Le Département de la Sécurité intérieure américain en crise : abus, favoritisme et détournement de fonds sous l’ère Noem
WASHINGTON – Le Département de la Sécurité intérieure (DHS) des États-Unis, déjà confronté à des défis majeurs, a été plongé dans le chaos sous la direction de Kristi Noem, selon des informations récentes et des témoignages internes. L’agence, qui compte plus de 260 000 employés et est la troisième plus grande du gouvernement fédéral, a vu ses missions essentielles – cybersécurité, secours en cas de catastrophe, protection des personnalités – éclipsées par une focalisation excessive sur l’application de la loi en matière d’immigration, une tendance qui, selon l’ancien secrétaire à la Sécurité intérieure Jeh Johnson, « a submergé » le DHS.
L’administration Trump avait déjà rendu difficile l’établissement d’une image d’impartialité au sein du département, mais l’arrivée de Noem a marqué une nouvelle étape. Des sources indiquent que Noem a créé un climat de favoritisme et de contrôle, notamment en accordant une influence démesurée à Corey Lewandowski, un conseiller externe sans lien officiel avec le DHS ou l’administration. Lewandowski, qualifié de « présence omniprésente » par des responsables du département, voyageait avec Noem à bord d’un jet 737 MAX d’une valeur de 70 millions de dollars, loué puis envisagé pour l’achat, un coût presque double celui d’autres avions utilisés pour les vols de déportation. Des allégations d’abus de pouvoir ont également émergé, notamment un incident où Lewandowski aurait révoqué le poste d’un pilote de la Garde côtière pour avoir oublié la couverture de Noem.
La gestion de Noem a également été marquée par des décisions controversées affectant la capacité du DHS à répondre aux urgences. L’instauration d’une politique exigeant son approbation personnelle pour toute dépense supérieure à 100 000 dollars a paralysé les agences, retardant notamment l’aide aux victimes de catastrophes naturelles en Caroline du Nord, en Californie et dans le Missouri. Des élus républicains, comme le sénateur Thom Tillis de Caroline du Nord et le représentant Kevin Kiley de Californie, ont exprimé publiquement leur mécontentement face à ces retards.
L’administration Noem a également été critiquée pour sa marginalisation de la Federal Emergency Management Agency (FEMA), dans le cadre d’une stratégie plus large visant à rediriger les ressources fédérales vers l’application de la loi en matière d’immigration. Malgré une rhétorique agressive à l’égard des immigrants, qualifiés à plusieurs reprises de criminels violents, Noem a également aliéné des alliés potentiels au sein du gouvernement. Elle a notamment promu Greg Bovino, un commandant de la patrouille frontalière discrédité, et s’est querellée avec Tom Homan, l’ancien « tsar des frontières » de Trump, exigeant de savoir comment il avait obtenu des interviews télévisées à sa place.
Des pratiques répréhensibles ont également été dénoncées, notamment l’organisation d’arrestations de manifestants uniquement pour les filmer pour les réseaux sociaux, avant de les relâcher sans inculpation. Ces vidéos, ironiquement, ont contribué à la diffusion d’images d’abus commis par les agents de l’ICE et de la patrouille frontalière.
Le point de rupture a été atteint avec les décès de Renee Good et Alex Pretti, deux citoyens américains tués à Minneapolis lors d’opérations policières. Noem les a qualifiés de « terroristes domestiques », une affirmation jugée mensongère et politiquement risquée, même par Stephen Miller, le principal conseiller de Trump en matière d’immigration. Cet incident a fait de Noem le visage de l’agression et de la malhonnêteté du département.
