La solitude, moteur d’un boom des « tiers-lieux » dédiés au bien-être
NEW YORK (AP) – Dans un contexte de solitude grandissante et de quête de sens, un nouveau type d’établissement prospère : les « tiers-lieux » axés sur le bien-être. Ces clubs et espaces de rencontre, qui se distinguent des environnements traditionnels du domicile et du travail, connaissent une croissance fulgurante, attirant une clientèle en quête de communauté et de connexion sociale.
Grace Guo, New-Yorkaise de 31 ans, incarne cette tendance. Lassée des soirées alcoolisées et à la recherche d’alternatives, elle a découvert Bathhouse et Othership, des clubs de bien-être qui misent sur la création de liens autour d’activités saines. « C’est comme aller au spa avec des amis et passer un après-midi ensemble. C’est tellement plus agréable que de rester dehors tard le soir », confie-t-elle à CNBC.
Ce phénomène n’est pas isolé. Bathhouse, ouvert à Brooklyn en 2019, prévoit d’atteindre un chiffre d’affaires annuel de 120 millions de dollars d’ici la fin de l’année 2026. Othership, de son côté, connaît également une croissance rapide, sans communiquer ses chiffres.
Un marché en pleine expansion
Le succès de ces initiatives n’échappe pas aux acteurs établis du secteur du fitness. La chaîne de salles de sport Life Time a ainsi mis le cap sur le « bien-être premium » il y a quelques années, une stratégie initialement mal accueillie par les investisseurs, mais qui porte désormais ses fruits : l’action Life Time a plus que doublé depuis octobre 2023.
Selon Richard Kyte, professeur à l’université Viterbo dans le Wisconsin et auteur de « Finding Your Third Place », l’essor de ces espaces coïncide avec une prise de conscience accrue de l’importance des liens sociaux, exacerbée par la pandémie de COVID-19 et le confinement. « Pendant la pandémie, nous avons réalisé à quel point la solitude et l’isolement social étaient nocifs », explique-t-il.
La solitude, une épidémie
Les chiffres confirment cette tendance. Un rapport de Cigna révèle que 67 % des membres de la génération Z et 65 % des millennials se sentent seuls. Une enquête de Harvard, menée en 2024, indique que 67 % des adultes ressentent une solitude sociale et émotionnelle en raison d’un manque d’appartenance à des groupes significatifs.
Face à cette « épidémie de solitude », des entreprises comme Othership se positionnent comme des alternatives aux interactions sociales superficielles offertes par les réseaux sociaux. « Nous avons compris qu’il existe un marché important pour les personnes qui cherchent à rencontrer d’autres personnes », affirme Harry Taylor, cofondateur d’Othership. « Notre espace permet aux gens de se retrouver, d’être vulnérables et de se sentir acceptés. »
Bien-être et communauté : une formule gagnante
L’offre de ces tiers-lieux est variée : saunas, bains froids, cours collectifs, événements sociaux… L’objectif est de créer un environnement propice à la détente, à la remise en forme et aux rencontres. Glo30, une chaîne de studios de soins de la peau, mise également sur la communauté en programmant les rendez-vous des membres à la même heure, favorisant ainsi les échanges et la création de liens.
Arleen Lamba, fondatrice et PDG de Glo30, souligne l’importance de ces espaces pour créer un sentiment d’appartenance. « Nous sommes témoins de la vie de nos clients, de leurs hauts et de leurs bas. Nous sommes une constante dans leur parcours, et cela, pour moi, c’est ça, le véritable intérêt d’un tiers-lieu : quel que soit votre journée, cet espace vous appartient. »
Le marché mondial du bien-être devrait atteindre près de 10 000 milliards de dollars d’ici 2030, selon les estimations du Global Wellness Institute, témoignant de l’appétit croissant des consommateurs pour des expériences axées sur la santé et le bien-être. Les tiers-lieux, en misant sur la communauté et la connexion sociale, semblent bien positionnés pour profiter de cette tendance.
