La métropole nantaise est désormais entièrement colonisée par le moustique tigre, un insecte vecteur de maladies comme la dengue ou le chikungunya, selon des données officielles de l’Agence régionale de santé (ARS). Alors que l’été approche, les autorités sanitaires et les experts appellent à une mobilisation collective pour limiter sa prolifération, entre gestes individuels et innovations technologiques comme la technique de l’insecte stérile.
Un fléau installé depuis 2014, mais pas une fatalité
Le moustique tigre (*Aedes albopictus*) n’est plus une simple nuisance estivale dans la région nantaise : il est officiellement présent dans l’ensemble de la métropole depuis au moins 2014, selon l’ARS Pays de la Loire. Pourtant, sa progression n’est pas une fatalité, assure François Meurgey, entomologiste au Muséum d’histoire naturelle de Nantes. “Des petits gestes individuels peuvent empêcher sa propagation”, souligne-t-il, alors que l’insecte se déplace peu (moins de 150 mètres en moyenne sur sa vie) et pond ses œufs dans des eaux stagnantes.

L’ARS a identifié 13 communes officiellement colonisées dans la métropole nantaise, mais les experts estiment que la présence du moustique est désormais généralisée. À titre de comparaison, en Bourgogne-Franche-Comté, 200 communes étaient touchées en 2025, contre seulement 27 en 2021, illustrant une progression fulgurante. La différence ? Un climat plus clément et une absence de vigilance collective.
La transmission locale de maladies : un risque réel et sous-estimé
Le danger principal réside dans la capacité du moustique tigre à transmettre des virus comme la dengue, le chikungunya ou le Zika, non pas seulement lors de voyages en zones tropicales, mais aussi localement. Le mécanisme est simple : un moustique pique une personne infectée lors d’un retour de voyage, puis transmet le virus à d’autres individus. En 2025, la France métropolitaine a enregistré 81 foyers de transmission locale de chikungunya et plus de 800 cas autochtones, un record depuis le renforcement de la surveillance en 2006.

À Dijon, dix cas de chikungunya ont été recensés en 2025, poussant l’ARS à rappeler les gestes de base : éliminer les eaux stagnantes, utiliser des moustiquaires pour les nouveau-nés et les personnes alitées, et porter des vêtements couvrants. “La présence concomitante d’un malade et d’un moustique suffit à déclencher une épidémie”, avertit l’agence, qui peut ordonner des traitements insecticides ciblés pour briser la chaîne de transmission.
Les solutions : de la prévention citoyenne aux moustiques “modifiés”
Face à l’urgence, les villes testent des méthodes innovantes. À Toulouse, la mairie a lancé le 26 mai une expérience inédite : le lâcher de moustiques mâles stériles, une technique appelée TIS (Technique de l’Insecte Stérile). Développée par l’entreprise Altopictus depuis 2020, cette méthode consiste à libérer des millions de mâles stériles, incapables de transmettre des maladies et dont l’accouplement avec des femelles sauvages rend leurs œufs non viables. “Nous visons une réduction de 60 à 70% de la population la première année, et jusqu’à 90% la deuxième”, explique Cléa Oliva, co-fondatrice de la ferme à moustiques Terratis à Montpellier.
Cette approche, déjà utilisée à La Réunion et testée à Brive en 2025 (où 40 à 50% des œufs étaient stériles un an plus tard), présente l’avantage d’être respectueuse de l’environnement, contrairement aux insecticides classiques qui menacent la biodiversité. Elle s’inscrit dans une stratégie à long terme, tandis que les gestes individuels restent cruciaux : vider les soucoupes de pots de fleurs, couvrir les réservoirs d’eau, utiliser des moustiquaires.
Mobilisation citoyenne : quand les mairies et associations s’organisent
À Cassis, une soirée d’information le 29 mai réunira élus locaux, experts et victimes pour sensibiliser la population. Danielle Milon, maire de la ville, présentera les actions municipales, tandis que Francis Charlet, président de l’Association ciotadienne contre *Aedes albopictus* (ACCA), détaillera le cycle de vie du moustique. Clémentine Calba, épidémiologiste à Santé publique France, rappellera les risques des arboviroses, en s’appuyant sur l’épisode de chikungunya autochtone de l’été 2025. Une victime témoignera des complications à long terme de la maladie, un rappel brutal de l’enjeu sanitaire.
L’urbanisme joue aussi un rôle clé. À Cassis, Vincent Jayne, adjoint au maire, évoquera les adaptations prévues pour limiter les gîtes larvaires, comme la gestion des eaux pluviales ou la végétalisation contrôlée. Ces initiatives locales complètent les plans nationaux, comme le renforcement des piégeages par l’ARS et les campagnes de sensibilisation.
Que faire concrètement ? Les gestes qui sauvent l’été
Voici les mesures les plus efficaces pour limiter la prolifération du moustique tigre, validées par les autorités sanitaires :
- Éliminer les eaux stagnantes : vider les soucoupes de pots de fleurs, nettoyer les gouttières, couvrir les réservoirs d’eau (bidons, abreuvoirs).
- Protéger les espaces de vie : installer des moustiquaires aux fenêtres et aux lits, surtout pour les nouveau-nés et les personnes fragiles.
- Porter des vêtements couvrants : privilégier les couleurs claires (le moustique tigre est attiré par les tons sombres) et les tissus épais en extérieur.
- Utiliser des répulsifs efficaces : les produits à base de DEET, d’icaridine ou d’IR3535 sont recommandés par l’ARS.
- Signaler les foyers : en cas de suspicion de présence de moustiques tigres, contacter l’ARS ou les services municipaux.
Ces gestes, bien que simples, peuvent réduire significativement les risques. À Nantes, où la métropole est désormais entièrement touchée, la vigilance collective est plus que jamais nécessaire. “Chaque cas signalé déclenche des investigations pour stopper la chaîne de propagation”, rappelle l’ARS, soulignant que la lutte contre le moustique tigre est une responsabilité partagée.
Et demain ? Vers une cohabitation durable ?
Les solutions technologiques comme la TIS offrent un espoir à long terme, mais leur déploiement à grande échelle prendra des années. En attendant, la prévention reste le meilleur rempart. Les épisodes récents, comme les 81 foyers de chikungunya en 2025, montrent que le moustique tigre n’est plus un simple importé saisonnier, mais un résident permanent du paysage français. La question n’est plus de savoir s’il faut s’en débarrasser, mais comment vivre avec lui sans laisser les maladies se propager.
Les prochains mois seront cruciaux : les températures estivales accéléreront la reproduction des moustiques, tandis que les voyages estivaux augmenteront les risques de transmission. Les autorités sanitaires appellent à une mobilisation sans faille, entre innovations scientifiques et engagement citoyen. Car dans cette bataille, chaque geste compte.
Pour aller plus loin :
Consulter les recommandations de l’ARS Pays de la Loire sur la colonisation du moustique tigre à Nantes. Découvrir le programme de sensibilisation à Cassis, avec les interventions d’experts et de victimes. Lire l’analyse de l’ARS Bourgogne-Franche-Comté sur la progression du moustique et les risques sanitaires. Comprendre la technique des moustiques stériles, testée à Toulouse et prometteuse pour l’avenir.