Le tourisme mondial repart de plus belle, porté par l’Asie-Pacifique
Par Antoine Dubois, Rédacteur en chef, Section Économie, nouvelles-du-monde.com
Malgré un contexte géopolitique tendu et une volatilité des prix de l’énergie, le secteur du tourisme mondial affiche une résilience remarquable et retrouve des couleurs, tiré par une demande soutenue et l’essor de la classe moyenne en Asie-Pacifique. Les chiffres clés de 2025 confirment cette tendance : 1,52 milliard de touristes internationaux ont voyagé à travers le monde, soit une augmentation de 4% par rapport à 2024, selon l’Organisation Mondiale du Tourisme des Nations Unies. Ce retour à la croissance s’apparente à celui observé entre 2009 et 2019, avec une moyenne annuelle de 5%.
Cette reprise n’est pas un simple rebond post-pandémique. Elle témoigne d’une transformation structurelle du secteur, avec une nouvelle dynamique portée par les pays émergents. L’Asie-Pacifique, en particulier, s’impose comme le moteur de cette croissance. La région connaît actuellement la plus importante expansion de la classe moyenne de l’histoire, avec une projection de 3,2 milliards de consommateurs issus de cette catégorie d’ici 2035, sur un total mondial estimé à 5 milliards. Ces nouveaux consommateurs aspirent à découvrir le monde et disposent de plus en plus des moyens de le faire.
Les prévisions à long terme sont également encourageantes. Une étude conjointe de Google et Alvarez & Marsal anticipe un doublement du nombre de voyages internationaux d’ici 2050, atteignant 3,5 milliards de voyages annuels, et une dépense totale de 6 000 milliards de dollars, soit une création de valeur supplémentaire de 4 200 milliards de dollars sur les 25 prochaines années.
Les compagnies aériennes affichent des résultats record
Cette dynamique positive se reflète dans les résultats des grandes compagnies aériennes américaines. En 2025, Southwest Airlines a enregistré un chiffre d’affaires record de 58,3 milliards de dollars, suivi de près par United Airlines (59,1 milliards de dollars). Delta Air Lines a également affiché des revenus record au quatrième trimestre, atteignant 14 milliards de dollars, tandis qu’American Airlines a vu ses revenus passagers du quatrième trimestre augmenter de 7,6% par rapport à l’année précédente, pour atteindre 3,8 milliards de dollars.
Cette performance est notamment portée par une demande accrue pour les services premium. Les voyageurs sont prêts à dépenser davantage pour un confort accru et une expérience de voyage améliorée, même en période d’incertitude économique. En Europe, cette tendance se confirme : si le nombre d’arrivées internationales a augmenté de 3,2% en 2025, les dépenses ont progressé de près de 10%, soulignant la qualité de la demande actuelle.
Des nuages à l’horizon : tensions géopolitiques et prix du pétrole
Malgré ces perspectives positives, le secteur du tourisme n’est pas à l’abri de risques. La situation géopolitique actuelle, notamment les tensions au Moyen-Orient, et la flambée des prix du pétrole constituent des menaces à court terme. Le prix du baril de West Texas Intermediate (WTI) a augmenté de plus de 16% depuis le début de l’année, et une escalade des tensions en Iran pourrait entraîner une nouvelle hausse.
Pour les compagnies aériennes, où les coûts du carburant représentent 20 à 40% des dépenses totales, une augmentation prolongée des prix du pétrole pourrait peser sur leurs marges. Les cours des actions des compagnies aériennes ont déjà ressenti cette pression la semaine dernière.
Cependant, l’histoire montre que les chocs géopolitiques sur les prix du pétrole sont généralement temporaires. La demande de voyages a démontré sa résilience face aux crises passées, et les facteurs structurels qui soutiennent la croissance à long terme – l’expansion de la classe moyenne, l’amélioration de la connectivité, le désir de voyager – ne disparaissent pas en raison d’une fluctuation temporaire des prix du pétrole.
Un bémol canadien : l’impact de la rhétorique politique
Un point noir dans ce tableau globalement positif est la forte baisse du nombre de Canadiens visitant les États-Unis. Entre janvier et octobre 2025, ce nombre a chuté d’environ 20%, et les données de janvier 2026 de Statistique Canada révèlent une baisse encore plus marquée de 28% par rapport à 2024. Un sondage de Blue Cross indique que 76% des Canadiens se disent moins enclins à visiter les États-Unis, en raison de la rhétorique politique du président Trump à l’égard du Canada.
Cette situation est préoccupante, car les Canadiens sont traditionnellement des visiteurs fidèles et des partenaires commerciaux importants pour les États-Unis. Les dépenses des touristes canadiens ont généré 20,5 milliards de dollars et soutenu 140 000 emplois américains en 2024.
Un secteur à privilégier pour les investisseurs
Malgré ces défis à court terme, le secteur du tourisme et du voyage reste une opportunité d’investissement attrayante à long terme. Les fondamentaux sont solides, et les perspectives de croissance sont prometteuses. Le volume des transactions immobilières dans le secteur hôtelier américain a atteint 24 milliards de dollars en 2025, soit une augmentation de 17,5% par rapport à l’année précédente, témoignant de la confiance des investisseurs institutionnels. La Coupe du Monde de la FIFA 2026, organisée aux États-Unis, au Canada et au Mexique, devrait également stimuler la croissance du secteur, avec une augmentation prévue de 9% des revenus par chambre disponible dans les villes hôtes. L’Europe anticipe une croissance de 6,2% des arrivées en 2026, avec une forte hausse des voyages long-courriers.
Les investisseurs avisés sauront distinguer le bruit cyclique des tendances séculaires. Et, pour l’instant, la tendance séculaire dans le secteur du voyage est clairement à la hausse.
