Une étude publiée ce mois-ci dans *The Lancet Regional Health – Europe* montre qu’un accompagnement téléphonique personnalisé par un pharmacien réduit de 23 % le taux de LDL-cholestérol chez les patients à risque, après six mois de suivi. L’essai randomisé mené en France et en Belgique, impliquant 1 247 participants, révèle aussi une amélioration de 18 % de l’observance aux traitements hypolipémiants.
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Un protocole simple, des résultats mesurables : l’étude française et belge
Les chercheurs du consortium *PharmaCall*, coordonné par l’Université libre de Bruxelles (ULB) et l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP), ont évalué l’impact d’un suivi téléphonique mensuel mené par des pharmaciens sur la gestion du cholestérol. Contrairement aux approches classiques reposant sur des conseils génériques ou des rappels médicamenteux, cette méthode cible des ajustements précis : dosage des statines, interactions avec les médicaments du patient, ou adaptation du régime alimentaire en fonction des analyses sanguines récentes.
L’essai, publié le 2 juin 2026 dans *The Lancet Regional Health – Europe*, est le premier à démontrer une efficacité supérieure à celle des programmes existants. Les participants du groupe intervention (623 personnes) ont bénéficié de 12 appels sur six mois, contre trois appels standardisés pour le groupe témoin (624 personnes). Les résultats sont sans ambiguïté : la baisse moyenne du LDL-cholestérol (le “mauvais cholestérol”) était de 1,2 mmol/L dans le groupe accompagné, contre 0,8 mmol/L dans le groupe témoin — une différence statistiquement significative (p < 0,001).
« Ce qui change, c’est la personnalisation », explique le Pr. Jean-Marc Sabatier, endocrinologue à l’AP-HP et co-auteur de l’étude
. Un pharmacien peut identifier une interaction médicamenteuse que le patient ignorait, ou ajuster la dose d’une statine en fonction de ses effets secondaires. C’est un maillon manquant entre le médecin traitant et le patient. »
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Pourquoi ce modèle pourrait-il s’étendre ?
Le modèle *PharmaCall* repose sur trois piliers vérifiés par l’étude :
1. Un protocole standardisé mais flexible : Les pharmaciens suivent un guide clinique validé par des cardiologues, mais peuvent adapter les recommandations en fonction des données du patient (ex. : un taux de créatinine élevé justifiant une réduction de dose de simvastatine).
2. Un coût maîtrisé : Selon les calculs des chercheurs, le coût par patient accompagné s’élève à 180 € sur six mois, contre 80 € pour le suivi standard. Les économies potentielles à long terme — liées à la réduction des hospitalisations pour événements cardiovasculaires — pourraient justifier cet investissement.
3. Une acceptabilité élevée : 92 % des participants ont déclaré préférer ce suivi téléphonique à une consultation en présentiel, citant gain de temps et discrétion.

En France, où près de 15 millions de personnes présentent un taux de LDL-cholestérol ≥ 3,5 mmol/L (seuil à risque élevé selon les recommandations de la Haute Autorité de Santé de 2023), ce modèle pourrait être intégré aux programmes de prévention. La Belgique, où l’étude a aussi été menée, envisage déjà un déploiement pilote dans trois régions d’ici fin 2026, financé par les mutuelles.
« L’enjeu n’est pas de remplacer le médecin, mais de combler un vide », souligne la Dre. Élodie Van den Brande, pharmacienne clinicienne à l’ULB et investigatrice principale
. En Belgique, un patient sur trois ne prend pas correctement ses statines. Avec un appel mensuel, on peut corriger ça en temps réel. »
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Limites et questions ouvertes
L’étude présente plusieurs limites méthodologiques, soulignées par les auteurs et des experts externes :
– Un suivi court : Six mois ne suffisent pas à évaluer l’impact sur les événements cardiovasculaires (infarctus, AVC), qui mettent des années à se manifester. Une extension de l’essai sur cinq ans est en discussion.
– Un échantillon urbain : Tous les participants vivaient en zone urbaine (Paris, Bruxelles, Lille, Gand), où l’accès aux soins est plus aisé. L’efficacité dans les zones rurales ou défavorisées reste à démontrer.
– Un biais de sélection : Les patients volontaires étaient majoritairement des femmes (58 %) et des cadres ou employés (65 %), un profil plus observant que la moyenne.
Sur le plan éthique, la question du financement se pose. En France, les pharmacies d’officine ne sont pas rémunérées pour ce type d’accompagnement. Une proposition de loi déposée en mai 2026 par le sénateur Philippe Bas (LR) vise à intégrer ces consultations téléphoniques dans le forfait pharmacie, mais son adoption reste incertaine.
« Sans remboursement, ce modèle ne sera pas scalable », avertit le Pr. Alain Simonin, président de la Fédération française des syndicats de pharmacies d’officine
. Il faut trouver un équilibre entre innovation et viabilité économique. »
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Comparaison avec d’autres approches
Le suivi téléphonique par pharmacien n’est pas une idée nouvelle, mais les résultats de *PharmaCall* le distinguent des initiatives existantes :
– Les programmes de télémédecine (ex. : *TeleCardio* en Allemagne) se concentrent sur le monitoring à distance via des appareils connectés, sans interaction humaine personnalisée.
– Les ateliers éducatifs (comme ceux de la *Société française de cardiologie*) montrent une amélioration de 10 à 15 % de l’observance, mais sans impact significatif sur les taux de cholestérol.
– Les applications mobiles (ex. : *CardioCheck*) peinent à maintenir l’engagement sur le long terme, avec un taux d’abandon de 40 % après trois mois.

Une méta-analyse publiée dans *JAMA Network Open* en 2025 avait déjà identifié les interventions humaines comme les plus efficaces pour améliorer l’observance des traitements chroniques. L’étude *PharmaCall* va plus loin en ciblant spécifiquement le LDL-cholestérol, un marqueur clé des maladies cardiovasculaires.
« Ce qui manque souvent, c’est la boucle fermée », résume le Dr. Thomas Zeller, cardiologue à l’hôpital européen Georges-Pompidou (HEGP)
. Une application peut alerter le patient, mais elle ne peut pas ajuster son traitement en fonction de ses résultats sanguins du jour. Là, le pharmacien joue ce rôle. »
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Prochaines étapes : vers une généralisation ?
Plusieurs pistes sont explorées pour déployer ce modèle à plus grande échelle :
1. Un pilote national en France : La Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) étudie l’intégration de ces consultations dans le parcours de soins, avec un budget prévisionnel de 5 millions d’euros pour 2027.
2. Une formation spécifique pour les pharmaciens : L’Ordre national des pharmaciens prépare un module de 40 heures sur la prise en charge du cholestérol et des dyslipidémies, obligatoire pour participer aux programmes d’accompagnement.
3. Une évaluation économique : Une étude cofinancée par l’INSERM et l’Institut de recherche en santé publique (IReSP) devrait publier en 2027 les coûts évités grâce à la réduction des hospitalisations pour complications cardiovasculaires.
En Belgique, le ministre flamand de la Santé, Wouter Beke (N-VA), a annoncé le 30 mai 2026 un partenariat avec les mutuelles pour tester le modèle dans 50 pharmacies d’ici fin 2026. « Si cela marche, nous étendrons à tout le pays », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse.
Reste une question cruciale : ce modèle est-il transposable à d’autres pathologies chroniques, comme le diabète ou l’hypertension ? Une branche de l’étude *PharmaCall*, en cours de recrutement, évalue justement l’impact d’un suivi téléphonique par pharmacien sur la glycémie chez les patients diabétiques de type 2.
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Note aux lecteurs** : Les résultats présentés ici concernent une étude observationnelle. Ils ne remplacent pas un avis médical personnalisé. En cas de doute sur votre taux de cholestérol ou votre traitement, consultez votre médecin ou pharmacien.
