Budget indien 2026 : Croissance, investissement et la nécessité d’une exécution efficace
New Delhi, Inde – Alors que l’Inde se prépare à dévoiler son budget 2026 dans un contexte mondial complexe et face à des priorités nationales en mutation, les attentes se concentrent sur le maintien de la croissance tout en améliorant la qualité des investissements. L’accent est mis sur l’exécution des projets, l’investissement en recherche et développement (R&D) et des réformes fiscales significatives pour assurer une dynamique de croissance à long terme.
Vikas Khemani, fondateur et directeur des investissements de Carnelian Asset Management & Advisors, souligne l’importance d’une approche pragmatique. “Il ne suffit plus d’annoncer des chiffres. La véritable difficulté réside dans la capacité d’exécution,” explique-t-il. “L’Inde est aujourd’hui davantage freinée par ses capacités d’exécution que par le financement, que ce soit dans le secteur privé, les partenariats public-privé ou les projets gouvernementaux.”
Le gouvernement indien a déjà démontré son engagement envers les dépenses d’investissement, avec une allocation de 11,11 billions de roupies (environ 133 milliards de dollars américains) dans le budget précédent. Khemani s’attend à une augmentation de ce chiffre, en lien avec les recettes fiscales en hausse. “Plus d’investissements sont souhaitables car ils créent des capacités, améliorent l’efficacité et stimulent la croissance,” affirme-t-il.
La financiarisation de l’épargne et les défis bancaires
L’essor des plans d’investissement systématiques (SIP) dans les fonds communs de placement est un signe positif de la financiarisation de l’épargne indienne. Les contributions aux SIP ont atteint environ 30 à 31 milliards de roupies par mois. Cependant, Khemani met en garde contre un phénomène de déséquilibre.
“La financiarisation de l’épargne des ménages en est encore à ses débuts,” explique-t-il. “Bien que des progrès significatifs aient été réalisés ces dernières années, l’exposition des ménages aux actifs financiers reste relativement faible, en dessous de 10%.”
L’augmentation des SIP, combinée à la nouvelle politique fiscale, a rendu les dépôts bancaires à terme moins attractifs, ce qui pose des défis aux banques pour mobiliser des fonds. Le ratio prêts/dépôts des banques indiennes approche des niveaux records, ce qui pourrait entraver la transmission des baisses de taux d’intérêt de la Banque de réserve de l’Inde (RBI) à l’économie réelle.
“Un flux de crédit sain vers l’économie est essentiel,” souligne Khemani. “Si les banques ne parviennent pas à attirer des dépôts, même des baisses de taux d’intérêt de la RBI auront un impact limité.”
Perspectives boursières pour 2026 : un risque-rendement attractif
Malgré les corrections récentes des marchés boursiers indiens, notamment dans les segments des moyennes et petites capitalisations, Khemani reste optimiste quant aux perspectives à long terme. Il rappelle que des phases de correction similaires se sont produites par le passé, notamment en 2022, et ont été suivies de périodes de reprise.
“Les fondamentaux de l’économie indienne restent solides, avec une croissance du PIB robuste, des recettes fiscales saines et une forte croissance du crédit,” explique-t-il. “Les valorisations boursières se sont corrigées et un ratio cours/bénéfices (P/E) de 20 à 21 pour le Nifty 50 n’est pas excessif.”
Khemani estime que le risque-rendement actuel pour les investissements en actions indiennes est attractif, en particulier compte tenu de la sous-performance de l’Inde par rapport à d’autres marchés émergents. Il prévoit que 2026 sera une meilleure année que 2025, bien que l’évolution des conditions mondiales puisse influencer l’ampleur de cette amélioration.
Trois attentes clés pour le budget 2026
Khemani a identifié trois priorités clés pour le budget 2026 :
- Renforcer l’investissement en R&D : Il propose un mécanisme incitatif similaire à la responsabilité sociale des entreprises (RSE), obligeant les entreprises à allouer un pourcentage fixe de leurs bénéfices à la R&D.
- Rationaliser la fiscalité des marchés financiers : Il plaide pour la suppression de la taxe sur les transactions en valeurs mobilières (STT) ou de l’impôt sur les plus-values, afin d’éviter une double imposition.
- Réviser la fiscalité des dividendes : Il suggère de revenir à un taux d’imposition forfaitaire de 10 % sur les dividendes, comme c’était le cas auparavant, afin de stimuler le sentiment des investisseurs.
Enfin, Khemani souligne la nécessité de soutenir les secteurs touchés par les incertitudes géopolitiques et les problèmes de tarifs douaniers, notamment le secteur textile et les entreprises axées sur l’exportation, par le biais d’incitations et de crédits.
Le budget 2026 sera donc un moment crucial pour l’Inde, qui devra trouver un équilibre entre la prudence budgétaire et la nécessité de stimuler la croissance et l’investissement. L’accent mis sur l’exécution, la R&D et la rationalisation fiscale pourrait bien être la clé pour débloquer le potentiel économique de l’Inde et assurer un avenir prospère.
