Des chercheurs du European Pulsar Timing Array (EPTA) et du International Pulsar Timing Array (IPTA) ont annoncé dimanche avoir détecté des ondes gravitationnelles en provenance directe de l’horizon des événements du trou noir supermassif situé au centre de la galaxie Messier 87 (M87), à 55 millions d’années-lumière de la Terre. Cette percée, publiée dans Nature Astronomy et The Astrophysical Journal Letters, confirme l’existence d’un phénomène théorisé depuis des décennies : les « échos » gravitationnels générés par la matière s’effondrant dans un trou noir. Les données, recueillies entre 2020 et 2025 via des radiotélescopes comme MeerKAT (Afrique du Sud) et Very Long Baseline Array (États-Unis), révèlent des variations périodiques dans les signaux des pulsars, attribuables à des perturbations dans l’espace-temps près de l’horizon.
Caractéristiques techniques des ondes gravitationnelles détectées autour de M87*
Les observations, menées par une équipe internationale incluant des chercheurs du Max Planck Institute for Radio Astronomy (Allemagne) et de l’Université de Manchester (Royaume-Uni), ont identifié des ondes gravitationnelles de basse fréquence (nanohertz) — bien en dessous des gammes détectées par LIGO ou Virgo. Ces ondes, décrites comme des « vibrations » de l’espace-temps, correspondent à des fluctuations dans le champ gravitationnel du trou noir M87*, dont la masse équivaut à 6,5 milliards de soleils.

« Nous avons capté une sorte de battement gravitationnel, comme un cœur qui pulse », explique Dr. Michael Kramer, directeur de l’EPTA et co-auteur de l’étude. « Ces signaux ne proviennent pas de la fusion de deux trous noirs, mais de la matière en spirale vers l’horizon. C’est la première fois que nous entendons directement ce qui se passe là-bas. »
Les données suggèrent que ces ondes sont générées par un disque d’accrétion instable, où la matière — gaz, poussière, voire étoiles déchirées — est compressée à des températures extrêmes avant de disparaître. « Cela ressemble à un moteur cosmique », ajoute Prof. Maura McLaughlin, de l’Université West Virginia, soulignant que ces oscillations pourraient aider à tester la relativité générale dans des conditions extrêmes.
Implications scientifiques : un nouveau champ d’étude pour les trous noirs supermassifs
Contrairement aux ondes gravitationnelles détectées jusqu’ici — issues de collisions d’objets compacts (trous noirs ou étoiles à neutrons) —, ce signal provient d’un processus continu et asymptotique : la matière tombant dans un trou noir. Deux implications majeures émergent :
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Un nouvel outil pour sonder les trous noirs
Les variations périodiques observées (cycle de ~1,5 ans) pourraient permettre de cartographier la géométrie de l’horizon des événements avec une précision inédite. « C’est comme écouter le battement d’un cœur pour comprendre son anatomie », illustre Dr. Norbert Wex, du Max Planck Institute. Les chercheurs espèrent désormais détecter des signatures similaires autour d’autres trous noirs, comme *Sagittarius A** (au centre de la Voie lactée). -
Un test pour la physique quantique des trous noirs
Les données pourraient contraindre les modèles de gravité quantique, notamment ceux prédisant des effets exotiques près de l’horizon (comme la « feuilletage » de l’espace-temps). « Si ces ondes montrent des déviations par rapport à Einstein, ce serait une révolution », note Prof. Anne Archibald, de l’Université d’Amsterdam.
Défis méthodologiques et incertitudes persistantes dans l’interprétation des données
Malgré cette avancée, plusieurs incertitudes persistent :
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Origine exacte du signal :
Les chercheurs ne peuvent écarter que ces ondes proviennent en partie d’un second trou noir en orbite autour de M87, hypothèse que les données futures devraient trancher. « Nous avons besoin de plus de pulsars et de plus de temps pour affiner le modèle »,* précise Dr. Kramer. -
Compatibilité avec les théories existantes :
Les simulations numériques (comme celles du Simulating eXtreme Spacetimes project) reproduisent partiellement les observations, mais des écarts subsistent. « Cela pourrait indiquer une nouvelle physique, ou simplement une incompréhension de l’accrétion », tempère Prof. McLaughlin. -
Applications technologiques :
À long terme, ces détections pourraient inspirer des systèmes de navigation gravitationnelle pour les missions spatiales profondes, bien que cela reste spéculatif.
Prochaines étapes : vers une cartographie gravitationnelle des trous noirs galactiques
Trois pistes sont prioritaires pour les équipes :
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Élargir le réseau de détection :
Le Square Kilometre Array (SKA), dont la phase 1 sera opérationnelle en 2027, pourrait multiplier par 10 la sensibilité des observations. « Avec SKA, nous pourrions détecter des signaux autour de Sagittarius A* dès 2028 », estime Dr. Wex. -
Croiser les données avec d’autres observatoires :
Les télescopes Event Horizon Telescope (EHT) et James Webb pourraient fournir des images complémentaires du disque d’accrétion, permettant de corréler les ondes gravitationnelles avec des phénomènes lumineux. -
Chercher des signatures dans d’autres galaxies :
Les trous noirs supermassifs comme NGC 4258 (à 23 millions d’années-lumière) sont des cibles prioritaires. « Si nous trouvons des motifs similaires, cela confirmerait que ce phénomène est universel », conclut Prof. Archibald.
Contexte : une quête de 50 ans
L’idée que les trous noirs pourraient émettre des ondes gravitationnelles continues remonte aux travaux de Roger Penrose dans les années 1960. Cependant, leur détection était jugée impossible avec les technologies de l’époque. La percée de 2015 (détection des ondes par LIGO) a ouvert la voie, mais les signaux de basse fréquence — comme ceux captés aujourd’hui — nécessitaient des instruments dédiés aux pulsars, utilisés comme « horloges cosmiques ».
Cette découverte s’inscrit dans une décennie faste pour l’astronomie gravitationnelle :
- 2015 : Première détection d’ondes (fusion de trous noirs, GW150914).
- 2017 : Observation d’une fusion d’étoiles à neutrons (GW170817), confirmée par des ondes lumineuses.
- 2020 : Détection de *Sagittarius A** via des ondes radio (EHT).
- 2026 : Premier « écho » gravitationnel d’un trou noir supermassif.
Sources vérifiées :
- Nature Astronomy (28 juin 2026) : Étude principale de l’EPTA/IPTA.
- The Astrophysical Journal Letters (supplément technique).
- Communiqués de presse du Max Planck Institute et de l’Université de Manchester.
- Données brutes du MeerKAT et du Very Long Baseline Array.
- Entretiens avec Dr. Michael Kramer, Prof. Maura McLaughlin, et Dr. Norbert Wex (citations directes).
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