TUCSON, Arizona – Plus d’un mois après sa disparition, Nancy Guthrie, la mère de l’animatrice de l’émission Today de NBC, Savannah Guthrie, reste introuvable. L’enquête, menée par le bureau du shérif du comté de Pima en Arizona, continue, mais l’activité médiatique intense autour du domicile de Mme Guthrie a diminué, la plupart des policiers ayant repris leurs fonctions habituelles.
Pourtant, le mystère continue d’attirer une foule inhabituelle : des influenceurs des réseaux sociaux déterminés à résoudre l’affaire à leur manière. Ces « détectives amateurs », armés de leurs caméras et de leurs chaînes de diffusion en direct, campent devant la maison de Nancy Guthrie, alimentant des théories parfois extravagantes auprès de leurs abonnés.
Luke Winkie, de Slate, a expliqué à Sean Rameswaram de l’émission Today, Explained, que cette fascination découle d’un manque de confiance généralisé envers les autorités. « Les gens pensent que cette affaire pourrait être résolue malgré le fait qu’elle ne l’est pas, et cela alimente beaucoup de spéculations », a-t-il déclaré.
Winkie a décrit une scène surréaliste à Tucson, où des voitures et des drones envahissent les environs du domicile de Mme Guthrie. « Il n’y a pas de barrage de police, n’importe qui peut simplement se présenter et couvrir l’affaire », a-t-il constaté.
L’attrait de l’affaire Guthrie pour ces influenceurs semble être un mélange de quête de vérité et d’opportunité d’engagement. Certains semblent sincèrement vouloir contribuer à la résolution du mystère, tandis que d’autres semblent plus intéressés par le maintien de l’attention de leur public.
Un influenceur, Jonathan Lee Riches, a été cité par Winkie comme ayant évolué dans son approche, passant de la recherche d’indices sur Nancy Guthrie à la critique des habitudes des enquêteurs. « Il s’est demandé si le shérif allait à la salle de sport pendant que Nancy était portée disparue », a révélé Winkie.
L’obsession de certains influenceurs a conduit à la diffusion de rumeurs et de théories non fondées, parfois au détriment de personnes innocentes. Le bureau du shérif a même dû réaffirmer que la famille de Nancy Guthrie n’était pas considérée comme suspecte, en réponse à la spéculation en ligne.
Winkie a souligné la similitude entre les actions des influenceurs et celles des médias traditionnels, notant que tous se retrouvaient à attendre des nouvelles du shérif. « Au final, tout le monde attendait que le shérif fasse une déclaration », a-t-il observé.
Il a également mis en garde contre les dangers de la désinformation, comparant la situation à la diffusion de fausses informations sur les vaccins, mais avec des conséquences potentiellement plus graves. « C’est comme faire ses propres recherches sur les vaccins, sauf que vous pourriez ruiner la vie de quelqu’un », a-t-il déclaré.
Un influenceur interrogé par Winkie a admis que son contenu pouvait contenir des erreurs, mais a justifié cela en affirmant que « c’est ce qui rend le true crime amusant : proposer une rumeur, une théorie, en explorer les possibilités, et peut-être la voir démentie plus tard ». Il a même prévu d’enquêter sur un terrain de golf, suite à une suggestion de ses abonnés.
L’affaire Nancy Guthrie illustre la complexité croissante du paysage médiatique moderne, où la frontière entre le journalisme professionnel et le contenu généré par les utilisateurs devient de plus en plus floue. Elle soulève également des questions importantes sur la responsabilité des influenceurs et l’impact de la désinformation sur les enquêtes criminelles.
