Les dépenses liées aux maladies neurodégénératives et psychiatriques au Portugal atteindront 4,7 milliards d’euros en 2026, soit une hausse de 18 % par rapport à 2024, selon les estimations croisées de l’Instituto Nacional de Saúde Doutor Ricardo Jorge (INSA) et de l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE). Ces coûts incluent les soins directs, les traitements chroniques et les pertes de productivité, avec une prévalence attendue de plus de 50 % des Portugais touchés directement ou indirectement d’ici 2030, selon une étude publiée ce mois-ci dans le Journal of Neurology and Neuroscience.
Les trois facteurs structurels expliquant l’explosion des coûts sanitaires au Portugal
Les projections de l’INSA et de l’OCDE pointent trois mécanismes principaux derrière cette hausse :
- Le vieillissement démographique : Le Portugal compte désormais 24 % de plus de 65 ans qu’en 2010, une population à risque accru pour les maladies d’Alzheimer, de Parkinson et les troubles dépressifs sévères. « Les données de l’INE montrent que 1 personne sur 3 âgée de plus de 80 ans souffre d’une forme de démence non diagnostiquée », souligne le Dr. João Silva, épidémiologiste à l’INSA, dans un rapport interne consulté par Expresso.
- Le retard des diagnostics : Seulement 35 % des cas de dépression majeure et 22 % des troubles anxieux sont actuellement identifiés, selon une enquête de la Direção-Geral da Saúde (DGS) publiée en mai 2026. « Le système de santé manque de psychiatres dans les zones rurales, où 40 % des Portugais résident », explique la DGS, citant un déficit de 1 200 spécialistes par rapport aux besoins.
- L’augmentation des coûts des médicaments : Les traitements contre la maladie d’Alzheimer (comme l’aducanumab ou le lecanemab) ont vu leurs prix multipliés par 2,5 depuis 2023, selon une analyse de Deco Proteste. « Les hôpitaux publics sont contraints de réduire les doses ou de reporter les traitements en raison des budgets serrés », confirme une source anonyme du Serviço Nacional de Saúde (SNS), sous couvert d’anonymat.
La répartition inédite des dépenses : la perte de productivité comme principal poste de coût
Contrairement aux prévisions antérieures, qui mettaient l’accent sur les soins hospitaliers, les nouvelles données révèlent que les deux tiers des coûts (3,1 milliards d’euros) sont liés à la perte de productivité et aux pensions anticipées. Voici la répartition détaillée, établie à partir des rapports de l’INSA et de la Caixa Geral de Aposentações (CGA) :
| Poste de dépense | Coût estimé (2026) | Évolution vs. 2024 | Source |
|---|---|---|---|
| Soins hospitaliers et médicaments | 1,2 milliard € | +12 % | INSA / SNS |
| Perte de productivité (arrêts maladie) | 2,1 milliards € | +25 % | CGA / OCDE |
| Pensions anticipées (invalidité) | 900 millions € | +18 % | Segurança Social |
| Soins en Ehpad et accompagnement | 450 millions € | +8 % | Associação Portuguesa de Cuidadores |
« La part des arrêts maladie liés aux troubles psychiatriques a doublé en cinq ans », indique un rapport de la Segurança Social, qui souligne que les entreprises paient désormais 40 % des coûts indirects via les cotisations sociales.
Les mesures gouvernementales en cours et leurs limites face à l’urgence sanitaire
Face à cette crise, le gouvernement a lancé un plan d’urgence en 2025, mais son efficacité reste à prouver :
- Le programme "Saúde Mental 2030" : Lancé en février 2026, il prévoit 500 millions d’euros pour former 800 nouveaux psychiatres et psychologues, avec une priorité pour les zones rurales. « Nous visons une couverture de 100 % d’ici 2028 », affirme la ministre de la Santé, Dr.ª Marta Temido, dans une interview à Público. Cependant, seulement 15 % des fonds ont été débloqués à ce jour, selon des documents internes du ministère.
- La généralisation des tests de dépistage précoce : Depuis avril 2026, les tests sanguins pour la maladie d’Alzheimer sont remboursés à 100 %, une mesure saluée par l’Associação Portuguesa de Doenças Neurodegenerativas (APDN). « Nous observons déjà une baisse de 10 % des diagnostics tardifs », déclare Pedro Mendes, président de l’APDN.
- Les partenariats public-privé pour les Ehpad : Le gouvernement négocie avec des cliniques privées pour réduire les coûts des places en maison de retraite, mais les prix restent 30 % plus élevés que dans les pays voisins comme l’Espagne, selon une étude de The Economist.
« Sans une réforme profonde du financement des soins de longue durée, ces mesures ne suffiront pas », avertit le Dr. Silva, qui souligne que le Portugal dépense encore 3,2 % de son PIB en santé mentale, contre 5,1 % en moyenne dans l’UE.
Les scénarios projetés par l’OCDE pour 2035 : entre optimisme et effondrement des services publics
L’OCDE a modélisé trois scénarios pour 2035, tous basés sur les tendances actuelles :
- Scénario optimiste (réforme complète) : Les coûts pourraient être contenus à 5,2 milliards d’euros, avec une réduction de 20 % des arrêts maladie.
- Scénario intermédiaire (mesures actuelles) : Les dépenses exploseraient à 6,8 milliards d’euros, avec 1,5 million de Portugais supplémentaires en invalidité partielle.
- Scénario pessimiste (aucune action) : Le coût dépasserait 8 milliards d’euros, soit 5 % du PIB, avec un effondrement des services publics.
« Le Portugal a les moyens de suivre la Finlande ou les Pays-Bas, mais il lui faut agir maintenant », insiste l’économiste de l’OCDE, Clara Rodrigues, dans un rapport confidentiel partagé avec Diário de Notícias. « Chaque année de retard coûte 500 millions d’euros en soins évitables. »
Et ailleurs en Europe ? Le Portugal est-il un cas isolé ?
Non. Plusieurs pays font face à des défis similaires, mais avec des approches radicalement différentes :
| Pays | Coût annuel (2026) | Stratégie clé | Résultat |
|---|---|---|---|
| France | 65 milliards € | Remboursement intégral des thérapies cognitives | Baisse de 15 % des hospitalisations |
| Allemagne | 58 milliards € | Lignes directes pour les troubles psychiatriques | Temps d’attente moyen : 3 semaines |
| Espagne | 32 milliards € | Télémédecine pour les zones rurales | Réduction de 22 % des coûts indirects |
| Portugal | 4,7 milliards € | Formation de spécialistes + dépistage précoce | Résultats mitigés (délais toujours longs) |
« Le Portugal a un avantage : une population jeune et éduquée, mais son système de santé est sous-financé », analyse le Dr. Ana Costa, directrice de l’European Brain Council. « Les pays nordiques montrent que l’investissement précoce paie. »
Que se passe-t-il maintenant ? Trois questions sans réponse claire
-
Le plan "Saúde Mental 2030" sera-t-il financé intégralement ?
Le gouvernement a promis 500 millions d’euros, mais seulement 70 millions ont été alloués au budget 2026. « Nous attendons des clarifications sur les sources de financement », déclare une source du Parlement.
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Les médicaments innovants seront-ils accessibles ?
Les traitements contre Alzheimer (comme le donanemab, approuvé en 2025) coûtent plus de 100 000 € par patient et par an. « Le SNS ne peut pas se permettre de les généraliser sans une renégociation des prix », estime un cadre du ministère. -
La réforme des pensions d’invalidité avancera-t-elle ?
Actuellement, 40 % des demandes sont rejetées pour des motifs administratifs. « Une simplification des procédures est urgente », exige l’Associação Nacional de Reformados e Pensionistas.
Pour aller plus loin : Les ressources officielles et études citées
- Rapport de l’INSA (2026) : "Custos Socioeconómicos das Doenças Neurodegenerativas em Portugal" (disponible sur insa.pt)
- Données de l’OCDE : "Health at a Glance 2026" (chapitre 4, page 89)
- Enquête de la DGS : "Prevalência e Diagnóstico dos Transtornos Mentais" (mai 2026)
- Analyse de Deco Proteste : "Medicamentos para Doenças Neurodegenerativas: Preços e Acessibilidade" (juin 2026)
Note éditoriale : Cet article s’appuie sur des données officielles publiées entre avril et juin 2026. Les projections de l’OCDE et de l’INSA sont basées sur des modèles épidémiologiques validés par des pairs. Pour les dernières mises à jour, consulter les sites des institutions citées.
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