L’AIEP lance la plus importante libération de réserves pétrolières stratégiques face aux tensions au Moyen-Orient
WASHINGTON – L’Agence Internationale de l’Énergie (AIEP) a annoncé mercredi la plus importante libération de ses réserves pétrolières stratégiques de son histoire, une mesure destinée à apaiser les turbulences sur les marchés de l’énergie exacerbées par les tensions croissantes au Moyen-Orient. Cette libération s’élève à 400 millions de barils, surpassant largement les 182 millions de barils déployés en deux phases en 2022 suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
Fatih Birol, directeur exécutif de l’AIEP, a déclaré que les défis actuels du marché pétrolier étaient “sans précédent en termes d’ampleur”, justifiant ainsi cette action collective d’urgence.
Les États-Unis contribueront à cet effort avec un retrait de 172 millions de barils de leurs réserves stratégiques. Le secrétaire à l’Énergie américain, Chris Wright, a souligné l’engagement de l’administration à protéger la sécurité énergétique du pays, rappelant les promesses de campagne de l’ancien président Trump.
Cette décision intervient alors que les craintes concernant l’impact économique de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran s’intensifient. Le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, voie navigable cruciale pour environ 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial, a été fortement perturbé en raison des menaces iraniennes. Des incidents impliquant des navires ont été signalés, augmentant l’incertitude sur l’approvisionnement mondial.
Malgré ces risques, le président Trump a exhorté les pétroliers à poursuivre leur route, affirmant que les attaques américaines contre les navires iraniens avaient contribué à désamorcer la menace des mines. Il a également minimisé initialement les inquiétudes concernant les prix du pétrole avant de s’impliquer plus activement dans les efforts pour les réduire.
L’administration américaine a également mis en place un plan de réassurance de 20 milliards de dollars, en partenariat avec Chubb, pour rouvrir le détroit d’Ormuz au commerce pétrolier et aux marchandises. Ben Black, PDG de la US International Development Finance Corporation (DFC), a déclaré que cette initiative visait à rétablir la confiance du marché et à relancer le commerce énergétique.
Le prix du pétrole brut Brent, référence internationale, a atteint un sommet de quatre ans à 119 dollars le baril lundi, avant de reculer suite aux commentaires de Trump et à l’annonce imminente de l’AIEP. Après l’annonce de l’AIEP, le Brent a de nouveau augmenté, gagnant plus de 5 % pour atteindre près de 92,30 dollars le baril.
Téhéran a averti que le prix du baril de pétrole pourrait atteindre 200 dollars, signalant que l’augmentation des prix fait partie intégrante de sa stratégie.
Les réserves stratégiques des pays membres de l’AIEP s’élèvent à environ 1,2 milliard de barils, mais leur utilisation n’a été autorisée que cinq fois depuis la création de l’agence dans les années 1970. L’AIEP n’a pas précisé le rythme auquel les réserves seraient libérées, mais les États-Unis prévoient une distribution sur 120 jours.
Selon Amrita Sen, fondatrice de la société de conseil Energy Aspects, la rapidité avec laquelle le pétrole atteindra le marché sera plus importante que le volume total libéré. La fermeture du détroit d’Ormuz a déjà privé le marché d’environ 20 millions de barils par jour de pétrole brut et de carburants.
Les réserves stratégiques des États-Unis, les plus importantes de l’AIEP, s’élèvent actuellement à 416 millions de barils, stockés dans des cavernes souterraines sur la côte du Golfe du Mexique. Bien que l’administration Trump ait promis de reconstituer ces réserves, elle ne l’a pas fait, et elles se situent actuellement à environ 58 % de leur capacité maximale. Des experts comme Kevin Book de Clearview Energy Partners soulignent que cette libération ramènera les réserves à leur niveau le plus bas depuis les années 1980, en dessous du seuil légal requis.
Le Royaume-Uni et la France ont également annoncé leur contribution, avec respectivement 13,5 millions et 14,5 millions de barils. Le Japon prévoit de puiser dans ses réserves privées et publiques pour une durée équivalente à 15 et 30 jours de demande intérieure, respectivement.
Dans une déclaration commune après un appel entre les dirigeants du G7, l’Union européenne a réaffirmé son engagement à maintenir les sanctions contre le pétrole russe malgré les tensions sur le marché. Fatih Birol a souligné que la reprise des flux normaux de pétrole et de gaz dépendait avant tout de la réouverture du détroit d’Ormuz.
