Pfizer face un litige majeur aux États-Unis lié au Depo-Provera
Pfizer fait face à une action en justice aux États-Unis intentée par plus de 1 000 femmes affirmant avoir développé des méningiomes après avoir utilisé le Depo-Provera, un contraceptif injectable. Une audience cruciale est prévue ce lundi devant un tribunal fédéral de Pensacola, en Floride, pour déterminer si cette procédure, dont la valeur potentielle des réclamations pourrait se chiffrer en milliards de dollars, peut se poursuivre.
Le Depo-Provera, commercialisé depuis les années 1960 aux États-Unis et largement utilisé dans le monde depuis les années 1980, est une injection hormonale à haute dose administrée tous les trois mois. Il est utilisé pour prévenir l’ovulation et traiter des troubles menstruels comme l’endométriose.
L’enjeu juridique de la préemption fédérale
Le cœur du litige repose sur une question de droit fédéral. Pfizer cherche à faire rejeter les poursuites en arguant de la « préemption ». La société soutient que la Food and Drug Administration (FDA) a rejeté ses propositions de modification de l’étiquetage, ce qui, selon le laboratoire, le protège de toute responsabilité devant les tribunaux d’État.
Dans ses documents judiciaires, Pfizer déclare : « Il s’agit d’un cas clair de préemption, car la FDA a expressément interdit à Pfizer d’ajouter un avertissement sur le risque de méningiome, ce que les plaignantes affirment être requis par la loi de l’État. »
De leur côté, les plaignantes soutiennent que Pfizer a « déformé ou retenu des preuves critiques » lors de la soumission de ses étiquettes à la FDA, rendant ainsi la défense de préemption caduque. Virginia Buchanan, avocate et coprésidente du comité exécutif des plaignantes, a déclaré que Pfizer tente d’éviter de rendre des comptes tout en omettant de fournir une image complète de la situation aux autorités de régulation.
Des études scientifiques au cœur des accusations
Les poursuites s’appuient sur des recherches scientifiques liant l’utilisation prolongée du contraceptif à une augmentation du risque de méningiomes, des tumeurs bénignes affectant le cerveau et la moelle épinière nécessitant souvent une intervention chirurgicale.
En mars 2024, une étude exhaustive publiée dans le British Medical Journal, analysant les données de santé nationales françaises, a révélé que les femmes ayant utilisé des contraceptifs comme le Depo-Provera pendant plus d’un an présentaient un risque multiplié par cinq ou six de développer un méningiome. Les auteurs de l’étude ont noté que, compte tenu des 74 millions d’utilisatrices dans le monde, le nombre de cas attribuables pourrait être élevé. Des recherches similaires menées aux États-Unis et en Indonésie ont corroboré ces conclusions.
Consolidation des dossiers et position de Pfizer

À ce jour, plus de 1 300 dossiers ont été regroupés dans un litige multidistrict (MDL) supervisé par la juge Margaret Casey Rodgers. Contrairement à une action collective classique, cette structure permet de consolider les cas tout en conservant les réclamations individuelles, autorisant une évaluation des dommages au cas par cas. Le cabinet d’avocats Levin Papantonio, en charge du dossier, estime que le nombre de plaintes pourrait atteindre entre 5 000 et 10 000.
En réponse aux accusations, une porte-parole de Pfizer a réaffirmé que la sécurité des patients demeure la priorité absolue du laboratoire. « Nous effectuons une surveillance rigoureuse et continue de tous nos médicaments, y compris des évaluations des effets indésirables signalés, en collaboration avec les autorités sanitaires du monde entier », a-t-elle déclaré, ajoutant que le Depo-Provera a été approuvé dans plus de 60 pays et constitue une option de traitement sûre et efficace pour des millions de patientes depuis 30 ans.
L’audience de lundi devant la juge Rodgers doit fixer le cap pour les cinq dossiers pilotes qui détermineront l’avenir de cette procédure judiciaire massive.
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