Coup d’arrêt pour l’allègement réglementaire bancaire américain : Bâle III pèse encore lourd
Washington D.C. – Les espoirs d’une réduction significative des exigences de fonds propres pour les grandes banques américaines s’amenuisent, malgré les efforts récents pour assouplir la réglementation. L’abandon potentiel de la “pile” ERBA (Enhanced Risk-Based Approach), initialement envisagé pour simplifier les exigences, semble avoir échoué à convaincre les législateurs et ne résoudrait pas le problème de fond : l’impact financier de la mise en œuvre finale de Bâle III.
L’ERBA, conçue pour compléter les exigences de fonds propres standard, est confrontée à une résistance croissante. Sa suppression,bien qu’elle éliminerait certains risques opérationnels et de crédit du calcul du capital,ne ferait que mettre en lumière les véritables risques de bilan que les banques doivent gérer.
L’amendement du sénateur Susan Collins, visant à maintenir un niveau minimum de fonds propres, pourrait ne pas être retiré, et même si c’était le cas, les exigences accrues de Bâle III, notamment dues à la perte des modèles internes de risque de crédit, resteraient en vigueur. Dans ce scénario, le Standardized Approach for Counterparty Credit Risk (SCB) pourrait être intégré à l’ERBA, la maintenant ainsi comme seule exigence restante.
Les ajustements proposés par l’ancien vice-président de la Réserve Fédérale, Michael Barr, peu avant la fin de son mandat, visaient à atténuer l’impact de l’ERBA, en particulier pour les dérivés compensés. Cependant, ces modifications mineures ne suffiraient pas à réduire significativement les exigences de fonds propres des plus grandes banques.
Le point de blocage : les modèles internes de risque de crédit
La clé pour modérer l’impact final de Bâle III réside dans la préservation de l’utilisation des modèles internes de risque de crédit (IRB) par les banques. ironiquement, c’est le seul aspect de la déréglementation qui suscite une opposition bipartite.
La nouvelle vice-présidente de la Réserve Fédérale, Michelle Bowman, n’a donné aucune indication qu’elle envisageait de maintenir ces modèles, et les banquiers interrogés par Risk.net semblent avoir renoncé à cet espoir. pour beaucoup, l’appel à mettre fin à la “double exigence” (ERBA et les exigences standard) est perçu comme un maigre réconfort.
Contexte et implications à long terme
Bâle III,un ensemble d’accords internationaux sur la réglementation bancaire,a été mis en place suite à la crise financière de 2008 pour renforcer la stabilité du système financier mondial. Il vise à améliorer la qualité et la quantité des fonds propres des banques, ainsi qu’à introduire des mesures pour limiter le levier financier et la liquidité.
La mise en œuvre de Bâle III aux États-Unis a été un processus complexe et controversé. Les banques américaines, en particulier les plus grandes, craignent que les nouvelles exigences ne soient trop lourdes et qu’elles entravent leur capacité à prêter et à soutenir l’économie.
La décision finale concernant l’ERBA et l’utilisation des modèles IRB aura des conséquences importantes pour le secteur bancaire américain et pour l’économie dans son ensemble.Une réglementation plus stricte pourrait entraîner une augmentation des coûts de financement pour les entreprises et les consommateurs, tandis qu’une réglementation plus souple pourrait accroître les risques pour la stabilité financière. Le débat se poursuit, et l’issue reste incertaine.
