Kiev affronte un « terrorisme énergétique » russe en pleine vague de froid
Kiev, Ukraine – Alors que l’hiver s’installe sur l’Ukraine, la capitale, Kiev, est plongée dans une crise énergétique profonde, conséquence directe des frappes russes délibérées sur les infrastructures civiles. Les sirènes d’alerte aérienne, un son devenu trop familier, ont retenti à nouveau tôt ce matin, signalant une nouvelle vague d’attaques de drones, laissant plus de 1 000 immeubles d’habitation sans électricité ni chauffage, alors que les températures chutent en dessous de zéro.
Vladimir Poutine semble déterminé à utiliser l’hiver comme une arme, une stratégie qui viole ouvertement les lois de la guerre internationales interdisant le ciblage des infrastructures civiles. Les Ukrainiens qualifient cette tactique de « terrorisme énergétique », dont l’objectif est clair : briser leur moral et les forcer à la capitulation.
Malgré la gravité de la situation, la résilience ukrainienne reste palpable. Des images frappantes ont circulé ce week-end, montrant des centaines de personnes se rassemblant pour une rave improvisée sur la surface gelée du réservoir de Kiev, dansant et patinant malgré les coupures de courant généralisées. Un acte de défi face à l’adversité, capturé par Reuters Connect : https://www.reutersconnect.com/item/people-party-on-the-ice-of-the-frozen-kyiv-sea-reservoir-amid-widespread-power-and-heating-outages-in-kyiv/dGFnOnJldXRlcnMuY29tLDIwMjY6bmV3c21sX1JDMjVESkFOVFpKQQ.
Cependant, derrière cette façade de défi se cache une fatigue croissante. Yana Markova, directrice d’une école primaire de Kiev, témoigne de la détresse grandissante : « Les gens sont vraiment au bord du gouffre. » Son école est devenue un refuge temporaire, servant des milliers de repas aux habitants privés de gaz, d’eau, d’électricité et de chauffage. « Certains expriment leur colère envers les Russes, d’autres blâment nos autorités pour ne pas nous avoir protégés », confie-t-elle.
Le maire de Kiev, Vitali Klitschko, a même exhorté les habitants à quitter temporairement la ville, à la recherche de sources alternatives de chaleur et d’énergie. Dans les quartiers populaires, comme Desnianskyi, les coupures de courant ont immobilisé les ascenseurs, piégeant des personnes âgées dans leurs appartements glacés.
Maksym Bakhmatov, responsable du district de Desnianskyi, un ancien humoriste et collaborateur de Volodymyr Zelensky, est désabusé quant aux perspectives de paix. « Poutine ne s’arrêtera pas. Ses roquettes ne manqueront pas cette année ni l’année prochaine », affirme-t-il. Il critique également le manque de soutien des autorités locales, déplorant l’absence de générateurs ou de nourriture envoyés à son district.
La situation est alarmante pour le secteur énergétique ukrainien. Maxim Timchenko, directeur de DTEK, la plus grande entreprise énergétique privée du pays, a alerté les responsables américains à Washington en novembre sur la catastrophe imminente. « C’est un désastre absolu », a-t-il déclaré. « Il s’agit de loin de l’hiver le plus difficile de la guerre, et la seule solution est un cessez-le-feu énergétique. »
Zelensky a intensifié ses appels à un tel cessez-le-feu, une proposition soutenue par l’ancien président américain Donald Trump, qui affirme avoir obtenu de Poutine un engagement de ne pas attaquer Kiev pendant une semaine. Cependant, cet engagement n’a pas empêché d’autres attaques ailleurs en Ukraine, notamment un raid meurtrier sur un bus transportant des mineurs dans la région de Dnipropetrovsk, faisant au moins 12 morts.
Des négociations sont prévues à Abu Dhabi, avec la participation de l’émissaire de Trump, Steve Witkoff, et de son gendre, Jared Kushner, qui ont récemment rencontré l’envoyé du Kremlin, Kirill Dmitriev, en Floride. Witkoff a exprimé son optimisme sur les réseaux sociaux : https://x.com/SEPeaceMissions/status/2017640301293113621.
Mais la méfiance reste de mise. Poutine a déjà démontré son manque de respect pour les appels au cessez-le-feu, et il semble déterminé à exploiter la vulnérabilité de l’Ukraine pendant les mois les plus froids de l’année. Alors que le soleil se couche sur Kiev, les sirènes d’alerte aérienne retentissent à nouveau, rappelant aux habitants que la lutte pour leur survie est loin d’être terminée.
Selon les données de l’ONU, plus de 10 000 civils ont été tués ou blessés en Ukraine depuis le début de l’invasion russe en février 2022. La destruction des infrastructures énergétiques aggrave considérablement la crise humanitaire, mettant en danger la vie de millions de personnes. L’Union Européenne a débloqué plus de 80 milliards d’euros d’aide financière et humanitaire à l’Ukraine depuis le début du conflit, mais les besoins restent immenses.
