Athene, héritière d’une crise, continue de récolter les fruits d’une protection CDO datant de 2006
New York – Plus de quinze ans après l’éclatement de la crise financière mondiale, un vestige improbable de cette époque continue de générer des revenus pour Athene, une compagnie d’assurance détenue par le fonds d’investissement Apollo. L’entreprise perçoit encore des paiements réguliers, avoisinant les 9 000 dollars par trimestre, provenant d’une protection vendue sur une titrisation synthétique de créances douteuses (CDO) datant de 2006.
Cette situation, révélée dans un document financier de 4 500 pages, illustre la complexité persistante des produits financiers hérités de la crise de 2008 et la capacité de certains acteurs à en tirer profit, même après des décennies.
Les CDO, des instruments financiers complexes regroupant des créances (souvent hypothécaires) et divisés en tranches de risque, ont joué un rôle central dans la crise financière. La titrisation synthétique, en particulier, a permis de multiplier les risques et de les dissimuler, contribuant à l’effondrement de plusieurs institutions financières.
Dans ce cas précis, Athene a vendu une protection contre le défaut de paiement d’une portion de 10 millions de dollars de cette CDO. Contrairement à la plupart des acteurs qui ont subi des pertes massives sur ces produits, Athene a bénéficié d’une situation particulière. La CDO en question, bien que risquée, a mieux performé que prévu, permettant à l’entreprise de percevoir des paiements réguliers en contrepartie de la protection vendue.
“C’est un exemple frappant de la manière dont les produits financiers complexes peuvent avoir des conséquences imprévisibles et durables,” explique Isabelle Dubois, analyste financière spécialisée dans les produits structurés. “Il est rare de voir une position héritée de la crise de 2008 continuer à générer des revenus de cette manière.”
Un marché de la dette toxique toujours actif
Bien que la crise financière semble lointaine, le marché des produits dérivés liés à la dette reste actif. Les CDO, bien que moins prédominants qu’avant la crise, continuent d’exister et d’être négociés. Les credit default swaps (CDS), les instruments utilisés pour assurer contre le défaut de paiement, sont également largement utilisés pour gérer les risques de crédit.
Selon les données de la Banque des règlements internationaux (BRI), le marché des dérivés de crédit s’élevait à plus de 26 000 milliards de dollars à la fin de 2023. Ce chiffre témoigne de la complexité et de l’importance du marché de la gestion des risques de crédit dans le système financier mondial.
L’impact pour Athene et Apollo
Pour Athene, ces paiements réguliers constituent une source de revenus supplémentaire, contribuant à la rentabilité globale de l’entreprise. Apollo, le fonds d’investissement propriétaire d’Athene, est connu pour ses stratégies d’investissement axées sur la valeur et sa capacité à identifier des opportunités dans des marchés complexes.
“Athene est une entreprise qui se concentre sur la gestion des risques et la génération de revenus stables,” souligne Jean-Pierre Leclerc, expert en assurance. “Cette position sur la CDO est un exemple de la manière dont l’entreprise peut tirer parti de son expertise pour obtenir des résultats positifs.”
Un rappel des risques systémiques
L’histoire d’Athene et de cette CDO datant de 2006 sert de rappel des risques systémiques qui persistent dans le système financier mondial. Bien que des réglementations plus strictes aient été mises en place depuis la crise de 2008, la complexité des produits financiers et la possibilité de nouvelles crises ne peuvent être exclues.
Les autorités de régulation, telles que la Réserve fédérale américaine et l’Autorité bancaire européenne, continuent de surveiller de près le marché des dérivés de crédit et de travailler à la mise en place de mesures pour prévenir de futures crises.
Pour aller plus loin :
- Banque des règlements internationaux (BRI): https://www.bis.org/
- Réserve fédérale américaine: https://www.federalreserve.gov/
- Autorité bancaire européenne: https://www.eba.europa.eu/
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