Le président ukrainien Volodymyr Zelensky pourrait ne pas assister à la Conférence sur la reconstruction de l’Ukraine, prévue les 25 et 26 juin à Gdańsk, suite à la décision du président polonais Karol Nawrocki de lui retirer l’Ordre de l’Aigle blanc le 19 juin dernier. Cette crise diplomatique menace la participation de l’Ukraine à ce sommet crucial.
Le retrait de l’Ordre de l’Aigle blanc et l’incertitude diplomatique
Photo: Укрінформ
La tension entre Varsovie et Kyiv a atteint un point critique après que le président polonais Karol Nawrocki a retiré à Volodymyr Zelensky l’Ordre de l’Aigle blanc, la distinction la plus élevée de Pologne. Cette sanction fait suite à la décision du président ukrainien d’attribuer à l’une de ses unités militaires un nom honorifique en hommage aux héros de l’UPA.
Selon les informations de 24tv.ua, le ministre des Affaires étrangères ukrainien, Sybiha, doit faire un rapport au président Zelensky ce lundi 22 juin. Ce compte rendu portera sur l’état de préparation de l’Ukraine pour la conférence, les conséquences des récentes décisions diplomatiques et les modalités de participation. Le président ukrainien prendra sa décision finale après ce rapport.
Malgré ce climat de confrontation, le Premier ministre polonais Donald Tusk a exprimé sa volonté de maintenir le dialogue, affirmant qu’il attendrait la présence du président ukrainien à cet événement. Les réactions en Pologne sont toutefois divisées. Si le ministre des Affaires étrangères polonais Sikorski a critiqué la décision de Nawrocki, l’ancien député Piotr Fogle a, pour sa part, rendu son Croix d’Or du Mérite au président polonais en signe de solidarité avec l’Ukraine.
L’avis pessimiste du président de la Chambre polonaise
Photo: Радіо Свобода
Le climat politique actuel laisse craindre une absence de la délégation ukrainienne. Włodzimierz Czajasty, le président de la Chambre des députés polonaise (Sejm), a exprimé son scepticisme quant à la venue de Zelensky lors d’un entretien accordé à Polsat News.
Le conflit avec Varsovie a dégénéré en ${de telles émotions incontrôlées. Je pense que le président Nawrocki savait ce qu’il faisait. La question est de savoir si, après cette décision du président Nawrocki, la situation s’apaise ? Ou si, au contraire, nous nous dirigeons vers un conflit ? Si Zelensky ne vient pas à Gdańsk, est-ce une bonne idée pour les entreprises dans le contexte de la reconstruction de l’Ukraine ?
Włodzimierz Czajasty, via Eurointegration
Cette incertitude pèse sur les objectifs économiques du sommet. La conférence de Gdańsk vise précisément à stimuler les investissements dans les secteurs de l’énergie, des infrastructures critiques et de la logistique, des domaines durement touchés par l’agression russe.
Une mobilisation internationale malgré la crise politique
Zelensky says Ukraine needs 'real projects' for reconstruction • FRANCE 24 English
Malgré les frictions bilatérales, l’engagement des grandes puissances européennes reste ferme. Le chancelier fédéral allemand Friedrich Merz a confirmé sa participation à la Conférence sur la reconstruction de l’Ukraine, qui se tiendra les 25 et 26 juin.
Selon Ukrinform, Steffen Mayer, porte-parole adjoint du gouvernement allemand, a précisé que le chancelier prendra la parole lors de l’ouverture de l’événement. Berlin a réaffirmé que ${soutenir une Ukraine stable, démocratique et économiquement prospère correspond à nos propres intérêts}.
L’ampleur de l’événement est massive, avec environ 5 000 participants attendus, incluant des dirigeants d’État, des représentants de gouvernements, des institutions financières internationales et des chefs d’entreprise. Le gouvernement allemand souligne l’urgence de la situation financière :
Les pertes et les dommages causés par la guerre d’agression russe sont immenses, et il est impossible de les surmonter uniquement par les fonds publics. Les entités publiques et privées doivent collaborer étroitement dans ce domaine.
Steffen Mayer, via Ukrinform
Le poids de l’histoire et le conflit mémoriel
Le déclencheur de cette crise, l’hommage à l’UPA (Armée insurrectionnelle ukrainienne), renvoie à des décennies de tensions historiques entre la Pologne et l’Ukraine. L’UPA, qui a opéré principalement entre 1942 et 1956 (bien que certains combats aient persisté jusqu’en 1967), est une organisation dont l’héritage est profondément contesté.
Comme le rapporte Radio Svoboda, la perception de l’UPA diverge radicalement selon les perspectives nationales :
En 2016, le Parlement polonais a qualifié les actions de l’UPA contre les populations polonaises en Volhynie de génocide.
Les données du SBU indiquent 30 327 pertes polonaises et 240 localités détruites, tandis que les estimations de l’Institut de la mémoire nationale polonaise font état de près de 100 000 victimes polonaises.
Le président Nawrocki a lié la question de l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne à la nécessité pour Kyiv de rejeter ce qu’il appelle le ${culte du totalitarisme et de la violence}.
Cette confrontation mémorielle place désormais la reconstruction économique de l’Ukraine sous le signe d’une diplomatie de haute voltige, où les enjeux de financement de demain se heurtent aux traumatismes d’hier.