Afghanistan : Le Talibant frappe à nouveau, les échecs victimes d’une interdiction radicale
Actualité Urgente | Kaboul, Afghanistan – Dans un coup de semonce rappelant les périodes sombres de son précédent règne, le Talibant a officiellement interdit la pratique des échecs en Afghanistan. Cette décision, annoncée par la direction sportive du régime, invoque une prétendue promotion des jeux de hasard, une activité strictement prohibée par l’islam. Pour les passionnés, c’est un nouveau coup dur qui assombrit le paysage culturel et sportif du pays, exacerbant les inquiétudes quant à la liberté et au développement des loisirs.
Cette nouvelle mesure, relayée par le portail RFE/RL, suscite une profonde déception parmi les aficionados du noble jeu. Ahmad, originaire de la province de Kunduz, exprime son désarroi : « En tant qu’homme aimant les échecs, j’ai été très, très déçu par cette interdiction. J’ai toujours rêvé de participer à des tournois d’échecs, j’espérais au moins pouvoir voyager dans différentes provinces pour jouer. » Sa frustration témoigne de la portée de cette restriction, touchant au cœur des aspirations individuelles.
Un Passé qui se Répète : L’Échec et le Talibant
L’histoire se répète : ce n’est pas la première fois que le Talibant s’en prend aux échecs. Une interdiction similaire avait été imposée lors de leur premier passage au pouvoir, qui s’est achevé en 2001. Il est à noter qu’après la révolution islamique de 1979, une brève interdiction avait été levée en 1988, sous condition que le jeu ne soit pas utilisé à des fins de paris. Cette fois, l’argument avancé est plus général, assimilant directement le jeu à une pratique de jeu de hasard.
« Tant que ces questions ne seront pas résolues, les échecs restent interdits en Afghanistan », a déclaré Atal Mashwani, porte-parole de l’agence talibane, marquant une position inflexible pour le moment. Cette déclaration souligne la fermeté du régime dans l’application de sa propre interprétation des préceptes islamiques.
Un Échiquier Politique et Culturel en Mutation
Cette interdiction des échecs s’ajoute à une liste déjà longue de disciplines sportives, artistiques et de loisirs que le Talibant a restreintes depuis son retour au pouvoir en août 2021. En 2024, les arts martiaux mixtes (MMA), pourtant populaires auprès des jeunes, ont été bannis pour leur caractère jugé trop violent et dangereux. Plus largement, les femmes ont été systématiquement exclues du domaine sportif : interdiction d’accéder aux salles de sport, de participer à des compétitions, et même fermeture des clubs exclusivement féminins.
La musique elle-même est devenue une cible, interdite à la télévision, à la radio, lors des mariages et des événements publics. Ces mesures dressent un tableau d’un Afghanistan de plus en plus fermé, où les expressions culturelles et les activités de détente sont sous haute surveillance.
Les Échecs, un Symbole de Résilience et de Lien Social
Bien que les échecs n’aient jamais atteint la popularité du football ou du cricket en Afghanistan, ils y possédaient des traditions bien ancrées. Durant les vingt années où une gouvernement soutenu par l’Occident a dirigé Kaboul, la Fédération afghane des échecs organisait régulièrement des tournois pour hommes et femmes. Le jeu se pratiquait aussi informellement, dans les cafés, les parcs et lors de réunions privées, tissant des liens sociaux et intellectuels.
Il est frappant de constater que cette interdiction est singulière dans le monde musulman. Même dans des pays réputés pour leur rigueur religieuse comme l’Arabie Saoudite ou l’Indonésie, les échecs bénéficient d’une acceptation et sont souvent une partie intégrante de la culture locale. L’Afghanistan se retrouve ainsi isolé sur cette question, contrastant avec la pratique globale des échecs qui connaît un essor grâce aux plateformes en ligne et aux grands tournois internationaux, attirant des millions de joueurs à travers le monde.
