Difficultés financières : un impact durable sur la mémoire et la vitesse de traitement

Une étude portant sur plusieurs décennies révèle que les difficultés financières persistantes tout au long de l’âge adulte sont associées à une diminution de la vitesse de traitement et de la mémoire verbale à l’âge mûr, selon des recherches publiées dans la revue Innovation in Aging.

La santé cognitive à l’âge mûr ne dépend pas seulement des choix de vie individuels ou d’un moment isolé de précarité, mais bien de l’accumulation de contraintes économiques au fil des ans. Une recherche récente examinée par les chercheurs met en lumière les répercussions à long terme de l’adversité financière sur le vieillissement cérébral.

Sept décennies de suivi auprès d’une cohorte britannique

Cette étude historique, hébergée par l’University College London, a suivi 5 362 individus nés la même semaine.

L’échantillon analytique final comprenait 2 759 participants évalués à différents stades de leur vie adulte. L’adversité financière a été mesurée à travers deux axes principaux : d’une part, le revenu du ménage aux âges de 26, 43 et 53 ans, plaçant les 20% les plus pauvres dans la catégorie des bas revenus ; d’autre part, des difficultés financières déclarées par les participants eux-mêmes aux âges de 36, 43 et 53 ans concernant le paiement des factures et la gestion du budget.

Des tests cognitifs aux examens par imagerie cérébrale

Les résultats montrent que 16% des participants ont connu un faible revenu de manière persistante, tandis que 12% ont fait face à des difficultés financières durables. À l’âge de 53 ans, ces personnes présenchent des performances inférieures aux tests de mémoire verbale et de vitesse de traitement par rapport à celles n’ayant pas connu de telles privations.

Les analyses d’imagerie révèlent que les personnes touchées par un faible revenu persistant affichent une moins bonne santé cérébrale à un âge avancé, incluant une atrophie et une contraction cérébrale plus marquées entre 69 et 71 ans.

Le Dr Jacques Wels, de la Unit for Lifelong Health & Ageing à l’UCL, a souligné que la plupart des études sur le vieillissement cognitif examinent les difficultés financières à un moment précis, tandis que leur étude s’appuyant sur plusieurs décennies de données permet de constater que c’est l’accumulation de difficultés sur de nombreuses années qui est liée aux pires résultats en matière de santé cognitive, plutôt que des épisodes occasionnels d’adversité.

Le poids des facteurs aggravants selon l’équipe de recherche

L’étude démontre que ces corrélations persistent même après avoir pris en compte le milieu socio-économique durant l’enfance, le niveau d’éducation et la cognition infantile. Cependant, l’impact de la précarité varie selon les profils biologiques et sociaux.

Difficultés financières : un impact durable sur la mémoire et la vitesse de traitement
Photo: UCL | University College London

Le lien entre les difficultés économiques et la dégradation de la santé cérébrale s’avère particulièrement prononcé chez les hommes, chez les personnes ayant subi des désavantages durant leur enfance, ainsi que chez les porteurs du variant génétique APOE-ε4, connu pour accroître le risque de développer la maladie d’Alzheimer. Les hommes de cette cohorte ayant subi une précarité prolongée ont également obtenu des scores plus faibles à 53 ans que leurs homologues féminins, une différence que les chercheurs attribuent potentiellement à des comportements de santé moins favorables ou au stress de subvenir aux besoins du ménage dans le contexte de l’époque.

Difficultés financières : un impact durable sur la mémoire et la vitesse de traitement
Photo: News Medical

La professeure Praveetha Patalay, de la Unit for Lifelong Health & Ageing et du Centre for Longitudinal Studies à l’UCL, a indiqué que leurs conclusions suggèrent que le soutien aux personnes confrontées à des difficultés financières et la réduction de la pauvreté chronique pourraient également contribuer à prévenir le déclin cognitif et les cas de démence à l’avenir.

Les mécanismes biologiques évoqués par les auteurs incluent l’inflammation chronique liée au stress, de même que la charge cognitive accrue générée par l’inquiétude financière constante, qui réduit la capacité cérébrale disponible pour d’autres tâches. Les données recueillies offrent ainsi de nouvelles pistes de prévention pour lutter contre le déclin cognitif futur.

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