Home ÉconomieGuerre en Iran : les rendements obligataires américains menacent l’économie ?

Guerre en Iran : les rendements obligataires américains menacent l’économie ?

La guerre en Iran et la dette américaine : un cocktail explosif pour les marchés

Washington – La guerre en Iran, qui s’intensifie, exerce une pression croissante sur les marchés financiers américains, en particulier sur le marché des bons du Trésor. Les rendements des bons du Trésor américain ont atteint des sommets en plusieurs mois, reflétant des anticipations de retards dans les baisses de taux de la Réserve fédérale et une inflation persistante. La question qui se pose désormais est de savoir à quel moment cette situation pourrait contraindre l’administration Trump à reconsidérer sa stratégie militaire, voire à mettre en place des mécanismes pour limiter les rendements.

Selon ING, un seuil critique pourrait être franchi lorsque l’écart entre les taux d’intérêt à 10 ans du Trésor américain et les swaps de taux d’intérêt dépassera les 60 points de base. Ce seuil, bien que non encore atteint (il se situe actuellement juste en dessous de 50 points de base), signalerait une dégradation de la crédibilité des bons du Trésor.

“Surveillez l’écart des swaps à 10 ans. S’il devait atteindre 60 points de base, cela signalerait suffisamment de problèmes pour finir par façonner la trajectoire de la guerre,” a déclaré Padhraic Garvey, responsable de la recherche chez ING, dans une note adressée à ses clients. “Ce n’est pas seulement une question de perception négative, mais aussi de coût accru du financement de la dette américaine.”

L’augmentation de cet écart implique un coût de financement plus élevé pour le gouvernement américain, déjà fortement endetté, ce qui pourrait entraîner un resserrement des conditions de crédit et une aversion au risque, affectant potentiellement les marchés boursiers et même le bitcoin.

Un seuil critique pour le rendement à 10 ans

D’autres observateurs se concentrent sur le rendement à 10 ans du Trésor, qui sert de référence pour les taux d’intérêt à travers l’économie américaine. Depuis le début des hostilités en Iran fin février, ce rendement a augmenté d’environ 45 points de base, atteignant 4,37 %.

Selon The Kobeissi Letter, une fourchette de 4,5 % à 4,6 % représente une “ligne rouge”. C’est le niveau auquel le président Trump avait mis en pause ses tarifs douaniers ambitieux en avril 2025.

“Cela correspond à la forte hausse observée autour du ‘Jour de la Libération’ en avril 2025. Lorsque le rendement des bons du Trésor à 10 ans a dépassé 4,50 %, le président Trump a commencé à évoquer une possible pause tarifaire. Et une fois que le rendement a dépassé 4,60 %, il a officiellement mis en œuvre une pause de 90 jours sur les tarifs réciproques le 9 avril 2025,” a souligné la publication sur X.

En d’autres termes, le marché obligataire pourrait bientôt exercer une pression sur l’administration Trump pour qu’elle modère son intervention militaire. Si le rendement dépasse la fourchette de 4,5 % à 4,6 %, il pourrait atteindre 5 %, un niveau considéré par les analystes comme un point de rupture pour les actifs à risque.

The Kobeissi Letter estime que l’économie américaine ne pourrait pas supporter un rendement à 10 ans de 5 %. Arthur Hayes, cofondateur de BitMEX et directeur des investissements chez Maelstrom Fund, a même prédit qu’une telle hausse pourrait déclencher une mini-crise financière, obligeant la Fed à injecter des liquidités sur le marché.

Dans ce scénario, le bitcoin pourrait initialement subir une baisse, mais les injections de liquidités pourraient rapidement relancer les acheteurs.

Un impact sur le bitcoin ?

Les investisseurs en bitcoin doivent donc surveiller de près les rendements des bons du Trésor et les écarts de swaps, car les fluctuations de ces marchés pourraient avoir un impact direct sur l’appétit pour le risque et les décisions politiques.

La situation est d’autant plus complexe que les actions de l’administration Trump sont imprévisibles. Mardi, le président Trump a suspendu les attaques contre les infrastructures iraniennes, invoquant des discussions productives, bien que l’Iran ait nié tout contact. Mercredi matin, des forces américaines et israéliennes ont cependant frappé de nouvelles installations énergétiques iraniennes, notamment un gazoduc à Khorramshahr.

L’évolution de ces événements, combinée à la pression exercée par les marchés financiers, pourrait bien déterminer la trajectoire de la guerre en Iran et, par conséquent, l’avenir de l’économie mondiale.

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