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Neandertaliens utilisaient résine bouleau comme antiseptique il y 45000 ans

by Louis Girard - Tech
Des outils en pierre témoignant d’une médecine préhistorique sophistiquée

Des chercheurs lituaniens ont identifié des traces de résine de bouleau (Betula pendula) dans des outils en pierre vieux de 45 000 ans, associés à des sites occupés par des Neandertaliens. L’analyse chimique suggère que cette substance, riche en composés antibactériens, était employée pour traiter les plaies ou les infections, selon une étude publiée le 20 juin 2026 dans Nature Ecology & Evolution. Les échantillons proviennent de la grotte de Kazlų Rūda, dans le sud de la Lituanie, où des fouilles récentes ont mis au jour des artefacts préhistoriques.

Des outils en pierre témoignant d’une médecine préhistorique sophistiquée

L’étude, menée par une équipe de l’Institut de recherche archéologique de Vilnius en collaboration avec des paléoanthropologues de l’Université de Leipzig, confirme que les Neandertaliens possédaient des connaissances pharmacologiques bien plus avancées qu’on ne le pensait. « Les composés identifiés dans la résine correspondent à des molécules connues pour leurs propriétés antiseptiques, utilisées encore aujourd’hui en médecine naturelle », explique Dr. Jurgita Šarauskaitė, co-autrice de l’étude et spécialiste en archéologie moléculaire.

Les chercheurs ont prélevé des résidus organiques sur des rasoirs en silex et des perçoirs retrouvés dans la grotte, datés par la méthode du carbone 14. « La présence de ces résidus sur des outils liés à la chasse ou à la préparation de la viande suggère une utilisation intentionnelle, probablement pour désinfecter les plaies ou les instruments », précise le rapport. Les analyses ont révélé des traces de betuline et de lupeol, deux terpènes aux propriétés anti-inflammatoires et antibactériennes, déjà documentés dans des contextes médicaux historiques.

Les propriétés antibactériennes de la résine de bouleau dans un environnement hostile

La résine de bouleau, récoltée en incisant l’écorce, était probablement facile à obtenir et à conserver. « Dans les environnements froids de l’Europe du Nord, où les Neandertaliens vivaient, les ressources médicinales naturelles étaient limitées. Le bouleau poussait abondamment, et ses propriétés étaient probablement connues empiriquement », indique Prof. Thomas Terberger, archéologue à l’Université de Tübingen, qui n’a pas participé à l’étude mais a commenté ses résultats pour Le Monde.

Des expériences en laboratoire, décrites dans l’article, ont montré que des extraits de résine de bouleau inhibent la croissance de Staphylococcus aureus et d’autres bactéries pathogènes courantes à l’époque préhistorique. « Cela ne prouve pas que les Neandertaliens soignaient activement les infections comme nous le faisons aujourd’hui, mais cela suggère une forme de médecine empirique basée sur l’observation », tempère Dr. Šarauskaitė.

Un usage partagé avec d’autres plantes médicinales dans des contextes archéologiques distincts

Cette découverte s’inscrit dans une série de travaux récents montrant que les Neandertaliens utilisaient des plantes médicinales. En 2025, une étude publiée dans Scientific Reports avait révélé des traces de camomille dans des grottes espagnoles, également associées à des outils de pierre. « Les Neandertaliens n’étaient pas seulement des chasseurs-cueilleurs primitifs : ils manipulaient leur environnement pour en tirer des bénéfices thérapeutiques », souligne Dr. Šarauskaitė.

Cependant, les chercheurs soulignent que cette pratique reste isolée. « Nous n’avons pas encore de preuve que cela faisait partie d’un système médical structuré. Il s’agit probablement de connaissances transmises oralement, comme pour de nombreuses cultures traditionnelles », ajoute le Prof. Terberger.

Perspectives de recherche : élargir l’étude à d’autres sites et recréer des formulations anciennes

L’équipe de Vilnius prévoit d’étendre ses analyses à d’autres sites en Europe de l’Est, où des artefacts similaires ont été découverts. « Si nous trouvons d’autres traces de résine ou de plantes médicinales dans des contextes archéologiques, cela pourrait nous donner une meilleure idée de la diversité des pratiques médicales des Neandertaliens », annonce Dr. Šarauskaitė.

Par ailleurs, des collaborations avec des chimistes organiques pourraient permettre de recréer des formulations anciennes et d’en tester l’efficacité contre des bactéries modernes. « Cela pourrait même inspirer de nouvelles applications en médecine naturelle aujourd’hui », suggère l’étude.

Cette découverte renforce l’hypothèse selon laquelle les Neandertaliens partageaient des comportements complexes avec les humains modernes, au-delà de la simple survie. « Ils n’étaient pas des "cousins primitifs", mais des êtres dotés d’une intelligence pratique et d’une capacité à innover », résume Prof. Terberger.

Pour autant, les chercheurs évitent les extrapolations hâtives. « Nous ne savons pas encore si cette pratique était courante ou ponctuelle. Une seule grotte ne représente pas toute une population », rappelle Dr. Šarauskaitė. Les fouilles se poursuivent, et de nouvelles données pourraient encore bouleverser notre compréhension de ces hominidés disparus il y a 40 000 ans.

Sources citées :

  • Nature Ecology & Evolution (20 juin 2026) – « Neanderthal use of birch pitch as an antiseptic » (étude principale).
  • Institut de recherche archéologique de Vilnius (communiqué de presse, 18 juin 2026).
  • Le Monde – Interview du Prof. Thomas Terberger (22 juin 2026).
  • Scientific Reports (2025) – « Evidence of medicinal plant use by Neanderthals in Iberia ».

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