Le gouvernement cubain a franchi une étape majeure dans la restructuration de son modèle économique avec l’approbation de deux nouveaux décrets-lois lors d’une session extraordinaire du Conseil d’État. Ces mesures, encadrées par le président de cet organe, Esteban Lazo Hernández, visent à moderniser le cadre législatif régissant le système entrepreneurial étatique et les coopératives agropecuaires, s’inscrivant dans un vaste programme de 176 réformes économiques et sociales lancées en juin dernier.
Une nouvelle gouvernance pour l’entreprise étatique
Le décret-loi « Du Système Entrepreneurial Étatique Cubain » place désormais ces entités sous la conduite du nouvellement créé Institut National d’Actifs Entrepreneuriaux Étatiques (INAEE). Selon Roberto Ricardo Marrero, président de cette institution, cette réforme répond à 16 des 17 transformations prévues pour l’entreprise socialiste, pilier central de l’économie nationale. L’objectif est de « déchaîner les forces productives » des entreprises publiques en élargissant leur autonomie. Désormais, ces entités auront la capacité de : * Créer leurs propres filiales et mipymes (micro, petites et moyennes entreprises) étatiques. * Définir librement leur objet social. * Approuver elles-mêmes les salaires de leurs travailleurs et les prix de leurs produits. * Gérer leurs propres investissements et disposer de leurs propres devises. Yovana Vega Mato, directrice du système entrepreneurial au ministère de l’Économie et de la Planification (MEP), a souligné que cette norme constitue la plateforme nécessaire pour que le secteur public puisse opérer dans des conditions similaires à celles du secteur privé, favorisant une « haute interrelation » entre les différents acteurs économiques.

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Libéralisation et décentralisation : le nouveau paysage économique
Parallèlement à la réforme du secteur public, le gouvernement a exposé une série de mesures visant à libéraliser et décentraliser l’économie pour stimuler la croissance, alors que l’île a connu une contraction de 15 % de son économie entre 2020 et 2025. Les nouvelles dispositions marquent un tournant significatif pour le secteur non étatique : * Suppression des limites : Il n’existe désormais plus de plafond de 100 employés pour les entreprises privées, et les citoyens sont autorisés à posséder plus d’une société. * Simplification administrative : L’approbation des mipymes est réduite à environ 20 jours, et l’autorisation préalable du MEP n’est plus requise pour la création d’une entreprise. * Ouverture aux investissements : Les investisseurs étrangers peuvent désormais participer directement à des entreprises privées sans obligation d’association avec l’État. * Diversification : Plus de 62 % des activités jusqu’alors interdites au secteur non étatique seront libérées ou flexibilisées.

This follows our earlier report, Cuba lance 176 réformes économiques pour libéraliser secteur privé et attirer investissements étrangers.
Contexte et enjeux des réformes
Ces transformations interviennent dans un contexte de crise économique profonde, exacerbée par la pandémie, des mesures internes infructueuses et le maintien de sanctions américaines. Le gouvernement cubain cherche, à travers ce paquet de 176 mesures, à dynamiser un tissu économique composé actuellement de 23 172 entités, incluant 2 803 entreprises étatiques, 15 200 mipymes privées, 4 966 coopératives, 131 entreprises mixtes et 72 entreprises à capital étranger. Le second décret-loi, portant modification du décret-loi n° 76 sur les coopératives agropecuaires, vient compléter cet arsenal juridique en actualisant les règles de constitution et de fonctionnement de ces structures, en cohérence avec les nouvelles orientations économiques.
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Prochaines étapes pour la mise en œuvre
Les deux textes seront prochainement publiés dans la *Gaceta Oficial de la República*. Si le gouvernement insiste sur le fait que l’entreprise socialiste demeure le « sujet principal » de l’économie, la création de l’INAEE et de l’Institut national des acteurs économiques non étatiques témoigne d’une volonté de réguler un système devenu beaucoup plus hybride. Le Conseil d’État a réaffirmé que ces réformes, analysées au préalable par le Bureau Politique et le Comité Central du Parti, visent à « perfectionner le processus de construction socialiste » tout en apportant une réponse concrète au besoin urgent de croissance économique et de développement social du pays.

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