La grippe aviaire hautement pathogène H5N1 a officiellement atteint le continent australien pour la première fois, confirmant la fin d’une période de plus de trois ans sans cas sur le territoire. Ce dimanche 21 juin 2026, le gouvernement australien a annoncé la découverte du virus chez deux oiseaux sauvages en Australie-Occidentale : un labbe brun et un pétrel géant, tous deux retrouvés malades près du parc national de Cape Le Grand, à environ 700 kilomètres au sud-est de Perth. Selon le ministre de l’Agriculture, Julie Collins, ces cas marquent une “situation préoccupante” mais attendue, dans un contexte de propagation mondiale du virus depuis 2021.
Un virus déjà présent dans les territoires subantarctiques depuis 2025
L’arrivée de l’H5N1 en Australie continentale n’est pas une surprise pour les scientifiques. Depuis août 2025, le virus circule déjà dans les îles subantarctiques australiennes, notamment Heard et McDonald, où il a décimé des populations entières de phoques et d’oiseaux marins. Des études menées par le programme australien en Antarctique révèlent une mortalité record : près de 13 000 petits phoques éléphants (soit 76 % des naissances sur les îles) et des centaines de manchots royaux ont péri, avec des taux de mortalité atteignant 97 % dans certaines zones. “Ces observations représentent la première détection du virus dans un territoire australien externe et illustrent sa progression continue vers l’est dans la région subantarctique”, explique Julie McInnes, biologiste de la faune pour le programme.

Les chercheurs estiment que le virus a été introduit sur ces îles par des oiseaux migrateurs en provenance des îles Crozet, situées à 1 800 kilomètres plus à l’ouest. Cette propagation suit un schéma déjà observé dans d’autres territoires subantarctiques comme l’île de Géorgie du Sud, où les phoques ont été particulièrement touchés. “Nos résultats montrent un schéma similaire à d’autres îles subantarctiques”, précise McInnes, soulignant que l’impact sur les populations adultes de phoques reste encore incertain.
“The thing we don’t know from our surveys so far is what the impact was on the breeding adult population of southern elephant seals.”
Pas de menace immédiate pour l’élevage, mais une surveillance renforcée
Contrairement à l’épidémie de grippe aviaire H7 qui a frappé les élevages australiens en 2024 et 2025, provoquant l’abattage de centaines de milliers de volailles, le ministre Collins rassure : pour l’instant, aucune preuve de contamination dans les élevages ou les systèmes agricoles n’a été détectée. “Il n’y a pas de mortalités massives et aucune trace du virus dans notre secteur avicole ou agricole”, affirme-t-elle lors d’une conférence de presse à Canberra. Cette distinction est cruciale : le H5N1 est bien plus contagieux et mortel que le H7, mais son impact sur les élevages reste moins documenté en Australie.

Pourtant, les autorités australiennes ont déjà renforcé leurs mesures de biosécurité depuis des mois. Vaccinations ciblées, tests systématiques des oiseaux migrateurs et plans d’urgence sont en place depuis 2024, date à laquelle les premiers cas avaient été détectés en Antarctique. “Nous savions que nous ne pourrions pas rester à l’abri de la grippe aviaire indéfiniment”, reconnaissait Collins, citant la propagation mondiale du virus depuis son émergence en Asie en 2021. Le Premier ministre Anthony Albanese a réaffirmé cette semaine que son gouvernement ferait “tout ce qui est nécessaire pour limiter toute propagation”, tout en soulignant que le virus se propage naturellement par les oiseaux migrateurs.
“This is something that has happened through migratory birds, and has happened by definition around the world, and this is why we are preparing for this.”
Un risque pour la biodiversité, mais pas pour l’homme (pour l’instant)
Si le virus ne représente pas encore une menace directe pour la santé humaine – les infections chez l’homme restent rares malgré des millions de cas aviaires – son impact écologique est déjà dramatique. Selon Dr Ariful Islam, épidémiologiste vétérinaire à l’Université Charles Sturt, le H5N1 est un “panzootie”, un terme désignant une épidémie touchant de multiples continents et espèces. En Europe et en Amérique, le virus a déjà décimé des centaines de millions d’oiseaux sauvages et domestiques, et infecté des mammifères inattendus : chats, chèvres, alpagas, et même des porcs. En Australie, les deux oiseaux infectés (le labbe brun et le pétrel géant) sont des espèces migratoires originaires des régions subantarctiques, confirmant le rôle clé des déplacements d’oiseaux dans la dissémination du virus.

Les experts soulignent que la situation en Australie-Occidentale reste à surveiller de près. Dr Michelle Wille, spécialiste des virus de l’influenza aviaire à l’Université de Melbourne, rappelle que le H5N1 a déjà provoqué des crises majeures dans d’autres pays. Aux États-Unis, par exemple, son arrivée en 2022 a perturbé les chaînes d’approvisionnement en viande et fait flamber les prix. En Australie, où l’industrie avicole représente un secteur économique crucial, les autorités craignent une répétition de la crise du H7, qui avait nécessité l’abattage de 500 000 volailles en 2024.
Que faire maintenant ? Les prochaines étapes clés
Dans les prochains jours, les autorités australiennes devraient intensifier leurs tests pour déterminer si le virus s’est étendu à d’autres espèces locales. Une équipe du CSIRO (l’agence scientifique nationale) et du centre australien pour la préparation aux maladies (Australian Centre for Disease Preparedness) est déjà sur place pour analyser l’environnement et les autres oiseaux de la région. Selon le ministre Collins, les résultats définitifs pourraient être connus “dans les prochains jours”. En parallèle, des mesures de biosécurité supplémentaires seront probablement mises en place, notamment dans les zones côtières où les oiseaux migrateurs sont fréquents.
À plus long terme, les scientifiques craignent que le virus ne s’installe durablement dans les écosystèmes australiens, comme cela a été observé dans l’hémisphère nord. Dr Matt Mason, de l’Université du Sunshine Coast, met en garde contre les conséquences imprévisibles sur les espèces endémiques. “Nous devons comprendre la dynamique complète de la maladie et ses modes de transmission dans cette région de l’Australie-Occidentale”, insiste-t-il, soulignant l’urgence de renforcer la surveillance.
Pour les éleveurs et les autorités sanitaires, la priorité reste de contenir le virus avant qu’il ne se propage aux élevages. Bien que le risque pour l’homme soit considéré comme faible – aucun cas humain n’a été rapporté en Australie – les experts rappellent que les virus de la grippe aviaire mutent constamment. La détection précoce dans les régions isolées comme l’Australie-Occidentale offre une fenêtre pour agir avant que la situation ne devienne critique.
“Whilst disappointing, this is not unexpected, given the global spread of the H5 bird flu.”
En attendant, les Australiens sont invités à signaler tout oiseau mort ou malade aux autorités locales. Une carte interactive des zones à risque et des consignes de sécurité sont disponibles sur le site du département de l’Agriculture. Pour les professionnels de la santé, le rappel est sans ambiguïté : en cas de symptômes grippaux après un contact avec des oiseaux, consulter immédiatement un médecin.
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