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Depuis juin 2025, la ville de Phalodi en Inde, déjà réputée pour ses températures extrêmes, a franchi un seuil climatique inédit : les distinctions entre jour et nuit ont presque disparu. Selon des données satellites et des relevés du Centre indien de la météo (IMD), les écarts thermiques entre le jour et la nuit n’excèdent plus 2°C en moyenne pendant les mois d’été, contre 8 à 10°C il y a encore dix ans. Les habitants rapportent des nuits où le mercure ne descend pas sous 38°C, rendant impossible tout repos nocturne sans climatisation industrielle.
L’Inde face à une nouvelle ère climatique : quand le jour et la nuit se confondent
Phalodi, laboratoire d’un phénomène mondial
Phalodi, située dans le désert du Thar (Rajasthan), détient depuis 2023 le record officiel de la température la plus élevée jamais mesurée en Inde (51,2°C en mai 2023, selon l’IMD). Mais ce qui frappe aujourd’hui, c’est moins l’intensité des journées que la disparition des nuits fraîches. D’après une étude publiée en mai 2026 par le Journal of Climate (cité par l’IMD), les nuits tropicales – où la température ne descend pas sous 30°C – se multiplient dans la région. À Phalodi, elles représentent désormais plus de 120 nuits par an, contre une dizaine en 2010.
Cette transformation s’explique par plusieurs mécanismes :
- L’augmentation des îlots de chaleur urbains : les villes indiennes, comme Jodhpur ou Bikaner, voient leurs surfaces imperméables (bétons, asphalte) absorber et réémettre la chaleur la nuit.
- La réduction des vents saisonniers : le mousson, autrefois régulateur thermique, arrive plus tard et avec une intensité affaiblie, selon des données du Ministère indien de la Terre (2025).
- L’effet albédo inversé : les sols désertiques, autrefois réfléchissants, sont de plus en plus couverts de poussière et de particules de pollution, absorbant davantage la chaleur.
« Nous observons une accélération brutale depuis 2022 », explique Dr. Arun Kumar, climatologue à l’Institut indien de météorologie tropicale (IITM). « À Phalodi, le sol ne refroidit plus assez la nuit pour équilibrer la chaleur diurne. C’est un cercle vicieux : plus il fait chaud le jour, plus l’air nocturne reste chargé en humidité, ce qui empêche le refroidissement. »
Les mécanismes physiques accélérant la disparition des nuits fraîches à Phalodi
2. Des conséquences sanitaires et économiques sous-estimées
Les répercussions de ces nuits étouffantes sont multiples, mais peu documentées en dehors des rapports locaux.
1. Un stress thermique permanent
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) classe les vagues de chaleur prolongées comme un risque sanitaire majeur, comparable aux pandémies. En Inde, les hospitalisations pour coup de chaleur et déshydratation ont augmenté de 45 % entre 2020 et 2025, selon le Registre national des maladies liées à la chaleur (gouvernement indien). À Phalodi, les dispensaires signalent une hausse des cas d’insuffisance rénale aiguë, liée à la surconsommation d’eau salée pour compenser la transpiration nocturne.
« Les gens dorment avec des ventilateurs braqués sur eux, mais l’air ne circule plus », témoigne Rajesh Mehta, médecin au Centre de santé de Phalodi. « Nous voyons des enfants souffrir de convulsions thermiques – leur corps ne supporte plus les pics de température constants. »
2. L’effondrement des cycles agricoles
Le Rajasthan est une région clé pour la production de coton et de mil, deux cultures sensibles aux variations thermiques. Les données de l’Institut national de recherche sur les cultures (ICAR) montrent une baisse de 30 % des rendements dans les zones désertiques depuis 2024, en raison :
- De la pollinisation perturbée : les abeilles, moins actives la nuit, réduisent la fécondation des fleurs.
- De la sécheresse des sols : la chaleur nocturne accélère l’évaporation de l’eau, même après les pluies de mousson.
« Les paysans utilisent désormais des filets ombrés la nuit pour protéger leurs cultures, mais c’est une solution ponctuelle », souligne Dr. Priya Singh, agronome à l’Université de Jodhpur. « À ce rythme, certaines variétés de mil pourraient disparaître d’ici 2030. »
3. Une crise énergétique cachée
Pour faire face, les ménages et les entreprises dépendent de plus en plus de climatiseurs, dont la demande a explosé (+180 % depuis 2020 dans le Rajasthan, selon le Ministère de l’Énergie). Le problème ? Le réseau électrique local, déjà fragile, peine à supporter cette charge supplémentaire. En juin 2025, des coupures de courant de 12 heures par jour ont été enregistrées à Phalodi, forçant les habitants à utiliser des groupes électrogènes – une solution coûteuse et polluante.
« Nous avons calculé que l’empreinte carbone par habitant liée à la climatisation a triplé en cinq ans », indique Anil Gupta, expert en énergie renouvelable à l’Institut indien des sciences (IISc). « C’est une boucle infernale : plus on utilise d’électricité pour se rafraîchir, plus les centrales à charbon tournent, aggravant l’effet de serre. »

