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V&A : Design 1900-Now, une galerie revisitée et surprenante

Le V&A redéfinit le design du XXIe siècle : des baby monitors aux symboles de résistance ukrainienne

Londres – Le Victoria and Albert Museum (V&A) rouvre cette semaine ses galeries “Design 1900-Now”, une réinterprétation audacieuse de l’histoire du design qui transcende la chronologie pour explorer des thèmes universels et souvent troublants. Loin des vitrines poussiéreuses et des objets d’exception, la nouvelle exposition propose un dialogue inattendu entre des artefacts emblématiques et des objets du quotidien, reflétant les complexités et les contradictions de notre époque.

L’exposition, qui s’étend sur deux salles, ne se contente pas de présenter des chefs-d’œuvre esthétiques. Elle interroge notre rapport au monde, à l’identité, à la crise et à la consommation. On y croise ainsi un baby monitor des tout premiers modèles, témoignant d’une époque où la technologie promettait de soulager les angoisses parentales, côtoyant le kit de football du Nigeria pour la Coupe du Monde 2018, devenu un symbole de fierté nationale et d’expression culturelle.

“L’ambition de ces galeries a toujours été de faire en sorte que chaque visiteur se sente projeté au XXIe siècle”, explique Corinna Gardner, conservatrice senior du design et du numérique au V&A. “Comment utiliser le passé pour comprendre le présent, et imaginer un avenir que nous souhaitons tous ? Le design est un outil essentiel pour naviguer dans ce monde.”

L’exposition ne fuit pas les sujets sensibles. Un power suit des années 80, symbole de l’émancipation féminine, est présenté aux côtés d’un soutien-gorge en plastique utilisé par des ouvrières chinoises pour éviter les fouilles à l’entrée des usines. Un rappel brutal des conditions de travail souvent précaires derrière la mode rapide, illustré par des jeans produits dans les usines du Rana Plaza au Bangladesh, dont l’effondrement en 2013 a fait plus de 1100 morts. Selon l’Organisation Internationale du Travail, plus de 25 millions de personnes sont victimes de travail forcé dans le monde, un chiffre qui souligne l’importance de cette mise en perspective.

L’histoire se répète, et le V&A le démontre en juxtaposant des objets de différentes époques. Une affiche appelant à “No More Racist Murders” après la mort de Rohit Duggal en 1992 dialogue avec une autre commémorant Eric Garner, tué par la police aux États-Unis en 2014. Un rappel poignant de la persistance du racisme et de la lutte pour la justice.

L’exposition accorde également une place importante à la participation du public. Onze objets proviennent du programme “Rapid Response”, qui permet aux citoyens de suggérer des objets contemporains pour enrichir les collections du musée. Parmi eux, les timbres “Snake Island” symbolisant la résistance ukrainienne face à l’invasion russe, une “médaille de la vie” décernée aux militants écologistes emprisonnés, et le personnage de Labubu, une figurine populaire sur les réseaux sociaux.

Le V&A ne se limite pas à exposer des objets, il raconte des histoires. L’histoire du premier baby monitor, inspiré par l’enlèvement du bébé Lindbergh en 1932, ou celle du burkini, conçu en 2004 pour permettre à une jeune fille de jouer au netball tout en respectant ses convictions religieuses. L’innovation est souvent née de la nécessité, et le musée met en lumière ces processus créatifs.

L’exposition explore également l’impact de la technologie. Un ordinateur Apple de 1977, accompagné d’une publicité vantant les avantages du télétravail, préfigure les bouleversements numériques qui ont transformé notre société. Et, bien sûr, l’ordinateur portable d’Edward Snowden, prêté par The Guardian, occupe une place centrale dans la section consacrée à la communication et aux données. “Cet objet est fondamental pour notre histoire”, souligne Gardner, “il incarne la contestation de l’espace public numérique.”

Le V&A ne se contente pas de célébrer l’excellence du design, il l’interroge, le critique, le remet en question. Il invite le public à réfléchir à son rôle dans la construction d’un avenir plus juste et plus durable. Une exposition qui, à l’heure où l’intelligence artificielle redéfinit les frontières de la créativité, est plus pertinente que jamais.

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