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Manifestation étudiante contre Arieh Deri : le grand-rabbin Yossef dénonce les “manquements graves

Un événement qui tourne au conflit : ce qui s'est passé aux bâtiments de la Knesset

Une crise ouverte au cœur de Shas : quand des étudiants de yeshiva ont manifesté contre le président du parti, Arieh Deri, le grand-rabbin Yitzhak Yossef a réagi avec une lettre de condamnation rare et des appels à l’unité.

Ce vendredi 29 mai 2026, un événement censé célébrer la Torah et la communauté séfarade à Jérusalem s’est transformé en scène de tension politique et religieuse. Lors d’une cérémonie de remise de prix organisée aux bâtiments de la Knesset en l’honneur du grand-rabbin Yitzhak Yossef, des dizaines d’étudiants de yeshiva séfarades ont manifesté contre Arieh Deri, président du parti Shas, avec des slogans accusateurs et des cris de protestation. Deri, absent de l’événement, avait anticipé les réactions hostiles et choisi de ne pas y assister, préférant se rendre directement au domicile du grand-rabbin pour une “consultation urgente” en pleine escalade des arrestations de jeunes Torah-lerners. La lettre publique de Yossef, publiée ce matin, condamne fermement les “manquements graves” des manifestants et appelle à la réconciliation au sein du mouvement.

Un événement qui tourne au conflit : ce qui s’est passé aux bâtiments de la Knesset

L’événement, intitulé “Prix du grand-rabbin”, devait être un moment de célébration pour les étudiants de yeshiva et les dirigeants religieux séfarades. Pourtant, dès que le nom d’Arieh Deri a été mentionné sur scène, des cris de “bouze” (bûze) et des slogans provocateurs ont retenti dans la salle. Selon des témoignages recueillis par Inn et Israel Hayom, certains participants ont brandi des pancartes avec des messages comme “Si tu es séfarade, 50 objectifs, c’est 100% toi !”, une référence directe à la position de Deri sur la conscription militaire, un sujet clivant au sein de la communauté.

Un événement qui tourne au conflit : ce qui s'est passé aux bâtiments de la Knesset
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Les pancartes portaient aussi des accusations plus personnelles : “Le peuple n’oublie pas ceux qui ont trahi le Maran” (le grand-rabbin Yossef), selon Chardim10. Ces slogans visaient à la fois la politique de Deri sur le service militaire et son rôle dans les tensions internes au sein du parti Shas, notamment autour de la nomination controversée de Yossef à la tête du conseil des sages de la Torah. Certains participants ont même accusé Deri d’avoir “abandonné” la communauté séfarade face à la montée des arrestations de jeunes Torah-lerners.

Deri, conscient des risques, avait annulé sa participation à la dernière minute. Comme l’explique Emes, il avait été informé que des groupes d’étudiants préparaient une manifestation organisée. À la place, il s’est rendu directement chez Yossef, où une photo des deux hommes ensemble a été diffusée pour montrer leur unité apparente. Dans un communiqué publié par son bureau, Deri a justifié son absence par une “consultation urgente” liée à “l’escalade des arrestations contre les étudiants de yeshiva”, un sujet brûlant depuis des semaines.

La lettre de Yossef : une condamnation rare et des appels à l’unité

La réaction du grand-rabbin Yitzhak Yossef, publiée ce matin, est sans précédent dans son ton. Dans une lettre écrite à la main – un geste symbolique pour éviter toute suspicion de manipulation – il condamne fermement les manifestants, qu’il qualifie de “petit groupe de jeunes qui n’ont pas respecté les règles de la décence”. Voici ses mots exacts, traduits du hébreu :

La lettre de Yossef : une condamnation rare et des appels à l’unité
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“Hier, lors de l’événement respectable qui s’est tenu aux bâtiments de la Knesset, en présence de la remise du prix du grand-rabbin avec la participation honorable des membres du conseil des sages de la Torah – les rabbins Saliem, Cohen et Mahfoud –, un petit groupe de jeunes n’a pas montré le respect dû à un émissaire de Dieu qui a sacrifié sa vie pour le peuple séfarade, notre cher et vénérable rabbin Arieh Deri, président de notre mouvement.”

ISRAEL: ARIEH DERI SENTENCED TO 3 YEARS IN PRISON

— Grand-rabbin Yitzhak Yossef, dans sa lettre publique.

Yossef ajoute : “Je proteste et je m’indigne contre ce manque de respect envers notre ami le rabbin Arieh. C’est une conduite grave ! Il faut de l’unité dans notre mouvement, nous devons tous être unis !” Ces mots, rapportés par Kikar HaShabbat et Emes, marquent une rupture avec la tradition de réserve des dirigeants religieux face aux conflits internes.

La lettre souligne aussi un détail révélateur : lors de l’événement, le rabbin Avraham Saliem – un membre influent du conseil des sages de la Torah – était présent sans coordination préalable avec Yossef. Selon Israel Hayom, cette absence de synchronisation a exacerbé les tensions dans la salle. Saliem est perçu comme un opposant à la nomination de Yossef à la tête du conseil, ce qui ajoute une dimension de rivalité personnelle au conflit.

Les causes profondes : conscription, nominations et fractures internes

Cette crise n’est pas un incident isolé. Elle s’inscrit dans un contexte de profondes divisions au sein de Shas, un parti qui allie tradition religieuse et engagement politique. Trois enjeux majeurs expliquent l’escalade :

  • La question de la conscription : Deri a défendu un projet de loi visant à exempter les étudiants de yeshiva du service militaire, une position impopulaire auprès de certains secteurs de la communauté séfarade qui estiment que le parti ne fait pas assez pour protéger les jeunes Torah-lerners des arrestations.
  • La nomination controversée de Yossef : Le grand-rabbin Yitzhak Yossef a été proposé pour diriger le conseil des sages de la Torah, mais cette décision bloque en raison de l’opposition de certains membres, dont le rabbin Saliem. Deri est accusé de freiner le processus, ce qui alimente les rumeurs de trahison.
  • La montée des arrestations : Depuis plusieurs semaines, des dizaines de jeunes Torah-lerners séfarades ont été arrêtés, déclenchant une vague de colère dans la communauté. Deri est perçu comme trop lent à réagir, ce qui a nourri la frustration.

Comme le note Emes, les médias grand public ont rapidement saisi l’opportunité pour présenter cette manifestation comme un “schisme” au sein de Shas, alors que l’événement était avant tout une célébration de la Torah. Pourtant, les organisateurs ont souligné que la majorité des participants avaient exprimé leur soutien aux étudiants et aux dirigeants religieux, malgré les incidents isolés.

Un détail souvent ignoré par les médias : lors de l’événement, Yossef s’est adressé aux jeunes Torah-lerners pour les rassurer, déclarant : “Ne craignez rien, vous êtes la force d’Israël.” Cette phrase, rapportée par Kikar HaShabbat, montre que le message central de la cérémonie était bien la solidarité, malgré les tensions.

Que se passe-t-il maintenant ? Les scénarios possibles

La lettre de Yossef et l’absence de Deri ont temporairement apaisé les tensions, mais les fractures au sein de Shas restent profondes. Plusieurs évolutions sont possibles dans les semaines à venir :

Que se passe-t-il maintenant ? Les scénarios possibles
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  • Une réunion d’urgence du conseil des sages : Yossef pourrait convoquer une session pour officialiser sa nomination à la tête du conseil, ce qui pourrait calmer les opposants internes.
  • Une médiation externe : Des figures religieuses neutres, comme le rabbin Ovadia Yossef (fils du défunt grand-rabbin), pourraient être sollicitées pour faciliter le dialogue.
  • Une escalade politique : Si les tensions persistent, Deri pourrait être contraint de clarifier sa position sur la conscription ou de démissionner de son poste de président, ce qui affaiblirait Shas avant les prochaines élections.
  • Une polarisation accrue : Les manifestants pourraient organiser de nouvelles actions, comme des grèves ou des boycotts, si leurs revendications ne sont pas prises au sérieux.

Un élément clé à surveiller : la réaction des jeunes Torah-lerners. Comme le souligne Chardim10, ces derniers sont perçus comme un groupe en colère mais aussi comme une force politique en croissance. Leur soutien ou leur rejet pourrait déterminer l’avenir de Shas.

Enfin, la question des arrestations continue de planer. Deri a mentionné dans son communiqué que sa “consultation urgente” avec Yossef portait sur ce sujet. Si les autorités maintiennent leur politique de répression, la colère dans la communauté ne fera qu’augmenter, risquant de radicaliser encore davantage les positions.

Pourquoi cette crise est-elle un tournant pour Shas ?

Shas, parti historique de la communauté séfarade, traverse une période charnière. Fondé sur l’alliance entre tradition religieuse et participation politique, il doit aujourd’hui faire face à des défis sans précédent :

  • La jeune génération : Les étudiants de yeshiva, souvent perçus comme apolitiques, deviennent un acteur clé. Leur mobilisation montre que les questions de conscription et de protection communautaire ne peuvent plus être ignorées.
  • La légitimité des dirigeants : La crise de confiance entre Deri et Yossef révèle une division entre l’aile politique et l’aile religieuse du parti. Si cette fracture s’aggrave, Shas pourrait se scinder.
  • Les élections à venir : Avec des élections législatives prévues dans les prochains mois, les partis doivent consolider leur base. Une division interne affaiblirait Shas face à des rivaux comme United Torah Judaism ou même des mouvements plus radicaux.

Comme l’analyse Emes, cette crise pourrait aussi avoir un effet paradoxal : en unissant temporairement Deri et Yossef contre les manifestants, elle rappelle que, malgré tout, le parti reste un bloc cohésif face aux menaces externes. Cependant, si les divisions persistent, Shas risque de perdre son rôle de porte-parole incontesté de la communauté séfarade.

Une chose est sûre : cette manifestation ne restera pas un épisode isolé. Elle marque un tournant dans la relation entre les jeunes Torah-lerners et leurs dirigeants, ainsi qu’un test de la capacité de Shas à naviguer entre tradition et modernité politique.

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