La restauration des rivières et la réintroduction des castors en Grande-Bretagne renforcent considérablement la résilience des paysages face aux sécheresses et aux incendies. Selon des recherches récentes et des projets menés notamment par le National Trust, ces animaux modifient les milieux aquatiques et créent des zones humides permanentes qui protègent les sols des extrêmes climatiques.
Alors que le Royaume-Uni fait face à des extrêmes climatiques de plus en plus marqués, entre sécheresses prolongées et fortes pluies, la Grande-Bretagne se tourne vers des solutions fondées sur la nature. L’Angleterre a ainsi connu ce printemps le plus sec depuis 132 ans, et deux régions du nord du pays subissent déjà des conditions de sécheresse, selon les rapports publiés. Face à cette vulnérabilité accrue, les défenseurs de l’environnement étudient le rôle crucial des castors, autrefois chassés jusqu’à l’extinction dans le pays il y a environ 400 ans.
Le rôle des castors et la gestion de l’eau sur le domaine de Holnicote
Dans le sud-ouest de l’Angleterre, malgré un printemps marqué par un niveau de précipitations atteignant seulement la moitié de la moyenne habituelle, les terres du domaine de Holnicote, géré par le National Trust à Exmoor dans le Somerset, sont restées verdoyantes. En 2020, l’organisation y a lancé un projet d’envergure baptisé riverlands
, consistant à relâcher des castors dans deux enclos et à restaurer la rivière Aller pour lui rendre un état naturel, comparable à celui qui préexistait avant toute intervention humaine.
Cette approche, initialement développée dans l’Oregon aux États-Unis, constitue la première tentative à grande échelle de restauration d’un cours d’eau principal au Royaume-Uni. Des engins de chantier ont déplacé plus de 4 000 tonnes de terre pour combler le chenal rectiligne d’origine et installer des centaines de troncs d’arbres dans la plaine inondable, d’après les précisions apportées par les conservateurs.
L’ingénierie naturelle face aux risques d’incendie et de manque d’eau
Les castors, souvent qualifiés d’ingénieurs des écosystèmes, transforment profondément leur environnement en construisant des barrages qui génèrent des zones humides d’une grande complexité. Puttock, chercheur, souligne les bénéfices directs de cette activité pour la sécurité des animaux face aux prédateurs, tout en soulignant l’impact positif pour la société humaine :
Puttock a expliqué par l’intermédiaire de la BBC que l’une des modifications majeures apportées par les castors consistait à construire des barrages, ce qui créait ces zones humides d’une grande complexité qui offraient aux castors une protection contre les prédateurs et la possibilité de se déplacer dans le paysage.
Selon les analyses de l’expert, la rétention d’eau accrue dans le paysage permet de mieux absorber les chocs climatiques, qu’il s’agisse d’inondations ou de sécheresses. Les étangs formés par les zones humides retiennent chacun environ 1 000 mètres cubes d’eau, ce qui réduit les débits de pointe grâce à leur stockage dans des barrages naturels. De surcroît, ces paysages humides agissent comme des pare-feu naturels, comme le rappellent les observations scientifiques sur le terrain.
Bénéfices pour la biodiversité et coexistence avec l’agriculture
Les zones humides créées abritent désormais une faune diversifiée, comprenant des campagnols aquatiques, divers oiseaux, des insectes et des poissons tels que les anguilles. Ben Eardley, chef de projet senior pour le National Trust dans le Somerset, indique que si l’objectif initial était de limiter les inondations en aval pour protéger des communautés comme Allerford et Bossington, la lutte contre les sécheresses est devenue tout aussi prioritaire.


Même après les mois de sécheresse printanière, les enclos des castors ainsi que le réseau fluvial restauré sont restés gorgés d’eau toute l’année. La végétation plus dense joue le rôle d’une couverture isolante pour le sol, maintenant l’humidité et stabilisant les températures de la terre, d’après les déclarations du responsable du projet.
Cette gestion paysagère ne s’oppose pas nécessairement à l’agriculture. Les responsables soulignent qu’en acceptant de consacrer de petits espaces aux castors et aux zones inondables, le reste des terres bénéficie d’une nappe phréatique plus haute, offrant un meilleur pâturage plus longtemps pendant les mois d’été.
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