Trump face à une crise pétrolière exacerbée par la guerre en Iran, et un ton martial qui inquiète
WASHINGTON – La guerre menée par l’administration Trump contre l’Iran continue de secouer les marchés mondiaux et de susciter des interrogations sur la rhétorique inhabituellement belliqueuse du président, alors que le prix du pétrole brut américain a dépassé les 100 dollars le baril dimanche soir.
Le conflit, qui a déjà coûté des milliards de dollars aux contribuables américains et causé des milliers de morts et de blessés, a entraîné une forte augmentation des prix de l’essence, pesant sur l’économie américaine. L’Iran, de son côté, bloque le détroit d’Ormuz, une artère vitale pour le commerce mondial du pétrole, en guise de levier économique.
Malgré ces difficultés, le président Trump minimise l’impact de la crise, la qualifiant de « petit accroc » lié à la guerre en Iran. Il se targue sur les réseaux sociaux, notamment sur Truth Social, d’avoir « totalement détruit le régime terroriste iranien, militairement, économiquement et par tous les autres moyens ».
Cette rhétorique, partagée par des hauts responsables de son administration comme le secrétaire à la Défense Pete Hegseth, est perçue par les experts en rhétorique et en propagande comme sans précédent pour un président américain en temps de guerre. Ils insistent sur la puissance américaine et la destruction de l’armée iranienne, plutôt que sur les raisons justifiant le conflit.
« Nous frappons pendant qu’ils sont à terre, et c’est exactement comme ça que ça devrait être », a déclaré Hegseth, selon des propos rapportés par le Los Angeles Times.
Cette attitude contraste fortement avec la solennité habituellement affichée par les dirigeants américains en temps de guerre, face aux pertes humaines et à la complexité tactique. Le ton employé par Trump et Hegseth est perçu comme un mépris pour l’Iran et ses civils, et un abandon des idéaux américains traditionnellement mis en avant en temps de conflit.
« À l’heure où les gens ressentent les effets de la guerre lorsqu’ils font le plein d’essence, et alors qu’il y a eu des pertes américaines, un ton triomphaliste est tout simplement inhabituel pour un président », explique Robert C. Rowland, professeur de rhétorique à l’Université du Kansas.
L’administration Trump a également diffusé une vague de propagande sur les réseaux sociaux, souvent dans le même esprit irrévérencieux et belliqueux. Une vidéo, qui a suscité la controverse, a notamment utilisé des extraits de films de super-héros et de soldats, associés à des images de cibles iraniennes détruites, sous le slogan « JUSTICE À L’AMÉRICAINE ». L’acteur Ben Stiller a notamment critiqué l’utilisation d’images de son film « Tropic Thunder », estimant que « la guerre n’est pas un film » (voir son tweet ici : https://x.com/BenStiller/status/2029989426948870182?s=20).
La rhétorique de Hegseth a également été parodiée dans l’émission satirique « Saturday Night Live ».
Parallèlement, des membres du Congrès ont tenu des propos islamophobes sur X, alimentant les tensions.
Bien que les dirigeants iraniens aient également exprimé leur mépris pour les États-Unis pendant des années, les présidents américains ont traditionnellement adopté un ton plus réservé, soulignant les valeurs américaines et contrastant avec l’adversaire.
Trump, lui, a affirmé avoir « virtuellement détruit l’Iran » en seulement onze jours, et que « l’heure de la victoire » avait sonné.
Cependant, la réalité sur le terrain est plus complexe. Six militaires américains ont été tués dans un accident d’avion de ravitaillement en Irak jeudi, et l’armée américaine a annoncé l’envoi de 2 500 Marines et d’un navire de guerre supplémentaire dans la région vendredi.
Selon certains experts, la rhétorique de Trump pourrait être une stratégie psychologique visant à décourager l’ennemi, ou une manière de projeter une image de force auprès de sa base électorale et de ses rivaux politiques.
« Trump doit toujours être le chef de meute », explique Rowland. « Une grande partie de la rhétorique est une cruauté performative. Il s’agit davantage pour lui de paraître dominant que de justifier les bienfaits de la guerre pour les États-Unis, la région et le monde. »
Les sondages montrent que l’opinion publique américaine est divisée sur la guerre, avec un soutien plus fort de la part des Républicains.
