Des employeurs sud-africains sont accusés d’utiliser le climat actuel de tensions anti-migrants pour licencier massivement des travailleurs zimbabwéens et malawiens. Entre juin et juillet 2026, des organisations comme le Simunye Workers Forum rapportent des licenciements abusifs et des pressions pour signer des accords de séparation mutuelle sous la menace de l’expulsion.
L’exploitation du statut migratoire pour contourner le droit du travail
Le climat social en Afrique du Sud est devenu un levier de licenciement pour certaines entreprises. Selon le Simunye Workers Forum (SWF), des employeurs profitent des mobilisations actuelles pour mener des « pseudo-licenciements économiques » et des renvois injustifiés dans la province du Gauteng.
L’organisation a documenté plusieurs cas critiques. Chez Harvest Fresh Farms à Meyerton, environ 90 travailleurs malawiens, dont certains étaient employés depuis 5 à 15 ans, ont été informés le 18 juin que leur autorisation de travail n’était pas valide. Le SWF affirme que ces employés ont subi des pressions pour signer des accords de séparation mutuelle après que les offres d’indemnités soient passées de 3 000 à 5 000 rands.

La direction de Harvest Fresh Farms rejette ces accusations. Machine Hlongwane, responsable des ressources humaines, a précisé que l’entreprise avait lancé un processus de vérification des permis dès novembre 2025 et que des documents frauduleux avaient été détectés.
“L’entreprise a ensuite engagé le dialogue avec les employés concernés, a expliqué les résultats de la vérification et a consulté ces derniers sur les implications. À la suite de ce processus, les parties ont convenu mutuellement de mettre fin à la relation de travail par le biais d’accords de séparation mutuelle.
La vulnérabilité juridique face aux menaces de licenciement
L’insécurité documentaire est devenue une arme. Bien que le permis d’exemption du Zimbabwe reste légalement valide jusqu’au 29 mai 2027, suite à une décision de la Haute Cour de Pretoria, NewsDay Zimbabwe rapporte que des employeurs exigent de nouveaux documents dans des délais impossibles.
Ngqabutho Mabhena, directeur exécutif de l’Africa Diaspora Forum, dénonce une tactique visant à priver les migrants de leurs droits fondamentaux. Il souligne que les employeurs imposent souvent des ultimatums de deux semaines pour régulariser des dossiers qui prennent normalement des mois ou des années à traiter.
“Ils savent très bien que dans les deux semaines qu’ils vous accordent, vous ne pourrez pas produire de permis, et alors ils vous licencient tout simplement.
Cette situation crée un terrain fertile pour le travail forcé. De nombreux migrants, craignant la déportation ou le harcèlement xénophobe, acceptent des salaires inférieurs au minimum légal et des conditions abusives sans porter plainte auprès des autorités.
L’obligation légale des employeurs malgré le statut migratoire
Un point de friction juridique majeur apparaît : la distinction entre la légalité du permis de travail et le respect du droit du travail. James Chapman, responsable du plaidoyer au Scalabrini Centre de Cape Town, affirme que l’absence de documents ne dispense pas l’employeur de suivre les procédures de licenciement équitables.
“S’il est illégal, au regard des lois sur l’immigration et du droit du travail, d’employer une personne non documentée, on ne peut pas permettre une situation où les employeurs évitent les sanctions en jetant les travailleurs comme s’ils n’étaient rien.
Selon Chapman, un employeur qui a maintenu un salarié pendant des années tout en connaissant son statut ne peut pas soudainement invoquer ce même statut pour ignorer la législation du travail sous la pression de manifestations publiques. Les travailleurs non documentés conservent le droit de porter leurs litiges devant la Commission de conciliation, de médiation et d’arbitrage (CCMA).
Le coût économique d’un retour forcé au Zimbabwe
Pour ceux qui fuient les violences xénophobes ou les licenciements, le retour au Zimbabwe s’apparente à un saut dans le vide économique. The Zimbabwean détaille la précarité extrême qui attend les rapatriés, confrontés à des salaires minimums dérisoires.
| Catégorie professionnelle | Salaire mensuel minimum (USD) |
|---|---|
| Jardiniers et ouvriers de cour | 90 $ |
| Cuisiniers et ménagères | 99 $ |
| Garde-enfants et aides-soignants | 108 $ |
| Infirmiers (base) | 250 $ – 320 $ |
| Enseignants et fonctionnaires (base) | 320 $ |
| Pensionnés (base) | 70 $ |
Ces chiffres contrastent violemment avec le coût de la vie locale. Le loyer d’une seule pièce sans salle de bain varie entre 50 et 75 dollars, tandis qu’une petite maison de trois chambres à Harare peut coûter jusqu’à 1 400 dollars par mois. Pour une famille de quatre personnes, les besoins alimentaires de base sont estimés entre 400 et 500 dollars mensuels.
S’ajoute à cela une instabilité politique : un projet de loi récent permettrait au président de rester au pouvoir deux années supplémentaires, restreignant ainsi le droit des citoyens à choisir leur dirigeant.
Une crise qui s’étend au-delà des documents
La crise ne touche pas uniquement les sans-papiers. Des rapports indiquent que des Zimbabwéens légalement documentés sont également ciblés, intimidés et dépouillés de leurs biens lors de manifestations. Jacaranda FM souligne que le débat sur l’immigration a quitté la sphère politique pour s’inviter dans les foyers et les lieux de travail, créant une atmosphère d’incertitude généralisée.
Le Simunye Workers Forum signale d’autres incidents dans le secteur industriel. Dans une usine de plastiques du Gauteng, 23 travailleurs migrants auraient été empêchés de reprendre le travail pour des raisons de « sécurité » liées aux manifestations. À Alrode, 15 jeunes Malawiens se seraient retrouvés sans emploi après la fermeture soudaine de leur entreprise.
L’enjeu actuel pour les défenseurs des droits humains est d’empêcher que la vulnérabilité administrative ne serve de couverture à une érosion totale des droits sociaux, transformant des travailleurs productifs en parias économiques sans recours légal.
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