Soins palliatifs aux urgences : les consultations ont été multipliées par 2,7 depuis la pandémie
Les services d’urgence, traditionnellement dédiés aux soins immédiats, deviennent de plus en plus des points d’entrée cruciaux pour les soins palliatifs et de fin de vie. Une étude exhaustive menée par Henry Ford Health et Michigan State University Health Sciences révèle que le nombre de consultations en soins palliatifs et hospice (HPC) initiées au sein des urgences a bondi de 173,6 % au cours des cinq années ayant suivi la pandémie de COVID-19.

Une transformation culturelle des soins d’urgence
Selon les chercheurs, dont les travaux paraîtront dans le numéro de novembre 2025 de l’American Journal of Emergency Medicine, cette tendance reflète une volonté d’intégrer une évaluation clinique proactive dès le passage aux urgences, plutôt que d’attendre l’admission dans un service hospitalier ou le transfert vers des structures communautaires. L’étude, qui a analysé 8 055 consultations HPC réalisées entre 2016 et 2023 dans cinq services d’urgence de la région métropolitaine de Détroit, met en lumière une évolution significative des pratiques : * Réorientation des priorités : Les demandes de soins palliatifs (qui concernent les patients atteints de maladies graves, indépendamment du pronostic) ont progressé de 27,4 % à 53,6 % sur la période étudiée. * Évolution des hospices : À l’inverse, les demandes spécifiquement liées aux hospices (réservées aux patients en fin de vie) ont diminué, passant de 48,2 % à 21,9 %. * Impact du COVID-19 : La pandémie a agi comme un catalyseur, exacerbant la demande pour des soins de fin de vie et sensibilisant les équipes médicales à l’importance de ces interventions précoces.
L’enjeu de l’autodétermination et des directives anticipées
Au-delà des chiffres, la recherche souligne l’importance des outils juridiques et cliniques, tels que les directives anticipées (AD) et les ordres médicaux relatifs aux traitements de maintien de la vie (POLST). Ces documents permettent aux patients de faire respecter leurs volontés en matière de soins.
Limites de la prise en charge aux urgences
Malgré ces avancées, les services d’urgence font face à des défis structurels. Des recherches menées sur des patients neurologiques montrent que si les admissions sont souvent déclenchées par des événements aigus (crises d’épilepsie, troubles de la marche ou douleur), les urgences peinent parfois à traiter la multidimensionnalité des besoins des patients. Les données indiquent que : * Les défis psychosociaux sont souvent identifiés comme des enjeux majeurs par les équipes de soins palliatifs, mais ne sont pas toujours pleinement adressés lors de l’évaluation initiale aux urgences. * La documentation concernant les limitations thérapeutiques ou l’existence d’un mandataire de soins reste insuffisante dans certains contextes cliniques.
Perspectives cliniques et qualité de vie
Les experts s’accordent sur le fait que l’accès accru aux soins palliatifs en milieu d’urgence améliore significativement la qualité de vie des patients en fin de vie, tout en renforçant la satisfaction des familles. L’objectif est clair : améliorer la prise en charge des patients les plus vulnérables en garantissant que leurs volontés soient respectées, même dans des contextes de soins critiques où le temps est limité.
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