’Afrique du Sud, dans le cadre du programme international de découverte des océans. En étudiant les microplanctons fossiles appelés kystes de dinoflagellés et les biomarqueurs lipidiques organiques présents dans ces sédiments, l’équipe a pu reconstituer les déplacements de la limite subtropicale de l’océan Austral ainsi que les fluctuations de température. L’analyse des dinocystes et des lipides dans la carotte de sédiments du site U1475 a permis de suivre précisément l’évolution de la fuite des Agulhas au fil du temps.

51 – More Evidence says There's No Slowdown in Atlantic Overturning Circulation! It’s all Hype then?

Les données recueillies indiquent que le front subtropical s’est déplacé vers le nord il y a environ 3,4 millions d’années, provoquant un refroidissement d’environ 3 degrés Celsius dans la région et l’apparition de conditions subpolaires sur le site d’étude. Cet état de fait correspond à un affaiblissement substantiel, voire à un quasi-arrêt, de la fuite des eaux indiennes vers l’Atlantique. Pourtant, les simulations de modèles climatiques et les données recueillies dans le golfe du Mexique, dans l’Atlantique tropical et dans la mer des Caraïbes montrent que la formation d’eau profonde dans l’Atlantique Nord et le renversement aux latitudes inférieures se sont paradoxalement intensifiés au cours de cette même période glaciaire.

Réorganisation à l’échelle du bassin et nouvelles perspectives climatiques

Ce signal surprenant, initialement repéré par une ancienne doctorante de l’Université d’Utrecht dans un enregistrement sédimentaire isolé, a pris tout son sens lorsque la même configuration a été découverte sur le plateau des Agulhas. Les chercheurs ont alors compris qu’ils observaient une réorganisation à l’échelle de tout le bassin de la thermocline océanique, et non une simple anomalie locale. La confirmation par des simulations de modèles climatiques a permis de valider cette vaste réorganisation des courants et de dissiper les incohérences apparentes des données géologiques.

AMOC : des données géologiques réfutent le dogme de la fuite des Agulhas
Photo: miragenews.com
Agulhas Leakage's Role in AMOC Challenged by New Research

Parallèlement à ces analyses sur le Pliocène, d’autres recherches géologiques menées plus au nord, enfouies à près d’un kilomètre sous le fond marin de l’Atlantique à l’ouest de la Guinée-Bissau, ont mis en évidence des vagues de boue géantes formées il y a 117 millions d’années. Une étude publiée dans Global and Planetary Change suggère que les passages d’eau salée de l’Atlantique Nord ont ouvert la voie à des courants sous-marins massifs bien plus tôt qu’on ne le croyait, modifiant la chronologie de la connexion entre les bassins nord et sud. Ces découvertes combinées démontrent que la dynamique des courants océaniques profonds du passé possède une complexité que les modèles climatiques continuent d’explorer pour affiner leurs prévisions face aux évolutions climatiques actuelles.

À ne pas manquer

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.