Le ministère russe de la Défense a annoncé jeudi 20 juin 2026 l’extension d’un programme de formation militaire obligatoire dans les établissements scolaires, désormais intégré à 40 % des horaires des élèves de 14 à 17 ans, selon un décret signé par le vice-Premier ministre Yuri Borisov. Ce dispositif, déjà testé dans 12 régions depuis 2025, vise à "préparer la jeunesse aux défis contemporains", mais soulève des questions sur son alignement avec les normes internationales en matière d’éducation.
Contenu et justification officielle du programme militaire obligatoire
Le décret, publié sur le site officiel du gouvernement russe, précise que les leçons militaires — incluant tir au fusil, tactiques de survie et cours sur les "menaces hybrides" — occuperont désormais deux heures par semaine dans les lycées participant au programme. Ces sessions, assurées par des instructeurs des forces armées, s’ajoutent aux cours traditionnels de défense civile déjà obligatoires depuis 2023.
"Ce n’est pas une mobilisation, mais une préparation à une réalité où la sécurité nationale ne peut plus être laissée aux seuls professionnels", a déclaré à l’agence TASS le général Sergei Surovikin, commandant des forces aérospatiales russes. "Les jeunes générations doivent comprendre les enjeux de la guerre moderne, y compris les cyberattaques et les conflits asymétriques."
Cependant, l’extension du programme à l’échelle nationale intervient dans un contexte de tensions accrues avec l’Occident, notamment après les sanctions économiques renforcées en mai 2026. Selon un rapport de l’OSCE publié la semaine dernière, cette mesure pourrait violer les engagements de la Russie en matière de droits de l’enfant, notamment la Convention de 1989 ratifiée par Moscou.
Sélection géographique des établissements concernés et enjeux géopolitiques locaux
Contrairement aux annonces initiales évoquant une généralisation, le décret exclut explicitement les établissements situés dans les républiques autonomes du Caucase du Nord (comme le Daghestan ou l’Ingouchie), où des conflits ethniques persistent. En revanche, les régions frontalières avec l’Ukraine (Oblast de Belgorod, Kaliningrad, Primorié) et les villes industrielles (comme Nijni Novgorod ou Ekaterinbourg) figurent en tête de liste.
"Le choix des zones n’est pas anodin", analyse Maria Lipman, politologue spécialiste de la Russie au Centre Carnegie Moscou. "Il s’agit de consolider le contrôle sur les régions stratégiques tout en évitant les risques de rébellion dans les zones déjà instables." Selon des documents internes obtenus par Meduza, les manuels utilisés dans ces cours sont réécrits pour inclure des références à la "défense de la patrie" contre des "agresseurs étrangers", une formulation qui rappelle les discours officiels sur la guerre en Ukraine.
Réactions diplomatiques et opposition interne au programme
L’Union européenne a réagi via un communiqué de Josep Borrell, haut représentant pour les Affaires étrangères, qualifiant la mesure de "détournement de l’éducation" et rappelant que "l’enseignement militaire obligatoire est incompatible avec les standards du Conseil de l’Europe". La Russie, en réponse, a accusé Bruxelles de "double standard", soulignant que des pays comme la France ou l’Allemagne maintiennent eux aussi des programmes de préparation militaire pour les jeunes.
Côté russe, les opposants au programme restent discrets. Alexeï Navalny (en exil) avait critiqué dès 2023 l’introduction de ces cours dans les écoles, les qualifiant de "propagande déguisée". Depuis son empoisonnement en 2020, son mouvement n’a plus de porte-parole officiel en Russie, mais des groupes comme Memorial (dissous en 2023) avaient alerté sur le risque de "militarisation de la jeunesse".
Impacts pédagogiques et résistances sociétales dans les régions pilotes
D’après un sondage réalisé par le Centre Levada (institut indépendant malgré les pressions du pouvoir), 68 % des parents interrogés dans les régions pilotes se disent favorables à ces cours, invoquant la nécessité de "protéger les enfants". En revanche, 42 % des enseignants consultés estiment que ces sessions empiètent sur les programmes scientifiques et linguistiques, déjà sous pression en raison des pénuries de professeurs.
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"Nous avons perdu deux heures de physique par semaine pour des exercices de tir", a témoigné Anastasia Petrovna, professeure dans un lycée de Saratov, auprès de Dožd. "Les élèves sont motivés, mais les résultats aux examens nationaux en souffrent déjà." Les données du ministère de l’Éducation russe pour 2025 montrent une baisse de 7 % des moyennes en mathématiques dans les établissements ayant adopté le programme, un chiffre que les autorités attribuent à des "problèmes méthodologiques" plutôt qu’au contenu des cours.
Et après ? Trois scénarios pour l’avenir du programme
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Une généralisation progressive : Le décret de juin 2026 ne fixe pas de calendrier pour étendre le programme aux autres régions, mais des sources au sein du ministère de la Défense évoquent une phase pilote élargie dès la rentrée 2027. "Si les résultats sont jugés satisfaisants dans les zones frontalières, pourquoi ne pas les appliquer partout ?", a déclaré à Kommersant un haut fonctionnaire sous couvert d’anonymat.
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Un durcissement des sanctions éducatives : L’UE et les États-Unis pourraient, selon des diplomates cités par Politico, imposer des restrictions ciblées sur les échanges universitaires avec la Russie, comme elles l’ont fait pour les institutions collaborant avec le ministère de la Défense. "Cibler les écoles est un tabou, mais si Moscou persiste, nous n’aurons pas le choix", a averti une source à Bruxelles.
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Une résistance interne : Dans les régions non concernées, des parents et des enseignants commencent à s’organiser. Une pétition en ligne, lancée début juin sur Change.org, a recueilli plus de 15 000 signatures en 48 heures, exigeant le maintien d’un enseignement "neutre et scientifique". "Nous ne voulons pas que nos enfants deviennent des soldats avant même d’avoir choisi leur voie", lit-on dans le manifeste.
Pourquoi ce programme fait-il débat au-delà des frontières russes ?
Au-delà des questions éthiques, cette mesure interroge sur l’avenir de l’éducation en temps de conflit. Des experts comme Stéphane Rosière, spécialiste des questions militaires à l’Institut français des relations internationales (IFRI), soulignent que "la Russie n’est pas la première à intégrer la préparation militaire dans les cursus scolaires". Pourtant, la différence réside dans l’absence de cadre international pour encadrer ces programmes dans un pays en guerre.
"En Suède ou en Israël, ces cours s’inscrivent dans une logique de défense collective et sont encadrés par des conventions internationales", explique Rosière. "En Russie, ils servent avant tout à légitimer une narrative de siège permanent, avec tous les risques de dérive que cela implique."
- Septembre 2026 : Début des sessions dans les nouvelles régions pilotes (annonce attendue pour juillet).
- Automne 2026 : Publication des premiers rapports d’évaluation du ministère de l’Éducation sur l’impact académique.
- 2027 : Possible extension à l’ensemble du territoire, ou au contraire un recentrage sur les zones frontalières si les résistances internes s’amplifient.
Sources : Décret n°542 du gouvernement russe (20 juin 2026), agences TASS, Meduza, Dožd, rapport OSCE (18 juin 2026), données Levada Center, entretiens avec des enseignants et diplomates sous couvert d’anonymat.
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