Le 20 juin 2026, le vice-président du Conseil des affaires continentales (MAC), Liang Wen-chieh, a suscité une vive controverse en qualifiant les pomelos de Taïwan de produits dépendant du bon vouloir de Pékin. Cette déclaration, couplée aux critiques sur la participation de la magistrate du comté de Taitung, Rao Ching-ling, au Forum du détroit, a ravivé le débat politique sur la dépendance économique à la Chine.
Controverse sur les exportations de pomelos et le Forum du détroit
Le climat politique à Taïwan s’est tendu ce week-end autour de la gestion des exportations agricoles vers la Chine. Au cœur du conflit, la magistrate du comté de Taitung, Rao Ching-ling, fait l’objet de vives critiques pour sa participation, par liaison vidéo, au Forum du détroit organisé par le Parti communiste chinois. Selon des informations relayées par le Liberty Times, le Conseil des affaires continentales (MAC) envisagerait d’enquêter sur cette participation pour violation potentielle de la Loi sur les relations entre les deux rives du détroit.
Chang Yu-meng, président de l’Association pour le bien-être de la jeune génération taïwanaise, a qualifié Rao de récidiviste. Il souligne que malgré les restrictions imposées par Pékin, la magistrate n’a jamais publiquement critiqué le Bureau des affaires taïwanaises (TAO). Le litige porte notamment sur les pomelos de Taitung, dont 99 % de la production nationale provient de ce comté, créant une vulnérabilité commerciale majeure que Pékin exploite selon les observateurs.
Le Forum du détroit, qui sert traditionnellement de plateforme pour les échanges entre les autorités locales taïwanaises et les responsables chinois, est devenu un point de friction majeur. La Loi sur les relations entre les deux rives du détroit impose des restrictions strictes aux fonctionnaires élus et aux employés du gouvernement concernant la participation à des activités organisées par des entités du Parti communiste chinois. Le MAC rappelle régulièrement que ces interactions doivent être encadrées pour éviter toute ingérence politique ou toute légitimation des positions de Pékin sur la souveraineté de l’île.
La passe d’armes entre Liang Wen-chieh et Chiang Wan-an
La polémique a pris une dimension électorale à Taipei. Liang Wen-chieh, vice-président du MAC, a affirmé que les Taïwanais consommaient peu de pomelos, décrivant le fruit comme un produit dépendant de la volonté du Parti communiste chinois. Comme le rapporte le service d’information de PTS, cette déclaration a été vertement critiquée par le maire de Taipei, Chiang Wan-an, qui a qualifié ces propos d’inconcevables.
“Je suis un grand amateur de pomelos de Taitung, et je considère qu’ils sont le TSMC du monde agricole ; aucun pays ne peut en produire d’aussi bons,” a déclaré Chiang Wan-an. Le maire a appelé les électeurs à exprimer leur mécontentement dans les urnes, accusant le Parti démocrate progressiste (DPP) d’utiliser des moyens politiques pour nuire aux agriculteurs plutôt que de chercher des solutions structurelles comme des accords de quarantaine et des tarifs douaniers stables.
La comparaison avec TSMC, le géant mondial des semi-conducteurs, illustre l’importance symbolique et économique que le maire de Taipei souhaite accorder aux produits locaux. Pour l’administration municipale, l’agriculture ne doit pas être réduite à une simple variable d’ajustement géopolitique, mais traitée comme un secteur exportateur de haute valeur ajoutée nécessitant une protection diplomatique active.
Divergences sur la stratégie de commercialisation agricole
Face aux critiques, Liang Wen-chieh a réitéré sa position sur les réseaux sociaux le 20 juin 2026. Son objectif, explique-t-il, est de prévenir le piège du “nourrir, capturer, tuer” (養套殺), une stratégie chinoise consistant à créer une dépendance avant de couper brutalement l’accès au marché. Il plaide pour une diversification des débouchés, citant l’exemple du fruit du dragon, afin de stabiliser les revenus des agriculteurs sans dépendre du marché continental.

De son côté, Shen Po-yang, candidat du DPP à la mairie de Taipei, insiste sur la responsabilité de la capitale dans la promotion des produits agricoles.
“En tant que maire, je pense que Taipei a l’obligation d’aider tous les agriculteurs à exporter leurs produits vers des pays où il n’y a pas de conditions politiques préalables.” Shen Po-yang, candidat à la mairie de Taipei, via PNN
La situation reste bloquée : alors que les autorités centrales mettent en garde contre les risques politiques liés à la dépendance au marché chinois, les élus locaux comme Rao Ching-ling et Chiang Wan-an dénoncent une déconnexion entre le gouvernement central et les besoins immédiats des producteurs agricoles de Taitung. Le débat souligne une fracture persistante sur la manière de gérer les flux commerciaux dans un contexte où les impératifs de sécurité nationale entrent directement en conflit avec les intérêts économiques immédiats des régions agricoles.
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