Lagos : l’ambition de devenir le cœur industriel de l’Afrique d’ici 2030
L’État de Lagos vient de franchir une étape décisive pour redéfinir son avenir économique. Avec le lancement de sa nouvelle politique industrielle 2025-2030, la métropole nigériane ne veut plus seulement être un centre financier ou commercial, mais s’imposer comme le premier hub manufacturier du continent.
C’est un pari stratégique et audacieux. En dévoilant sa feuille de route pour les cinq prochaines années, le gouvernement de Lagos, sous l’impulsion du gouverneur Babajide Sanwo-Olu, entend transformer structurellement son économie. L’objectif est clair : attirer des investissements massifs et renforcer la compétitivité de l’État pour en faire la porte d’entrée principale du commerce industriel dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
Un plan global pour « réimaginer » l’industrie
Présentée par le secrétaire du gouvernement d’État, Abimbola Salu-Hundeyin, cette politique ne se contente pas de fixer des objectifs ; elle se veut un véritable « moteur d’exécution ». Selon le gouverneur Sanwo-Olu, l’enjeu est de « réimaginer, reconstruire et repositionner » le secteur industriel de Lagos pour l’adapter aux mutations rapides des chaînes d’approvisionnement mondiales et aux avancées technologiques.
Pour y parvenir, le plan 2025-2030 s’articule autour de piliers fondamentaux :
- Réforme réglementaire : Créer un environnement transparent, prévisible et efficace pour les investisseurs.
- Accès au financement : Collaborer avec des institutions financières et des partenaires de développement pour réduire les risques et débloquer les capitaux.
- Infrastructures et Énergie : Mettre l’accent sur un approvisionnement stable en électricité et le développement de clusters industriels.
- Capital humain : Investir dans la formation et la préparation de la main-d’œuvre pour répondre aux exigences de la manufacture moderne.
[Insérer ici une publication X/Twitter officielle du Gouverneur @jidesanwoolu concernant le lancement de la politique industrielle]
Le rôle pivot des PME et la diversification
L’une des dimensions les plus marquantes de ce projet est la place accordée aux Micro, Petites et Moyennes Entreprises (MPME). Folashade Ambrose-Medebem, commissaire au Commerce, aux Coopératives, au Commerce et à l’Investissement, a souligné que les MPME seraient au centre de la stratégie. « L’engagement le plus significatif de cette politique est celui concernant notre besoin pour les petites et moyennes entreprises », a-t-elle déclaré.

L’ambition est double : réduire la dépendance du Nigeria vis-à-vis des importations et augmenter la valeur ajoutée des produits locaux. Ce cadre, fruit de plusieurs mois de consultations avec les parties prenantes, s’inscrit dans une vision à long terme, alignée sur l’agenda STEAMS Plus et le Plan de développement de l’État de Lagos pour 2052.
Une synergie nécessaire entre État et Fédération
L’industrialisation ne peut se faire en vase clos. John Enoh, ministre d’État à l’Industrie, au Commerce et à l’Investissement, a salué cette initiative comme un signal fort. Pour lui, le succès du Nigeria dépendra de la capacité du gouvernement fédéral et des gouvernements régionaux à avancer « en cadence ». Il a noté que la politique de Lagos s’aligne parfaitement avec la vision nationale, notamment sur les questions d’innovation et de préparation à l’exportation.
Le secteur privé : entre optimisme et exigence
Si l’initiative est accueillie favorablement, les acteurs économiques appellent à un pragmatisme rigoureux dans l’exécution. Segun Ajayi-Kadir, directeur général de l’Association des fabricants du Nigeria (MAN), a rappelé que le pays a manqué d’une politique industrielle nationale complète pendant des décennies. Pour lui, l’approche de Lagos pourrait apporter la certitude nécessaire aux entreprises, à condition que les promesses sur l’efficacité portuaire, l’accès à l’énergie et la gestion des clusters se traduisent par des réalités concrètes.

De son côté, Ayotunde Coker, représentant la Chambre de commerce et d’industrie de Lagos, a rappelé un paradoxe crucial : si Lagos est déjà un hub d’infrastructures numériques en Afrique, elle doit impérativement rattraper son retard en infrastructures physiques pour libérer tout son potentiel d’innovation.
En s’attaquant frontalement aux goulots d’étranglement réglementaires et structurels, Lagos ne cherche pas seulement à croître, mais à devenir le moteur industriel qui propulsera le Nigeria et l’Afrique sur la scène mondiale.
