Le régulateur énergétique britannique Ofgem a sélectionné trois projets d'hydroélectricité de pompage en Écosse pour un soutien financier potentiel, marquant le retour des grandes infrastructures hydrauliques après 40 ans.
L’ambition industrielle d’Ofgem et le régime « Cap and Floor »
Le Royaume-Uni mise sur le stockage d’électricité de longue durée (LDES) pour pallier l’intermittence des énergies renouvelables. Selon Industrial Info Resources, Ofgem a retenu 16 projets pour un financement possible, dont les trois sites écossais et d’autres technologies comme le stockage d’air comprimé (CAES) ou les batteries au vanadium (VRFB).

Pour sécuriser ces investissements, le gouvernement a instauré un régime de « plafond et plancher » (cap-and-floor). Ce mécanisme financier vise à stabiliser les revenus des exploitants. Ofgem a fixé la capacité totale à soutenir entre 2,7 GW et 7,7 GW d’ici 2035, et les bénéficiaires définitifs seront annoncés plus tard cette année.

“Quarante ans après la dernière installation de pompage du pays, ce gouvernement relance la construction en Grande-Bretagne. La leçon du conflit en Iran est claire : la Grande-Bretagne ne peut se permettre de rester à la merci de la volatilité des marchés des combustibles fossiles et de laisser les familles exposées au prochain choc des prix.
L’enjeu est massif. Industrial Info Resources rapporte que 20 projets hydroélectriques sont actuellement suivis au Royaume-Uni, représentant un potentiel d’investissement de 15,6 milliards de dollars américains.
Trois sites, trois enjeux : Earba, Coire Glas et Loch Kemp
Les trois projets sélectionnés totalisent une capacité de production de 3 600 mégawatts (MW), suffisante pour alimenter des millions de foyers. Ils devraient entrer en service au début des années 2030.
| Projet | Capacité / Stockage | Détails Clés |
|---|---|---|
| Earba | 1,8 GW / 40 GWh | Plus grand projet d’hydroélectricité du pays ; 22h de stockage à pleine puissance. |
| Coire Glas | 1,44 GW / 45 GWh | Situé sur les rives du Loch Lochy ; développé par SSE Renewables. |
| Loch Kemp | 660 MW / 15h de stockage | Utilise les eaux du Loch Ness. |
Le projet Earba, porté par Gilkes Energy, se distingue par son échelle. David Tomb, project director du projet, a affirmé que la décision d’Ofgem est une « étape majeure » qui apporte une confiance cruciale à la chaîne d’approvisionnement sur la viabilité à long terme du site.
De son côté, SSE Renewables doit encore résoudre plusieurs points de détail avec le régulateur pour permettre la progression de Coire Glas, bien que le projet soit considéré comme l’un des plus avancés du pays.
Le coût écologique et social : la colère des communautés locales
Si le gouvernement vante la sécurité énergétique, le terrain révèle des fractures profondes. Le projet Earba, situé dans une zone classée « Wild Land Area », suscite une opposition vive. Selon le Strathspey Herald, le coût total pourrait dépasser 2 milliards de livres sterling.
L’impact logistique est au cœur des préoccupations. La construction nécessiterait l’installation d’un campement pour 500 travailleurs pendant cinq à six ans, saturant des routes déjà jugées insuffisantes, comme l’A86 et l’A889.
“Nous nous demandons pourquoi nous devons subir cela alors que des zones tout aussi pittoresques comme le Lake District en Angleterre, situées beaucoup plus près des lieux où l’énergie est requise, continuent de bénéficier d’une protection contre les promoteurs ?
L’infrastructure technique est également critiquée. Alistair Todd, secretary of the Earba Alliance, décrit la future sous-station SSE comme une « usine d’électricité » de plus de 700 mètres de long sur 300 mètres de large, constituant une tache visuelle permanente dans le paysage de Laggan.
Loch Ness : un sanctuaire menacé par l’industrie
Le projet Loch Kemp ne fait pas non plus consensus. Une lettre publiée dans le Guardian rapporte que l’installation d’une centrale électrique et de routes d’accès détruirait partiellement des bois anciens protégés sur les rives du Loch Ness, un site reconnu internationalement pour sa conservation.
Les risques biologiques sont alarmants : la perte de noisetiers anciens et de lichens rares est redoutée. Plus grave encore, selon le Ness District Salmon Fisheries Board, les activités de pompage et le retrait des eaux pourraient entraîner l’extinction de la population de saumons du loch.
Cette tension souligne le paradoxe de la transition énergétique : pour atteindre la neutralité carbone et stabiliser le réseau, le Royaume-Uni accepte de sacrifier des écosystèmes vierges et des zones de biodiversité critique.
La prochaine étape cruciale sera la consultation des parties prenantes par Ofgem avant le rendu des décisions finales plus tard cette année. Ce processus déterminera si les impératifs de sécurité énergétique nationale l’emporteront sur la préservation des paysages et de la faune écossaise.
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