Le Premier ministre belge Bart De Wever a averti, ce jeudi 28 mai 2026, que le gouvernement fédéral doit préparer un effort budgétaire de plusieurs milliards d’euros d’ici 2029. Face à une situation financière jugée critique, l’exécutif prévoit des mesures impopulaires pour redresser les comptes publics d’ici le 21 juillet prochain.
Un effort budgétaire de 5 à 7 milliards d’euros
L’heure est à la rigueur pour l’exécutif belge. Le cabinet restreint du gouvernement fédéral doit examiner, dès ce vendredi, une première note portant sur le budget 2027 et sur la trajectoire pluriannuelle prévue jusqu’en 2029. Selon les informations rapportées par RTL info, l’ampleur de l’effort financier attendu se situerait entre 5 et 7 milliards d’euros, bien que le montant exact n’ait pas encore été arrêté.
Bart De Wever n’a pas cherché à masquer la difficulté de la tâche. Interrogé à la Chambre ce jeudi, le Premier ministre a confirmé l’importance de ce chantier, tout en prévenant que l’acceptabilité sociale de ces réformes serait limitée. Il a notamment prédit que certaines mesures ne bénéficieraient même pas du soutien de 20 % de la population.
« De plusieurs milliards »
Bart de Wevercluster (priority): La Libre.be
Bart De Wever, Premier ministre, via RTL info
Le chef du gouvernement a également laissé entendre qu’il possédait des pistes pour financer ce redressement, tout en appelant ses partenaires de coalition à la réserve.
« Personnellement, j’ai des idées sur où on peut trouver ces milliards. (…) Mais je peux, en tant que Premier ministre, ne parler qu’au nom du gouvernement. (…) Je fais appel à la discrétion et à ce que la majorité respecte cette discrétion. »
Bart De Wever, Premier ministre, via RTL info
Répondant aux critiques de l’opposition sur l’état des finances, le Premier ministre a souligné que la gravité de la situation était désormais un fait reconnu par tous. Pour lui, l’objectif est d’arrêter de retarder les réformes nécessaires, affirmant avec ironie que la gestion de l’intérêt général n’est pas une mince affaire.
L’érosion des recettes et le décrochage depuis 2013
cluster (priority): L'Echo
Si la question des dépenses est au cœur des débats, le problème structurel réside peut-être davantage dans la capacité de l’État à collecter l’impôt. Une analyse publiée par L’Echo suggère que la trajectoire budgétaire actuelle est devenue intenable, non seulement à cause d’un dérapage des dépenses, mais surtout en raison d’une érosion des recettes.
Ce phénomène de contraction de la base taxable a été mis en lumière par la Cour des comptes et par les travaux de l’économiste Paul De Grauwe, de la KU Leuven. Ce dernier observe, depuis 2013, un décrochage croissant entre l’évolution des recettes et celle des dépenses publiques.
Ce déséquilibre s’expliquerait par la multiplication de régimes fiscaux spécifiques qui ont affaibli les rentrées d’argent :
La réduction des charges patronales ;
La baisse des taux de TVA sur certains produits ;
La généralisation du recours aux sociétés de management.
Bien que l’usage de sociétés de management soit légal et utile pour certains indépendants, l’objectif de ces dispositifs ne devrait pas être de permettre une taxation moindre que celle des travailleurs modestes. Pour les experts, de simples ajustements à la marge ne suffiront pas ; une remise à plat complète du système d’imposition semble inévitable pour redresser durablement le cap.
La crise fédérale et le réveil du rêve flamand
Cette instabilité budgétaire ne se limite pas aux chiffres ; elle alimente des tensions politiques territoriales profondes. En Flandre, la crise des finances fédérales agit comme un catalyseur pour le débat sur la réforme de l’État.
Comme l’explique Le Soir, l’idée que la Belgique actuelle serait devenue financièrement ingouvernable gagne du terrain parmi les économistes et les responsables politiques du nord du pays. Ce climat de tension rappelle la formule provocatrice de Gaston Geens :
« Ce que nous faisons nous-mêmes, nous le faisons mieux. »
cluster (priority): Le Soir
Gaston Geens, via Le Soir
L’instabilité budgétaire, couplée aux dégradations successives de la note de la Belgique par les agences de notation, offre un terrain fertile aux appels pour une autonomie accrue de la région flamande. Pour de nombreux observateurs, l’incapacité du niveau fédéral à stabiliser ses comptes renforce la volonté flamande de reprendre la main sur la gestion de ses propres ressources.
Alors que les gouvernements successifs depuis 2000 ont souvent cédé à des cadeaux fiscaux dans un contexte de croissance et de taux d’intérêt bas, le nouveau paradigme de croissance faible et de remontée des taux impose désormais des choix drastiques. Entre la nécessité de financer la transition énergétique, de renforcer les capacités de défense et de répondre au vieillissement de la population, le gouvernement De Wever fait face à une mission à hauts risques.