À Taïwan et à Hong Kong, l’augmentation des cancers de l’oropharynx liés au virus HPV souligne l’urgence d’une vaccination masculine massive. Alors que les cas de cancer de la gorge représentent près de 30 % des diagnostics à Taïwan, les autorités encouragent une protection conjointe pour briser la transmission.
L’explosion des cancers de l’oropharynx et la menace masculine
Photo: 晴報 Sky Post
Pendant longtemps, le virus du papillomavirus humain (HPV) a été perçu uniquement comme une préoccupation gynécologique. Cette vision est aujourd’hui obsolète. À Taïwan, les médecins observent une tendance inquiétante : les cancers de l’oropharynx liés au HPV représentent désormais entre 25 % et 30 % de l’ensemble des cas de cancers de cette zone, selon les données rapportées par Chinatimes.
Cette montée en puissance ne touche pas que les femmes. Aux États-Unis, le taux annuel d’incidence du cancer de l’oropharynx lié au HPV chez les hommes atteint 8,8 cas pour 100 000 personnes, un chiffre supérieur aux 6,5 cas de cancer du col de l’utérus chez les femmes. À Taïwan, la situation est exacerbée par la prévalence élevée des types HPV 52, 58 et 33, combinée à des facteurs de risque traditionnels comme le tabac, l’alcool et le bétel.
Le risque pour les hommes est également marqué par une prévalence plus élevée de verrues génitales, qui touchent 1,95 % de la population masculine contre 0,78 % pour les femmes. Le danger est de taille : les recherches indiquent que les personnes ayant déjà contracté ces verrues voient leur risque de développer un cancer lié au HPV multiplié par neuf par rapport à la population générale.
Le mythe de la protection par le préservatif
Photo: 香港01
Une idée reçue persiste : l’utilisation du préservatif suffirait à neutraliser le risque de transmission du HPV. C’est une erreur fondamentale. Comme le souligne le Dr Fang Yang dans une analyse pour HK01, le virus peut se transmettre par simple contact de peau à peau, touchant des zones que le préservatif ne couvre pas.
De plus, la dynamique biologique des hommes rend la situation complexe. Les hommes développent souvent des niveaux d’anticorps plus faibles que les femmes, ce qui rend l’élimination naturelle du virus par le système immunitaire plus difficile et augmente le risque d’infections persistantes.
L’incertitude est également une composante majeure de l’épidémiologie du HPV. Il est médicalement presque impossible de déterminer si l’infection a été transmise de l’homme à la femme ou l’inverse. Cette ambiguïté renforce l’argument des experts pour une vaccination systématique des deux sexes.
Taïwan : un tournant dans la stratégie de vaccination publique
Vaccination contre les HPV* : l’essentiel en 1 min
Face à ce défi, Taïwan a pris une avance stratégique en Asie de l’Est. Depuis septembre 2024, le gouvernement a intégré les garçons de niveau collège dans le programme de vaccination gratuite. Cette initiative vise à créer un bouclier de santé publique global, transformant une mesure individuelle en une stratégie de protection familiale.
L’efficacité de cette politique est déjà visible : lors de la première année, le taux d’administration de la première dose chez les garçons a dépassé les 80 %, tandis que celui des filles est resté stable à 90 %. Cependant, le défi reste de taille pour la population adulte, dont le taux de vaccination est toujours inférieur à 50 %.
L’importance du choix du vaccin est également centrale. Selon les explications fournies par Top1Health, le profil épidémiologique de Taïwan diffère de celui des pays occidentaux. Les types HPV 52 et 58 y sont particulièrement fréquents. Le vaccin nonavalent (9-valent) s’avère donc crucial car il couvre ces types spécifiques, permettant de prévenir jusqu’à 40 % de cas supplémentaires de cancers du col de l’utérus, d’infections anales et de maladies buccales.
Indicateur de risque / Protection
Donnée constatée
Prévalence des verrues génitales (Hommes)
1,95 %
Prévalence des verrues génitales (Femmes)
0,78 %
Risque de cancer après verrues
Multiplié par 9
Part des cancers de l’oropharynx liés au HPV (Taïwan)
25 % à 30 %
Capacité de prévention additionnelle du vaccin 9-valent
40 %
L’illusion de la sécurité face à la latence virale
Un autre danger majeur réside dans l’absence de symptômes immédiats. Le virus peut rester latent dans l’organisme pendant plus de dix ans sans laisser de traces visibles. Cette invisibilité alimente une fausse sensation de sécurité, notamment sur les réseaux sociaux où certains utilisateurs cherchent à prouver leur “innocence” en affichant leurs cartes de vaccination.
Pourtant, posséder un carnet de vaccination ne garantit pas l’absence de virus. Comme l’a rappelé le Dr Fang Yang dans un reportage de Sky Post, la vaccination est une mesure de prévention proactive et non un test de statut passé.
Plutôt que de multiplier les tests, il vaut mieux privilégier la prévention proactive. Même si l’on effectue des tests de manière répétée, ceux-ci ne reflètent que l’état de l’infection à un instant T et n’ont aucun pouvoir de traitement ou de protection.
Photo: 壹蘋新聞網
Dr Fang Yang, via Sky Post
Pour les adultes ayant déjà eu des expériences sexuelles ou ayant été exposés à certains types de HPV, les spécialistes insistent sur le fait qu’il n’est jamais trop tard. La vaccination peut encore protéger contre d’autres souches virales non encore contractées, offrant ainsi une couche de sécurité supplémentaire pour l’individu et son partenaire.