Chine : Les étudiants les plus brillants du Gaokao renoncent aux universités d’élite face à un marché du travail incertain
Pékin – une tendance inquiétante émerge en Chine : les étudiants obtenant les meilleurs résultats au Gaokao, l’examen d’entrée à l’université, délaissent de plus en plus les universités les plus prestigieuses du pays au profit d’établissements moins cotés, mais offrant de meilleures perspectives d’emploi dans le secteur public. Ce phénomène, révélé par des experts et des recruteurs, reflète une profonde anxiété face à un marché du travail saturé et une baisse des salaires.
Selon Xiong Bingqi, directeur du 21st Century Education Research Institute, cette situation est illustrée par le cas d’étudiants admis à l’Université Jiao Tong de Shanghai (classée 4ème en Chine) qui choisissent de fréquenter l’Université des douanes de Shanghai (classée 262ème) dans l’espoir d’obtenir un emploi stable au sein du gouvernement. “Ces choix reflètent le climat d’emploi actuel : de nombreux étudiants et parents donnent la priorité à des perspectives de carrière stables plutôt qu’à des universités célèbres”, explique-t-il.
Cette tendance s’inscrit dans un contexte de ralentissement économique et d’augmentation du nombre de diplômés chinois. Les entreprises, confrontées à une demande plus faible, sont moins enclines à offrir des salaires élevés. Rein, un recruteur, témoigne d’une baisse significative des attentes salariales des jeunes diplômés. Avant la pandémie de COVID-19,les diplômés de l’Université Tsinghua,l’une des plus prestigieuses de Chine,demandaient un salaire mensuel compris entre 2 100 et 2 800 dollars. Aujourd’hui, ils se contentent de 1 100 à 1 400 dollars.
“Il est toujours facile – si vous fréquentez une grande université – de trouver un emploi, mais vous pourriez gagner 30 pour cent, voire la moitié, de ce que vos homologues auraient gagné en 2019”, souligne Rein.
Un problème structurel et historique
Le sous-emploi, où les travailleurs sont employés dans des postes ne correspondant pas à leurs qualifications, est un problème persistant en Chine. Historiquement, le système éducatif chinois a mis l’accent sur l’obtention de diplômes prestigieux, souvent au détriment de l’adéquation entre les compétences acquises et les besoins du marché du travail. Cette situation est exacerbée par la forte concurrence pour les emplois dans le secteur public,perçu comme plus stable et offrant de meilleures perspectives de carrière que le secteur privé.
Les conséquences à long terme
Cette évolution pourrait avoir des conséquences importantes pour l’avenir de la Chine. La fuite des talents vers des universités moins prestigieuses pourrait affaiblir la recherche et l’innovation, tandis que la baisse des salaires pourrait décourager les jeunes diplômés et freiner la croissance économique. Le gouvernement chinois est conscient de ce problème et a mis en place des mesures pour réformer le système éducatif et stimuler la création d’emplois, mais les résultats restent à voir. La priorité accordée à la stabilité de l’emploi au détriment de l’épanouissement professionnel pourrait également engendrer un sentiment de frustration et de désillusion parmi les jeunes générations.
