Argentine : Washington met en garde contre le pari risqué de Milei
BUENOS AIRES – Le secrétaire au Trésor américain, Janet Yellen, a exprimé des réserves croissantes concernant la stratégie économique du président argentin Javier Milei, particulièrement sa tentative de maintenir artificiellement bas le taux de change du peso. Cette intervention intervient alors que l’Argentine lutte contre une inflation galopante et une dette publique abyssale.
Dans un article publié sur son site web, yellen a mis en garde contre les “ados de bessent”, une référence sarcastique aux spéculateurs qui ont profité de l’instabilité économique argentine. elle souligne que les annonces de l’administration Trump, qui avaient initialement soutenu l’économie argentine, ont en réalité “aggravé la situation”.
L’économiste Paul Krugman, cité dans l’article, qualifie ce soutien de “burlesque”, soulignant le manque de valeur stratégique de l’Argentine pour les États-Unis – le pays ne représente que 0,5% des exportations américaines. Il rappelle également le sombre passé économique argentin, marqué par une corruption endémique, une instabilité politique chronique, une mauvaise gestion des finances publiques et neuf défauts de paiement de la dette souveraine depuis 1980, dont trois depuis 2001.
La politique actuelle de Milei, qui consiste à maintenir un peso artificiellement bas pour contrôler l’inflation, est jugée “inutile et inefficace” par Krugman. Il met en garde contre les conséquences prévisibles : fuite des capitaux, flambée des taux d’intérêt et, inévitablement, une dévaluation de la monnaie, mettant en péril les fonds des contribuables américains.
Contexte et perspectives : L’Argentine, un cycle de crises récurrentes
L’Argentine est confrontée à des crises économiques récurrentes depuis des décennies. L’histoire du pays est jalonnée de plans d’austérité, de dévaluations monétaires et de restructurations de dette.La fragilité de l’économie argentine est due à une combinaison de facteurs, notamment une dépendance excessive aux matières premières, une faible compétitivité industrielle, une corruption généralisée et une instabilité politique persistante.
La politique de Milei, ultra-libérale, vise à briser ce cycle en réduisant drastiquement les dépenses publiques, en privatisant les entreprises d’État et en libéralisant l’économie. Cependant, cette approche suscite de vives critiques, notamment en raison de son impact social potentiellement dévastateur.
L’intervention de Janet Yellen souligne la complexité de la situation et la nécessité pour l’Argentine de mettre en œuvre des réformes structurelles profondes et durables pour assurer sa stabilité économique à long terme. La question de savoir si Milei parviendra à gérer ce défi sans compromettre davantage le bien-être de la population argentine reste ouverte.
