Le physicien d’origine chinoise Ye Jun et l’Allemand Immanuel F. Bloch ont décroché le 1er octobre 2026 le prestigieux prix Wolf de physique pour leurs avancées décisives dans la manipulation des systèmes d’atomes ultra-froids. Cette distinction, considérée comme un indicateur avancé du prix Nobel, consacre la transition de la physique moderne vers le contrôle de haute précision du monde quantique.
Une consécration historique pour le physicien Ye Jun
L'annonce est tombée le soir du 1er octobre 2026, émanant de la Fondation Wolf en Israël. C'est seulement la deuxième fois en 48 ans d'histoire que cette récompense revient à un scientifique chinois, après la physicienne Chien-Shiung Wu, qui avait reçu le tout premier prix Wolf en 1978, selon les précisions de cette source de Hong Kong.
La distinction s’accompagne d’une réputation singulière dans la communauté scientifique. Attribué dans les domaines de la physique, de la chimie, des mathématiques, de la médecine, de l’agriculture et des arts, le prix Wolf est fréquemment qualifié de tremplin vers le prix Nobel. Entre 1978 et 2025, près de 36 % des lauréats de la catégorie physique hautement reconnus ont ensuite obtenu le Nobel, faisant de cette annonce un baromètre scruté à l’approche de la saison des récompenses de Stockholm, comme le souligne cette publication conjointe.
La Fondation Wolf a souligné « une percée majeure dans notre capacité à contrôler les atomes et à explorer le monde quantique avec une précision sans précédent ».
La maîtrise des atomes ultra-froids et l’horloge optique au strontium
Le comité de sélection a salué les travaux menés sur le contrôle des systèmes d’atomes ultra-froids. Selon l’évaluation officielle, les deux lauréats ont repoussé les limites de la physique expérimentale vers des territoires jusqu’alors inaccessibles, marquant un tournant fondamental qui fait passer la discipline de la simple observation à la maîtrise active des systèmes quantiques. Immanuel F. Bloch s’est distingué en transformant ces atomes en plates-formes d’étude pour les structures complexes, tandis que Ye Jun a perfectionné la mesure du temps.

S’appuyant sur les bases posées par le chercheur japonais Hidetoshi Katori, l’équipe de Ye Jun a développé des horloges optiques d’une stabilité et d’une précision inouïes. Pour immobiliser ces atomes sans perturber leur rythme, les chercheurs recourent à un faisceau laser à une longueur d’onde spécifique d’environ 813 nanomètres, surnommé la longueur d’onde magique par les physiciens, afin de former un réseau optique agissant comme un support pour des milliers de particules, d’après les données recueillies par le quotidien Sin Chew.
| Étape clé / Année | Performance de l’horloge à strontium | Source associée |
|---|---|---|
| 2014 | Singtao Canada | |
| 2015 | Headline Daily | |
| 2022 | Mesure des variations de l’écoulement du temps dues à la gravité sur un nuage de 1 millimètre | HK01 |
| 2024 | Incertitude systémique abaissée à 8,1×10⁻¹⁹ et connexion avec les transitions nucléaires du thorium-229 | Sohu |
D’après le rapport officiel du prix de la Fondation Wolf, « leurs réalisations incarnent collectivement un tournant décisif dans la physique moderne : passer de l’observation du monde quantique à son contrôle, sa mesure et sa maîtrise afin de stimuler les découvertes scientifiques et les technologies émergentes ».
Du parcours de jeunesse aux sommets de la recherche internationale
Né à Shanghai en 1967, Ye Jun a passé une partie de son enfance à Shaoxing auprès de sa grand-mère. Bien qu’elle soit illettrée, celle-ci lui a fourni du papier et des crayons pour stimuler sa créativité, nourrissant son goût pour les mathématiques et la littérature. C’est finalement l’encouragement de son professeur de physique au lycée qui l’a conduit à participer à un concours national de physique, déterminant son orientation vers l’expérimentation scientifique.
Diplômé de l’Université Jiao Tong de Shanghai en 1989, il a poursuivi ses études supérieures aux États-Unis, obtenant son doctorat à l’Université du Colorado en 1997 sous la direction de John L. Hall, qui sera lui-même co-lauréat du prix Nobel de physique en 2005. Entré au NIST en 1999, Ye Jun a ensuite enchaîné les distinctions prestigieuses, devenant membre de la National Academy of Sciences en 2011, membre étranger de l’Académie des sciences de Chine en 2017 et lauréat du Breakthrough Prize en physique fondamentale en 2022.